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Battante au grand cœur

Silke Pan Un accident de cirque l'a rendue paraplégique, mais sa volonté l'a poussée à 
faire de son handicap sa force, en réalisant notamment des défis sportifs extrêmes. Elle se bat pour elle et pour les autres.

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Darrin Vanselow
02 octobre 2017
Lorsque Silke Pan se balade, son chien laccompagne, mais il narrive pas à la suivre lors de ses challenges sportifs en handbike. En 2018, lathlète prévoit un défi encore plus extrême que les 7 cols Majeurs alpins.

Lorsque Silke Pan se balade, son chien laccompagne, mais il narrive pas à la suivre lors de ses challenges sportifs en handbike. En 2018, lathlète prévoit un défi encore plus extrême que les 7 cols Majeurs alpins.


Il y a dix ans à Rimini (I), la vie de Silke Pan a basculé. Alors qu'elle exerce un numéro de haute voltige qu'elle présente depuis six mois avec son partenaire Didier Dvorak, la trapéziste d'origine allemande chute suite à une mauvaise prise de mains. Le choc est terrible et le verdict sans appel: vertèbres fracturées et moelle épinière sectionnée. L'acrobate a alors 34 ans. Son rêve d'artiste de cirque, qu'elle vit depuis 15 ans, se brise soudainement et une nouvelle vie lui est imposée. «Le fauteuil roulant n'entrait pas dans notre camping-car. Nomade, j'ai été forcée à devenir sédentaire.»
Le couple décide de poursuivre dans «son» monde artistique et adapte son numéro: le fauteuil fait partie du spectacle, mais Silke Pan ne veut pas montrer son handicap et feint une mise en scène au public. «J'avais appris à maîtriser mon corps, je faisais de l'aérien à 10 mètres du sol et j'étais libre. Là, je me sentais emprisonnée, comme si on m'avait attaché deux lourdes boules de plomb qui m'empêchaient de m'exprimer.» Après une saison seulement, celle qui a grandi à Lausanne décide de tirer un trait sur le cirque.
Sous l'impulsion de son partenaire devenu son mari, Silke Pan se lance alors dans l'art de la décoration de ballons et tous les deux créent l'entreprise Canniballoon. «On peut facilement faire des créations géantes. Malgré que je sois enfermée dans cette chaise roulante, je n'ai plus de limites et de barrières dans mon expressivité.» La très grande sensibilité de celle qui vit entre Aigle et Fully est perceptible quand elle évoque son nouvel univers artistique. «Face à un immense décor réalisé, j'ai l'impression de m'agrandir, j'oublie le handicap et me sens comme un oiseau capable de voler au-dessus.»

Ces défis pimentent ma vie»

Reportage sur le Cybathlon, le sport du futur:

Des défis personnels et valorisants

Comblée sur le plan artistique, elle ressent le manque physique de travailler avec son corps. «Je ne supportais pas de me regarder dans un miroir et n'osais pas voir mes jambes inertes.» Silke Pan va alors trouver avec le handbike un moyen de réconciliation. «Pour faire de bonnes performances, je devais prendre mon corps dans son entier pour qu'il redevienne un outil. J'ai alors vraiment pu faire la paix avec lui.» L'athlète paraplégique enchaîne les compétitions et accumule les médailles, dont un titre de vice-championne du monde en 2015. Mais la Fédération allemande la prive des Jeux paralympiques de Rio 2016 alors qu'elle a rempli les critères de sélection. Un coup dur qui la déçoit et l'incite à quitter le sport d'élite. «Le côté humain se perd et la jalousie ou les coups bas sont réguliers, même dans le sport handicap», déplore-t-elle, avant de retrouver son sourire en observant son chien Jim s'enrouler la laisse autour de longs tournesols. Son esprit de compétition étant toujours intact, elle participe encore à des épreuves hors Coupe du monde comme le Giro, qu'elle devrait remporter au terme de la dernière étape prévue dimanche. Mais la détermination de Silke Pan la redirige vers les challenges sportifs, «plus personnels et valorisants». Cet été, elle est ainsi devenue la première athlète paraplégique à venir à bout de bras des 7 cols Majeurs alpins en gravissant notamment trois fois le terrible mont Ventoux en trois jours. «Ces défis pimentent ma vie et permettent d'exprimer ma personnalité, tout en étant proche de la nature.» La forcementale que Silke Pan acquiert par ces exploits trouve un écho positif qu'elle partage lors de conférences. «Beaucoup de personnes handicapées me remercient pour l'exemple que je leur ai donné et ça m'encourage doublement à réussir ces challenges.»
Losque l'EPFL cherche un pilote d'essai pour développer son exosquelette (extension physique externe), elle accepte, honorée, ce nouveau défi qui débute en juillet 2016. «C'était la première fois après neuf ans et demi que je me remettais debout. Que mes jambes faisaient de nouveau comme ça», se souvient-elle avec des trémolos dans la voix en mimant le fait de marcher. «Dans ma tête, j'avais accepté que je serais dans une chaise pour toujours. Je n'oublierai jamais la puissance de ce moment.» Silke Pan participera au Cybathlon qui se tient du 4 au 7 octobre à Düsseldorf (DE), une compétition internationale d'athlètes bioniques pour promouvoir l'exosquelette. Celui-ci pourrait être commercialisé d'ici deux à trois ans. «Les médailles et exploits donnent de la force. Mais avec l'exosquelette, on peut concrètement aider les personnes handicapées dans leur quotidien.»

Démonstration de l'exosquelette par Silke Pan:

Portrait de Silke Pan (RTS)