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INTERVIEW
TIM BOZON

«Je me bats pour être le joueur que je devais devenir»

Grand espoir du hockey, Tim Bozon a été freiné par une grave maladie il y a quatre ans. De retour au Genève-Servette, le Franco-Américain évoque son besoin de stabilité et nourrit un rêve toujours intact.

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Patrick Gilliéron Lopreno
10 septembre 2018

Ancien junior du club, Tim Bozon retrouvera la glace des Vernets en tant que hockeyeur pro le 22 septembre prochain.

 

La patinoire des Vernets va redécouvrir Tim Bozon (24 ans). Près de dix ans après avoir quitté Genève pour poursuivre sa prometteuse carrière freinée par une maladie, l’ancien junior du Genève-Servette HC est de retour dans le club que son père Philippe, emblématique attaquant, a marqué entre 2001 et 2006.

Tim Bozon, on se trouve dans le Pub McSorley à côté de la patinoire. Chris McSorley est un coach qui entretenait une relation parfois tendue avec votre père… Ça se passe comment avec vous?

(Il sourit). Très bien! Je n’ai pas encore vu le vrai Chris, il était assez cool les premières semaines. On se connaissait déjà lorsque j’étais plus jeune à travers mon père et je connais sa mentalité de gagnant. Ce ne sera donc pas une surprise.

Le hockey, c’est une histoire de famille chez les Bozon. Votre grand-père était hockeyeur professionnel et votre frère évolue à Winterthour. Aviez-vous vraiment le choix de ne pas jouer au hockey?

Je n’ai pas été forcé, mais le fait d’être à la patinoire tous les jours avec mon père et d’avoir une crosse dans les mains depuis la naissance, ça a forcément aidé. J’ai pratiqué plusieurs sports et joué au foot à Lugano, mais le choix s’est naturellement porté sur le hockey.

Quelle relation entretenez-vous avec votre père?

Nous sommes deux forts caractères qui aimons tous les deux avoir raison. Plus jeune, ça n’a pas toujours été facile et il y a eu beaucoup d’engueulades. Jusqu’à mes 14 ans, il était mon coach à Genève-Servette donc ça n’aidait pas... Nous avons une vraie relation père-fils depuis que j’ai quitté la maison à 15 ans.

Vous avez quitté Genève à 15 ans pour poursuivre votre formation ailleurs. Trouvez-vous la ville changée en dix ans?

Non, j’ai l’impression de revenir dans une ville que je n’ai jamais quittée, car rien n’a changé. Je revenais chaque été deux ou trois jours, car nous avons beaucoup d’amis proches de la famille qui y vivent. Le club s’est en revanche professionnalisé et je suis aussi impressionné par son rayonnement dans la région. Il y a dix ans, beaucoup moins de monde connaissait le GSHC.

«Ma mère a fait d’énormes sacrifices»

Tim Bozon

Après Genève, votre parcours junior vous a mené à Kloten puis à Lugano. Votre avis sur la Suisse?

La Suisse est un pays magnifique et il est vraiment agréable d’y vivre. Elle semble unie en apparence, mais les disparités régionales sont marquées. On est Genevois, Tessinois ou Zurichois. J’étais toujours surpris d’entendre des Zurichois critiquer les Genevois ou les Romands. Vous n’habitez pas tous le même pays?

Vous êtes né aux Etats-Unis, puis avez bourlingué dans le monde; vous parlez couramment quatre langues. Mais n’est-ce pas fatigant?

Oui, j’ai énormément voyagé lorsque mon père jouait. Mais ma propre carrière aussi me fait beaucoup bouger. Depuis six ans, je change quasiment chaque année de ville. On dit que le voyage forge un caractère, donc je suis blindé (rires). Mais avec l’âge, ça devient lourd de vivre dans ses bagages. Parfois, je ne défaisais même pas mes valises, en attendant la prochaine étape.

Quel rôle votre mère a-t-elle joué lors de ces nombreux voyages?

Plus jeune, je ne le réalisais pas. Mais en observant aujourd’hui mes coéquipiers qui sont mariés et qui ont des enfants, je réalise que la vie de ma mère n’a pas été simple. Elle a dû s’installer dans beaucoup de pays, apprendre des langues et se débrouiller. C’est là où la famille doit être soudée et forte. Ma mère a fait d’énormes sacrifices et a géré pour que tout se passe bien, au niveau scolaire, par exemple. La décision de rejoindre Genève en 2001 est aussi un choix familial. Nous étions proches de nos grands-parents à Megève mais aussi de la France. C’était important pour ma mère que nous soyons scolarisés en France voisine pour garder cette culture. En tant qu’ancienne championne de ski, elle tenait aussi à ce que nous sachions tous skier.

