«Je suis la représentante des assurés» | Coopération
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INTERVIEW
PHILOMENA COLATRELLA

«Je suis la représentante des assurés»

12 octobre 2020
«J'aimais être avocate, défendre des positions.» Philomena Colatrella a exercé ce métier jusqu'en 1999.

«J'aimais être avocate, défendre des positions.» Philomena Colatrella a exercé ce métier jusqu'en 1999.

Biographie

Philomena Colatrella (52 ans) a grandi à Lucerne. Après sa formation d'enseignante, elle a étudié le droit et a été avocate jusqu'en 1999, année où elle rejoint la compagnie d’assurance CSS dont elle est CEO depuis 2016. Elle a aussi cofondé l'association des assureurs maladie curafutura dont elle est la vice-présidente. Elle est mariée et vit à Lucerne.

 

Caisse maladie: ce qu’il faut savoir

1. Je souhaite changer de caisse maladie. Que dois-je faire?

L’assureur doit recevoir la résiliation avant expiration du préavis, soit le 30 novembre au plus tard. Ce n’est pas le tampon de La Poste qui fait foi, mais la date de réception de la résiliation. Nous vous recommandons donc d’envoyer votre résiliation par écrit mi-novembre. 

2. Comment économiser sur mes primes mais sans changer de caisse?

En augmentant le montant des franchises ou en choisissant un autre modèle d’assurance (par exemple, les modèles d’assurance de télémédecine, HMO ou médecin de famille). En ce qui concerne l’assurance complémentaire, il existe également des possibilités d’économie pour les familles, qui bénéficient de rabais.

3. Les prestations sont-elles vraiment les mêmes dans toutes les caisses pour l’assurance de base obligatoire?

Oui. Elles offrent une assurance de base complète et de qualité pour tous.

4. Si toutes offrent les mêmes prestations, pourquoi les tarifs sont-ils différents?

Les primes perçues par chaque société/assurance maladie doivent couvrir les coûts générés par les assurés. Les assurés de chaque assurance génèrent des coûts plus ou moins élevés (selon leur âge, lieu de résidence, profession, etc.) et les primes varient en fonction de ces coûts.

5. A quoi dois-je faire attention quand je compare des primes?

Aux différences en matière de service client – notamment, les possibilités de joindre son conseiller –, de souplesse en cas de remboursements, de prestations de service et d’offres relatives à la santé.

6. Est-il intéressant d’assurer toute la famille, avec les enfants, auprès de la même caisse maladie?

Oui. De cette façon, il y a un seul interlocuteur, ce qui allège les tâches administratives. Les familles bénéficient en outre d’avantages dans le domaine de l’assurance complémentaire.

7. Pourquoi un collègue reçoit-il une aide pour un abonnement de fitness et pas moi?

Les aides pour abonnements de fitness sont versées par l’assurance complémentaire. Les règles peuvent changer d’une société à l’autre.

8. Quel montant choisir pour ma franchise?

Si vous vous attendez à de faibles dépenses de santé, il est préférable de choisir la franchise la plus élevée. Si vous vous attendez à des dépenses de santé importantes, choisissez alors la franchise la plus basse. Plus la franchise est basse, plus la prime est élevée. Pour vous aider, basez-vous sur vos dépenses de santé de l’année écoulée. Si les dépenses de santé d’une année dépassent 1900 francs, il convient de choisir une franchise plus basse. Si les dépenses sont moins importantes, la franchise de 2500 francs est bien adaptée. 

Notre entretien a lieu à 7 h 30. Les journalistes se voient rarement proposer un rendez-vous à cette heure.

Je suis souvent au bureau à 7 heures. Cela me permet de planifier ma journée en organisant quelques discussions informelles entre deux portes. Aujourd'hui, par exemple, j'ai pris un café avec notre juriste.

Vous êtes donc plus un oiseau de jour qu'un oiseau de nuit.

Je me lève à 5 h 30 et je m'accorde du temps le matin. Je bois un café, lis différents journaux. Aujourd'hui, c'était «Le Temps» et la «Neue Zürcher Zeitung».

