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INTERVIEW
FANNY SMITH

«L'art martial m'aide à gérer mon mental»

La médaille olympique en poche, Fanny Smith est prête à attaquer une nouvelle saison de skicross, plus motivée que jamais. Rencontre avec la numéro 2 mondiale de la discipline dans le cadre improbable d’une salle d’arts martiaux.

TEXTE
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DARRIN VANSELOW | KEYSTONE
19 novembre 2018

La skieuse acrobatique Fanny Smith (26 ans), spécialiste du skicross et médaillée olympique, s'entraîne à l'art martial.

Nous commençons par nous déchausser avant de fouler les tatamis de la salle d’arts martiaux où Fanny Smith nous a donné rendez-vous. Dans les sous-sols d’une halle de sport au centre-ville de Lausanne, nous la retrouvons en plein entraînement. La jeune femme esquive les coups assénés à une vitesse folle par son entraîneur avec une dextérité et une concentration déconcertantes. Une fois la série terminée, le visage de la jeune femme se détend et elle nous accueille tout sourire dans ce lieu qui constitue en quelque sorte sa deuxième maison. 

On ne s’attendait vraiment pas à vous rencontrer ici. Expliquez-nous.

Il y a trois ans, j’ai cherché un coach pour améliorer ma préparation mentale et mon explosivité. Mon préparateur physique connaissait Philippe Clément et il m’a initiée à la pratique de l’art martial appelé Võ-Vietnam. Ça m’aide énormément à gérer mon mental et le stress que je rencontre avant et durant les courses. Quand on court quatre par quatre, tellement de choses peuvent se produire qu’il faut être très réactif, rester sur les rails et garder sa concentration.

Il me reste beaucoup à accomplir. Je pense déjà à Pékin en 2022.

Fanny Smith

Quel rôle l’art martial a joué dans votre médaille olympique à PyeongChang?

Cette médaille est le résultat d’un travail global. Mais l’art martial est le petit plus que j’ai su apporter dans ma préparation. En course, j’aime dépasser en me faufilant entre mes adversaires, un peu à la manière d’un chat. Mais à un certain moment, il a fallu apprendre à mieux se défendre, à encaisser les mauvais coups, car personne ne fait de cadeaux en compétition. C’est ce point particulier que j’ai amélioré grâce à l’art martial.

Avec quelques mois de recul, ce podium a changé votre vie?

Ça n’a pas provoqué de grand changement. Cette récompense olympique, je l’ai d’abord vue comme un accomplissement de tout le chemin fait jusque-là. Maintenant, je dirais que c’était plutôt une victoire envers moi-même et qu’il me reste encore beaucoup de choses à accomplir. D’ailleurs, je pense déjà aux Jeux de Pékin en 2022.

Comment vous sentez-vous à la veille de cette saison?

Je frétille! (Rires) Dans ma discipline, on s’entraîne durant huit mois pour trois mois de compétitions, donc là je suis très très impatiente. Il n’y a que durant les courses que je trouve cette adrénaline qui me stimule autant. Je suis vraiment heureuse sur mes skis.

Et pourquoi avoir choisi le skicross?

J’aime justement me retrouver côte à côte avec mes adversaires sur des parcours à chaque fois différents. Cet aspect de la compétition directe fait de cette discipline un sport très complet avec de la technique, de la stratégie et du mental. Quand je les sens à côté de moi, se battre pour la victoire devient très concret. Ça me rappelle les jeux d’enfants comme le premier à la voiture ou le premier qui touche le mur.

Il vous arrive de sympathiser avec vos adversaires?

Oui, des amitiés sont même nées. Nous avons besoin les unes des autres pour nous entraîner, donc ça nous rapproche. Mais sur la piste, il n’y a pas de cadeaux.

On a vu votre famille très unie derrière vous durant ces Jeux. Etes-vous toujours aussi soudés?

Je dois énormément à ma famille pour m’avoir soutenue dans ce sport et ce choix de vie peu banal. Sans eux, rien n’aurait été possible et j’ai été très touchée qu’ils soit présents en Corée. On sait qu’on sera toujours là les uns pour les autres, mais chez les Smith il y a un grand esprit d’indépendance. Le concept est plutôt «pas de nouvelles, bonnes nouvelles.» Je ne suis pas vraiment du genre à appeler ma maman toutes les semaines… 

Vous avez dédié votre médaille à votre grand-mère Betty. Que représente-t-elle pour vous?

