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Se déguiser, quel plaisir!

La période des carnavals bat son plein, pour le plus grand plaisir des enfants. Pompier, fée, cow-boy, princesse, super-héros, chevalier, sorcière ou animaux… Pourquoi aiment-ils tellement se déguiser?

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Getty Images
04 mars 2019

Se déguiser c'est aussi faire appel à sa créativité et à son imagination.

«Un costume de Spider-Man, avec des gros biceps et plein d’abdos!» Marceau (6 ans) a des étoiles plein les yeux quand il évoque le cadeau reçu du Père Noël il y a quelques mois et qu’il arborera fièrement ce Mardi gras. Comme lui, nombreux sont ceux, petits et grands, à revêtir leurs costumes bigarrés en cette période de carnavals où cortèges de chars, charivaris endiablés de guggens et pluies de confettis se déversent dans les rues. Or, si le carnaval reste un temps fort du calendrier, cette fête n’a plus l’exclusivité du déguisement aux yeux de nos chers bambins. Ces dernières années, les costumes sont en effet devenus des jouets comme les autres. Fête d’anniversaire, Halloween ou simple après-midi de jeu à la maison… Les enfants n’attendent plus les seuls mois de février ou mars pour revêtir leur panoplie de princesse à robe pailletée ou leur habit d’Indien avec sa coiffe à plumes. Se grimer, se transformer, jouer les méchants ou sauver le monde fait leur bonheur. Mais pourquoi aiment-ils tellement se déguiser? Que leur apporte ce jeu?

«Entre 5 à 9 ans, les enfants sont dans une quête d’identification. En se glissant dans un costume, en enfilant les chaussures de maman ou en mettant le chapeau de papa, ils se projettent dans l’avenir. Ils expérimentent les différentes identités qui pourraient être les leurs plus tard. Se déguiser, c’est prendre un peu d’avance, c’est s’identifier à des modèles et à des rôles de grands», nous explique le psychiatre Robert Neuburger, directeur du Centre d’étude de la famille à Genève et auteur de l’ouvrage «Les rituels familiaux» (Ed. Payot).

Le déguisement apparaît ainsi comme un espace de liberté nécessaire à l’épanouissement psychique de l’enfant: il participe à la construction de son identité. «En se fondant dans un autre personnage, il apprend à jouer différents rôles, à faire semblant. C’est la période où il commence à faire le partage entre l’imaginaire et la réalité, rappelle Robert Neuburger. Il comprend qu’il peut jouer le rôle du méchant sans «être» méchant. Et puis, lorsqu’on se déguise, vient le moment où l’on enlève le masque et où l’on redevient soi.»

Les panoplies de costumes font désormais partie intégrante des cadeaux que l'on offre aux enfants.

Des costumes pas si anodins

Se déguiser est un jeu hautement symbolique. Ainsi peuvent-ils s’imaginer un moi idéal sous la forme d’une princesse ou bien se transformer en monstre pour apprivoiser leurs peurs, par exemple. Endosser le rôle d’un Dark Vador ou mettre un masque de sorcière peut aussi être une façon de dompter leur côté mauvais, de le maîtriser. Et s’ils choisissent en revanche d’être un clown, c’est probablement pour en acquérir l’humour et le potentiel de transgression. Le choix du costume révèle un peu des qualités que l’enfant aimerait s’attribuer à un moment précis de son développement.

Distinguer la réalité de la fiction

Pourtant, certains d’entre eux, en particulier les tout-petits, n’aiment pas ce changement de peau. Avant 3 ou 4 ans, on n’apprécie pas forcément de «disparaître» complètement derrière son costume. Mieux vaut dès lors se contenter de simples accessoires: une épée, un diadème, un nez rouge… Car mettre un costume suppose une certaine maturité. En se déguisant, l’enfant montre qu’il sait distinguer la réalité de la fiction, qu’il a suffisamment conscience de son identité de petite fille ou de petit garçon pour oser et expérimenter des choses. Il sait qu’il peut jouer sans risque puisqu’il peut redevenir lui-même à tout instant.

Quoi qu’il en soit, «le déguisement est une porte d’entrée formidable dans l’imaginaire, estime pour sa part Daniela Lannez, de la Fédération suisse des ludothèques. Il permet aux enfants de développer leur créativité ainsi que leur sens de l’initiative.» Et quand ils s’amusent à se déguiser à plusieurs, le plaisir est évidemment démultiplié. Chacun peut contribuer à élaborer le scénario du jeu: «Avec cette cape, on dit que t’es un méchant prince, et moi, on dit que je suis un chevalier et que je veux t’attaquer avec mon épée!»

L'enfant peut aussi improviser des costumes le temps d'un après-midi récréatif à la maison.

Processus de socialisation

Le déguisement est souvent un rituel de groupe. Au-delà du rôle qu’il joue dans la construction de l’identité individuelle, comme on vient de l’évoquer, ce jeu du «comme si» participe également du processus de socialisation des enfants, rapporte le psychiatre Robert Neuburger. L’âge d’or du déguisement (5-6 ans) est précisément celui où les petits commencent à comprendre ce qu’est un groupe et lui appartenir. «Nous sommes tous, adultes et enfants, pris dans un processus de socialisation, qui se traduit par des assignations d’âge, de genre (fille ou garçon), d’origine, de milieu social, etc. Tout cela détermine notre place et notre rôle dans l’échiquier social, avec ses règles et ses codes», explique en effet l’ethnologue Suzanne Chappaz-Wirthner, auteure de plusieurs ouvrages sur les carnavals valaisans. «Or, l’enfant, contrairement aux adultes, se trouve au début de ce processus, quand tout est encore ouvert: il a tout un monde possible de choix devant lui.» Et de poursuivre: «En un sens, c’est aussi ce qui plaît aux adultes durant le carnaval: cela leur permet d’augmenter leur réalité quotidienne, de revivre ce temps où, comme lorsqu’ils étaient enfants, tout était possible.» Et puis, c’est surtout l’occasion de passer un moment amusant et festif, tous ensemble, petits et grands.

Les panoplies qui cartonnent

1. «Carry me» Licorne

Les costumes «Carry Me», qui donnent l’illusion d’être porté par un personnage ou un animal, sont en plein essor. Si votre enfant rêve de chevaucher une licorne, c’est le choix parfait. Original et surprenant.

2. Superman

Les super-héros sont devenus des classiques des défilés. Et le costume de Superman arrive en tête des recherches sur Internet.

3. Personnages Star Wars

Les enfants sont aussi fans de la saga que leurs parents. Qu’ils préfèrent se glisser dans la peau de l’aventurière Rey ou explorer leur côté obscur en revêtant l’armure d’un Stormtrooper: tous les petits Padawans de la famille y trouveront leur compte.

4. Les sorcières

A l’ère du mouvement #MeToo, les sorcières sont de retour et s’imposent comme des figures féministes. Elles sont partout, sur Instagram avec le hashtag WitchesOfInstagram, comme à la télé avec le retour de notre bien-aimée sorcière Sabrina sur Netflix. Et si cette année, plutôt que d’enfiler une robe de princesse, votre fille préférait porter un chapeau pointu et chevaucher un balai?