Je dois dire que je suis un peu déçu...

… Vous voulez rire, mais quand le magazine «Coopération» se trouve sur ma table, ce qui était le cas ce matin, j'y jette également un œil. La plupart du temps, je lis les entretiens.

Vous voulez me flatter...

... Non, je suis sérieuse: c'est le seul magazine de ce type que je lis.

A quelle heure quittez-vous le travail?

Je quitte souvent le bureau assez tard.

C'est-à-dire?

Il est souvent 20 heures. Ensuite, j'ai fréquemment des dîners et des réunions. Cette semaine, je ne suis jamais rentrée chez moi avant 23 heures. Mais ce n'est pas le cas tous les jours.

Ce n'est pas très conforme aux recommandations des caisses maladie en matière de prévention de la santé…

Bien souvent, il s'agit d'un stress positif. Après des phases intenses, j'essaie de me réserver des créneaux rien que pour moi la semaine suivante. Du temps pour réfléchir et méditer.

Votre profession, c'est directrice d'une caisse maladie. Votre occupation sur votre temps libre, c'est directrice d'une caisse maladie...

Non, ce n'est pas ainsi que ça se passe. Je m'intéresse à beaucoup de choses et j'ai plusieurs hobbys: je joue au tennis, je cours, je fais du piano... Mais trop rarement. J'aime également assister à des concerts. Je m'intéresse à la littérature et à la culture.

Vous avez tout d'abord été enseignante, puis vous avez étudié le droit.

J'ai débuté en tant qu'enseignante, mais ma vraie passion, c'était la profession d'avocate. Je suis une juriste convaincue. J'aimais être avocate, défendre des positions.

Pouvez-vous encore vivre cette passion comme directrice d'une caisse maladie?

Je me considère comme la représentante des assurés. A cet égard, il existe un lien avec le métier d'avocate. Les assurés paient des primes, ils nous les confient et nous les gérons de façon à les utiliser au mieux afin que les primes restent les plus basses possible en fin de compte.

«Pour les génériques, en Suisse, il y a encore beaucoup à faire»

Philomena Colatrella

 

Vous êtes l'une des rares femmes de Suisse à occuper des responsabilités aussi élevées dans le secteur économique: CEO du premier assureur de base du pays. Que faut-il pour parvenir à un tel poste?

Ce n'est pas différent pour les femmes et les hommes. La condition de base, c'est la volonté de s'impliquer et de changer les choses. Ça exige beaucoup d'ambition. Bien entendu, il faut également être prêt à beaucoup travailler. Après tout, on n'a rien sans rien. Enfin, il faut être volontaire et imposer ses choix: on ne peut pas rester tranquillement assis dans son coin à attendre. Personne ne vous entend.

Cela sous-entend qu'une femme qui n'atteint pas le sommet n'a pas de volonté, pas d'ambition et n'est pas prête à faire des efforts?

Absolument pas! Il faut non seulement de la volonté, mais aussi des conditions-cadres favorables dans l'entreprise. En outre, c'est un choix personnel, parce que le job est très exigeant et prenant. Je respecte chaque femme, et naturellement chaque homme, qui ne souhaite pas vivre ainsi et préfère faire un autre choix.

Non seulement vous mettez à mal l'affirmation selon laquelle une femme ne peut pas se hisser jusqu'aux plus hautes sphères dans le secteur économique, mais vous prouvez également qu'une femme peut compter parmi les plus gros salaires. En 2017, vous étiez la personne la mieux payée à la tête d'une caisse maladie.

Cette estimation était erronée. Ma supposée première place a été relativisée depuis. Mais vous avez tout de même raison sur un point: la CSS milite pour l'égalité des salaires entre les sexes.

Ce qui veut dire que vous êtes donc satisfaite de vos revenus malgré cette relativisation?

Bien sûr.

Les primes des caisses maladie vont très peu augmenter l'année prochaine. Sommes-nous enfin parvenus à les stabiliser?