Malgré la différence d’âge, elle est une copine pour moi. Nous sommes très proches, je lui raconte énormément de choses. Je lui avais promis un voyage et nous sommes parties en Grèce en avril. Disons que nous avons un peu le même caractère… bien trempé (rires). C’est sûrement d’elle que je tire mon côté compétitif. Elle sait ce qu’elle veut.

Et où est l’Anglaise en vous?

C’est un peu cliché à dire mais dans ma consommation de thé. Surtout le thé noir au lait dans des énormes tasses.

Avec un petit scone?

Si seulement, mais ça je ne peux pas durant l’hiver… 

Justement, à quel régime doit s’astreindre une sportive de skicross?

Ça n’a rien à voir avec le régime d’un coureur ou d’un sauteur à skis pesé au gramme près. Je cuisine des plats simples mais sains et variés. Légumes, viandes, féculents en évitant les sauces grasses. L’hiver par contre, j’évite les salades et le sucre. Mon corps a tendance à être plus froid que chaud, donc je privilégie les soupes aux crudités. 

Aimez-vous cuisiner?

Oui, mais le temps me manque…

 Après sa médaille de bronze aux JO de PyeongChang, Fanny Smith (née le 20 mais 1992) entamera une nouvelle saison de Coupe du monde les 7 et 8 décembre à Val Thorens, en France, puis le 12 décembre à Arosa, en Suisse

En dehors de l’hiver, vous vivez à Lausanne en semaine et le week-end à Villars. Comment se passe votre vie citadine?

Je ne peux pas dire que j’ai développé une vie citadine malheureusement. J’aimerais bien plus profiter de la ville, mais si je vis à Lausanne c’est pour être plus proche de mes principaux lieux d’entraînement. Mais j’ai tout de même réussi à commencer un cours de poterie et je trouve ça plutôt sympa. 

De la poterie? Qu’est-ce que ça vous apporte?

Ça me pose, parce que je suis toujours à la course. Durant les deux heures de cours de poterie, j’éteins mon portable et décélère. Les mouvements sont précis mais lents. Comme dans certains exercices d’arts martiaux finalement, mais là ce n’est plus dans le domaine du physique. Ça me fait énormément de bien.

Ce rythme entre compétitions et entraînements vous pèse parfois?

Non, parce que je l’ai choisi et que j’ai cette vie depuis mes 16 ans. Je n’ai pas besoin de sortir jusqu’au milieu de la nuit et de boire pour m’amuser. Un simple repas avec des amis me rend très heureuse. Ou un barbecue au bord du lac. Cet été, j’ai profité des festivals de musique. Je sais juste que je ne vais pas rentrer à 2 h du matin, parce que je vais le payer cher le lendemain (rires). 

La montagne vous manque pendant vos entraînements?

Ah oui. Dès que je peux, je remonte à Villars pour profiter de la vue et de la nature. Je sais d’où je viens… (rires). 

Après votre saison, vous aimez aussi partir en voyage…

Oui cette année, nous sommes allés au Vietnam avec mon ami. Ce que j’aime, c’est débrancher, «tirer la prise». J’adore visiter des pays où les gens vivent complètement autrement. J’ai déjà visité la Birmanie, l’Indonésie, l’Amérique centrale. Le dénominateur commun de ces voyages est le sac à dos. L’aventure! 

Dans dix ans, où vous voyez-vous?

Je me vois en Suisse. J’ai eu la chance de voyager énormément et de me rendre compte de la beauté de notre pays. Et pourquoi pas avec une famille! 

Cette année, vous avez commencé à parler ouvertement de la dyslexie. Pourquoi ce besoin?

C’est venu naturellement. La dyslexie fait partie de moi et j’ai appris à me construire avec elle. J’aimerais juste dire aux personnes dyslexiques que ce n’est pas la fin du monde. Ça peut être très dur, notamment durant la scolarité, mais tout est possible si on s’en donne les moyens.