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INTERVIEW

«Je sais assez vite où je veux aller»

Il joue dans plusieurs villes d’Europe, vient d’avoir le Prix SSA dans la catégorie «nouveau talent humour», adore cuisiner mais aime peu faire du sport. Thibaud Agoston est un comique bien dans ses pompes, surtout sur scène.

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Patrick Gilliéron Lopreno
26 octobre 2020
Il est très décidé et efficace dans son travail, mais moins dans sa vie au quotidien: l'étonnant et contagieux humoriste Thibaud Agoston, ici à Genève et entre  deux scènes.

Il est très décidé et efficace dans son travail, mais moins dans sa vie au quotidien: l'étonnant et contagieux humoriste Thibaud Agoston, ici à Genève et entre deux scènes.

Jeune «Homme moderne» né en 1996, Thibaud Agoston se donne en spectacle en Belgique, à Nice, dans la banlieue parisienne, et même à Genève, sa ville natale, au Caustic Comedy Club, deux soirs par mois. Fervent adepte de l’improvisation théâtrale depuis ses 13 ans, il a aidé des enseignants pour son service civil, et aurait adoré ce métier s’il ne faisait pas de l’humour. Dans son show, il épingle son contemporain «capable d’aller au fitness en scooter… pour y faire du vélo». Interview d’un pur produit genevois, prix 2020 de la Société suisse des auteurs (SSA), dans un café de Carouge.

Comment se passent les spectacles avec le masque?

Bien. Le public doit le porter quand la salle est complète et qu’on ne peut pas respecter la distanciation sociale. Tandis que nous, sur scène, n’avons pas besoin de le porter. Honnêtement, j’avais un peu peur, mais une fois les premières minutes d’adaptation passées, ça va. Je fais deux trois blagues dessus au début. Je m’attendais à pire.

Vous venez souvent dans ce café?

J’en ai fait pas mal à Carouge, et je me suis arrêté à celui-là. Depuis un petit moment, je viens souvent ici pour travailler. J’essaie d’avoir une rigueur et d’écrire tous les jours quand je suis à Genève. Mais je n’y arrive pas chez moi, parce que j’ai une télé.

Vous vivez à Carouge?

Je vais déménager à Plainpalais. En attendant, je ne vis pas loin, chez mon père à Veyrier, mais j’aime bien le quartier.

A quoi ressemble une journée de Thibaud Agoston?

Ça change tout le temps. C’est fait soit de train, soit d’écriture. Souvent le soir je joue. Là j’ai deux jours où je me couche tard et je me lève tard. Comme je suis indépendant, il y a toute une partie administrative qui prend du temps, envoyer des documents, faire des factures... Et je ne suis pas monstre doué pour ça.

Comment en êtes-vous arrivé à faire de l’humour?

Je me rappelle très bien être allé à un spectacle d’improvisation avec ma mère, et je me suis dit que c’était tout à fait ce que je voulais faire. Ensuite j’ai commencé des cours dans des maisons de quartier, et je suis arrivé à la Fédération d’improvisation genevoise. C’est là que j’ai appris la plupart des trucs de théâtre que je connais. L’impro est une formidable école. J’ai eu de bons professeurs. Il y a des catégories comme «à la manière de Molière», qui peuvent donner envie de relire ses classiques.

Vous avez reçu le prix de l’humour du jeune talent de la Société Suisse des Auteurs. Ça vous a fait plaisir?

Oui, carrément. En plus c’était pendant le Covid-19, donc j’avais une actualité un peu inexistante. Je ne m’y étais pas inscrit, c’était inattendu, et c’est très chouette d’avoir une approbation professionnelle. Avant j’avais reçu beaucoup de prix en France, et recevoir quelque chose de chez moi, ça m’a fait plaisir.

Vos parents vous ont-ils soutenu?

Toujours. Même quand j’étais très jeune, ils acceptaient que j’aille un mercredi soir tout seul à Lausanne dans un bar glauque pour tenter de faire des blagues.

Votre humour est-il engagé?

