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Chronique

Lugubre, vraiment?

30 septembre 2019

Que n’a-t-on pas entendu sur Franz Kafka: l’écrivain praguois aurait édifié un univers cauchemardesque dominé par le thème de l’aliénation. L’ascète malingre inoculerait le poison de la tristesse. Un lugubre personnage qu’il conviendrait de fuir comme la peste, en somme. Or, en redécouvrant «Le château», au gré de pérégrinations ferroviaires, force est d’admettre que le chef-d’œuvre de Kafka, publié en 1926, ne manque pas de suc comique. Bien sûr, ce roman ciselé dans un style délectable, à la fois dépouillé et poétique, ne joue pas dans la cour d’un Molière. Non, il distille un humour noir d’une exquise subtilité. Le spectacle de K., cet arpenteur qui remue ciel et terre pour entrer en contact avec l’administration du château, ces agents de liaison qui n’en sont pas ou ces fonctionnaires bouffons claquemurés derrière des piles de dossiers, dessinent le tableau d’un comique de situation où l’absurde est le moteur de la narration. Vous l’aurez compris, Kafka a aussi le don de faire rire, comme on imagine le génial Praguois rire sous cape en rédigeant ses feuillets.