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Charlot au mur

04 juin 2019

Il y a soixante ans il ne se passait rien dans ce village. Si, des enterrements et parfois la fanfare d’un parti sur la place. Sinon rien. Cependant un fakir (local et pseudo-indien) avalait trois sabres et se couchait à notre frayeur, en pagne, sur sa planche à clous. Pas de TV et des radios cacochymes, un journal local. Puis arriva un tremblement de terre.
Un soir doux d’été un projectionniste rassembla notre petit peuple sur une butte face à la maison de mon grand-oncle Camille, façade sans fenêtre et idéale. Et là nous découvrîmes le noir et le blanc, la drôlerie et la tragédie sans fin de Charlot houspillé par tous. Une gestuelle expressive et sans équivoque, muet mais si parlant, les rires faisaient le son. Une découverte de l’ancien déjà lointain et un éblouissement blanc comme la neige. Jamais je n’oublierai une telle émotion. Mêlée et rare. Les lumières éteintes m’ont jeté à terre. Il y avait de la magie sur la maison de mon grand-oncle. J’avoue que les soirées suivantes j’y suis allé débusquer, à 7 ans, la présence de Charlot sur la façade. Mon cœur était noir et le mur blanc.