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Chronique

Sale crabe

05 août 2019

C’était il y a deux ans, un chaud après-midi d’août. Ils m’ont dit de prendre au plus vite un train pour Lyon. Dans les couloirs du Centre Léon Bérard, les infirmières allaient et venaient, «comme des anges», disais-tu. J’ai fait face à ta porte. La boule au ventre, entre l’envie de faire demi-tour et de courir dans tes bras. Le cœur lourd, je t’ai retrouvé dans cette petite chambre aux fenêtres scellées. «On ne peut pas les ouvrir?» «Non, à cause des microbes», m’as-tu expliqué. Maudites fenêtres. J’aurais voulu les casser pour que l’air effleure ta peau, pour que tu entendes les grondements de la ville, ces gens qui marchent, parlent, rient ou crient au-dehors. Pour que la vie te retienne, qu’elle s’insuffle en toi.

«Je me suis battu», as-tu soufflé. Une guerre longue et éreintante contre un mal sournois. Je t’ai pris la main. Parler était devenu pour toi éprouvant. Tes yeux m’ont regardée et, comme on supplie, tu as lâché: «Je veux partir.» Trois mots pour rendre les armes. Sale crabe.

Je savais pourquoi j’étais venue. Alors j’ai fait ce que je devais faire. La chose la plus difficile de ma vie. Te dire au revoir. Te tourner le dos. Ouvrir la porte de cette petite chambre, la fermer derrière moi. Te laissant, là. Et moi, retournant à la vie. C’était il y a deux ans, un chaud après-midi d’août.