Lorsque j'ai été nommée CEO en 2016, on m'a demandé quel était mon objectif. J'ai répondu que nous voulions être en mesure de proposer une bonne prime à nos assurés chaque automne. De fait, nos primes se situent toujours sous la moyenne suisse, à une exception près. Pour moi, il est important que nos primes ne subissent pas de hausses importantes. Notre politique en la matière est durable et sans surprises pour nos clients. Nous disposons de bonnes réserves financières et nous nous en servons pour éviter des hausses importantes de primes. Nous offrons aussi un plus à nos assurés sous la forme d'un programme de bonus que nous lançons cet automne.

Malgré tout, nous allons devoir aborder la question des mesures d'économie dans le secteur de la santé ces prochaines années.

Sûrement. Davantage de médecins et de prises en charge, de nouveaux médicaments, de nouvelles thérapies: ce sont autant de raisons qui expliquent la hausse des primes.

Qui peut donc œuvrer à une baisse des coûts des prestations de santé? En quoi les assurés eux-mêmes peuvent-ils y contribuer?

Avec un modèle d'assurance alternatif, il est possible de réduire les coûts en s'adressant toujours en premier lieu à son médecin de famille, aux services de télémédecine ou à un cabinet de groupe. Les assurés peuvent aussi, par exemple, opter pour des médicaments génériques, utiliser les outils numériques ou demander un deuxième avis.

Qu'attendez-vous des médecins de famille?

Ils doivent assumer davantage leur rôle de médiation et d’orientation dans le cadre de la prise en charge en informant correctement les patients sur les différentes possibilités, en les accompagnant et, par exemple, en leur faisant découvrir les génériques. Ils peuvent également confronter leur propre diagnostic à un deuxième avis afin d'éviter les interventions inutiles.

Sur quels postes les caisses maladie peuvent-elles faire des économies elles aussi?

Nous devons gérer nos propres dépenses de manière aussi basse que possible: la CSS est d'ailleurs très efficace sur ce plan. Sur 1 franc de prime collecté, seulement 4 centimes sont consacrés à nos coûts internes. De plus, les caisses maladie ont besoin d'un contrôle des factures performant. Nous avons fortement investi dans ce domaine.

Qu'entendez-vous par là?

Nous contrôlons très précisément les factures des prestataires. Si nous ne l'avions pas fait l'année dernière, nous aurions dû payer quelque 660 millions de francs supplémentaires pour des frais non justifiés. Cela représente une économie de 20% environ que nous aurions autrement dû répercuter sur les primes en les augmentant d'autant.

Quel est votre avis concernant le prix élevé des médicaments?

Les dépenses consacrées aux médicaments ont continué d'augmenter malgré les mesures prises par l'OFSP. Il est nécessaire de repenser le système et d'établir de nouveaux modèles de prix. Par exemple, en ce qui concerne l'utilisation des médicaments génériques, la Suisse n'a pas énormément avancé. Il y a encore fort à faire à ce sujet.

Cette année, le coronavirus est le thème de santé le plus important. Comment avez-vous vécu cette période?

Le coronavirus a représenté un véritable défi. Dès le début de la pandémie, nous avons mis en place une cellule de crise, avec deux objectifs principaux: d'une part, maintenir l'entreprise à flot et continuer à servir nos clientes et clients à tout moment. Et d'autre part, protéger nos collaboratrices et nos collaborateurs. En dix jours, nous avons fait passer 90% de nos collaborateurs en télétravail. Ce qui m'a surprise, c'est la rapidité avec laquelle nos clientes et clients se sont convertis à nos offres numériques. Autre expérience positive, la collaboration avec les autorités et les médecins est d’un coup devenue efficace et simple.

A quelle heure votre journée de travail va-t-elle se terminer aujourd'hui?

J'ai aujourd'hui plusieurs entretiens individuels et un déjeuner avec une experte en innovations. Avec elle, je dois discuter des tendances qui se profilent dans le secteur de la santé. J'apprends en permanence et j'échange régulièrement avec des expertes et des experts. Puis à 18 heures, j'ai également une réunion à Berne, mais je devrais être à la maison vers 23 heures.