Vous signez un contrat pro de trois ans aux Canadiens de Montréal à 19 ans. Et puis arrive cette méningite bactérienne foudroyante, qui a failli vous coûter la vie…

Cette maladie a marqué un gros coup d’arrêt dans ma carrière. Tout allait si bien, avec une excellente saison qui m’a permis de décrocher un contrat pro en NHL (ndlr: National Hockey League, considérée comme la meilleure ligue du monde) et de participer aux championnats du monde avec la France. Cette maladie est arrivée au pire moment, lors de la transition entre junior et pro. Mais ce n’est pas une excuse, je suis revenu en forme, même si je me bats encore quatre ans après pour être le joueur que je devais devenir. Je me demande parfois où j’en serais sans ce coup dur.

Vous avez été plongé dans un coma artificiel pendant près de 10 jours et avez perdu 20 kg. Qu’est-ce qui vous a donné la force de revenir?

Mis à part ma famille et mes amis, le hockeyeur Joël Bouchard a été la personne la plus importante lors de ma rééducation. Il a vécu la même maladie que moi et a réussi à revenir en NHL. Je pouvais me comparer à lui et je l’ai pris comme exemple. Au téléphone, il a eu une conversation très dure avec moi. Il m’a dit de ne pas prendre la maladie pour excuse et de ne pas pleurer sur mon sort. Que tout dépendait de moi. C’est ça qui m’a redonné la foi. Sans lui, j’aurais eu des doutes.

Quatre ans et demi après cette maladie, où vous situez-vous?

Je ne m’en sors pas si mal puisque je joue dans l’une des meilleures ligues du monde. Disons que j’ai réussi à 70-80%. Car la réussite, pour moi, c’est la NHL. Je suis encore jeune et je me développe. Pour atteindre ces 20%, il me reste beaucoup de travail. Mais si je n’y crois pas, personne ne va le faire pour moi! Je me battrai encore et peut-être que dans trois ou quatre ans, je me résignerai.

Tim Bozon est heureux de retrouver une vie sociale à Genève et compte notamment consacrer plus de temps à la composition de sa musique.

Pourquoi avoir choisi Genève?

J’ai dû trouver une nouvelle équipe suite à la relégation de Kloten et Genève était la meilleure option pour moi. Je vis des saisons compliquées depuis trois ans où je ne joue pas au niveau de mes attentes et de mon potentiel. Je voulais un lieu dans lequel je me sens bien mentalement, aussi en dehors de la glace.

Et que faites-vous en dehors?

J’ai toujours passé beaucoup de temps dans la patinoire ou chez moi. Je ne faisais pas grand-chose et n’avais pas l’impression de profiter pleinement de la vie. L’année passée, j’ai vraiment compris que c’était important de faire autre chose. Dans les autres villes, je ne connaissais personne en dehors du hockey et à un moment donné, c’est usant. Ici, ma vie sociale est plus développée et j’aimerais en profiter pour déconnecter du hockey. J’adore la musique, je suis un grand fan du DJ Kygo. J’essaie d’en produire et viens de m’acheter un petit keyboard. A l’aide d’un programme, je commence à composer. Il me manque un nom d’artiste et il faudrait que je prenne des cours (rires). Mais maintenant que je suis posé, ça devrait le faire...

Quel est votre objectif cette saison?

Jouer à mon meilleur potentiel pour aider l’équipe. J’aimerais être le Tim Bozon prometteur de 17-18 ans. Je pense avoir les qualités pour être un bon joueur dans cette ligue. J’ai été repéré par les Canadiens de Montréal car je marquais beaucoup de buts. J’aimerais retrouver de meilleures stats que celles de ces trois dernières saisons.

Ces stats vont-elles permettre au GSHC d’être champion de suisse?

Un premier titre avec Genève serait incroyable! Pourquoi pas cette année? J’en ai marre de voir les Suisses allemands gagner (rires). J’arrive aussi à un âge où remporter des titres devient important. Je veux mettre le feu à Genève!

 

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