J’aime les blagues simplement idiotes, mais aussi faire passer un message. J’ai envie de choquer. Mais les gens dont je trouve le comportement moralement répréhensible, pas ceux qui sont déjà discriminés dans notre société. A force de discuter avec ma copine qui est assez engagée dans ce genre de sujets, je fais attention à ne pas transmettre des clichés de genre, ou des clichés racistes.

Que fait votre copine?

Elle finit des études de psychologie, et elle est en train de monter une start-up d’improvisation où elle ira dans des entreprises pour faire passer des messages à travers le théâtre. Elle monte un spectacle dont le but est de parler de l’écologie grâce au théâtre, et après elle fera ça avec le genre.

Donc elle fait aussi de l’impro?

On s’est rencontrés grâce à ça.

Quelle est la première chose que vous faites le matin quand vous vous levez?

Je bois un café, et comme beaucoup de gens de ma génération, mais j’ai un peu honte, j’allume mon téléphone et je regarde Facebook, Instagram, mes mails, mes WhatsApp. J’aurais préféré dire que je fais mon sport et qu’après je mange des fruits.

D’ailleurs, qu’est-ce qui vous donne de l’énergie?

Je me sens mal quand je ne fais pas de scène. Par contre, je me sens très bien si j’ai l’impression d’avoir fait un bon spectacle. Quand je n’ai pas de projet, j’ai tendance à entrer dans une spirale où je ne fais rien de bien et je finis trois séries Netflix en une semaine.

Vous avez fait le cours Florent pendant deux ans. C’est comment Paris, pour un jeune Romand?

C’est particulier. Il y a énormément de choses à faire. J’avais tendance à traîner uniquement avec des comédiens, et ça ne me convient pas. J’ai grandi à Veyrier, et j’ai rencontré plein de gens que je n’aurais jamais rencontré dans un autre cadre que celui de grandir ensemble. Je suis entouré de gens très différents, ça me permet d’avoir un avis plus éclectique sur ce qui se passe.

Et les cours?

Tu rencontres pas mal de gens qui ont de gros egos, et la bienveillance m’a manqué. A Genève, quand quelqu’un fait une bonne impro, ça nous rend sincèrement heureux, mais là-bas, quand tu fais une bonne scène, tu sens que les gens sont contrariés. Moi j’ai besoin de me sentir aimé. D’ailleurs c’est pour ça que je fais de la scène.

J’ai entendu que vous n’aviez acheté un ordinateur que récemment?

Le pire c’est qu’on me l’a volé dans le train. L’assurance m’a remboursé et avec l’argent je me suis acheté une tablette. J’ai tendance à griffonner dans des petits cahiers, et parfois je les perds. J’essaie de tout mettre dans des fichiers pour retrouver mes blagues facilement.

Diriez-vous que vous êtes brouillon?

Bordélique? Carrément. Dans un processus de travail, je sais assez vite où je veux aller, mais dans la vie de tous les jours, je ne suis pas le plus organisé. J’essaie d’être plus rigoureux professionnellement, de répondre tout de suite à mes mails, sinon j’ai tendance à oublier de le faire.

Aimez-vous faire à manger?

J’adore. J’écoute beaucoup de podcasts, et j’apprécie de faire quelque chose de mes mains à ce moment-là. A une époque, je cuisinais beaucoup de viande. Maintenant un peu moins. J’aime bien suivre une nouvelle recette ou prendre ce qu’il y a dans le frigo et faire une poêlée de légumes.

Et tout ça bénéficie à votre père.

Depuis que je suis enfant. Mon père ne cuisine pas bien du tout. Il fait les courses et me demande de faire le repas. Sinon, tout seul, il mange des plats préparés. Mais je n’ai pas souvent l’occasion de rester à la maison le soir, puisque je donne des spectacles

Et côté sport, que faites-vous?

Du vélo pour me déplacer, mais sinon, rien. Parfois j’ai une petite motivation et je fais quatre pompes, mais c’est tout. 

L'humoriste Thibaud Agoston devrait être au Caustic Comedy Club, à Carouge, les 3 et 4 novembre