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L'ÉDITION DES JEUNES
INTERVIEW

«La vie de bureau, ça peut me manquer»

Dans un face-à-face sans fard et sur Skype, j’ai interrogé l’humoriste Thomas Wiesel (29 ans) sur sa manière de vivre, ses rêves, ceux qui le font rire, sur le choix d’un métier et son rapport à son image. 

TEXTE
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Heiner H. Schmitt, DR
05 novembre 2018

Thomas Wiesel est né en 1989. Avant de se lancer dans l?humour (en 2011), il a fait un bachelor en économie politique.

Thomas Wiesel est jeune, talentueux, comique et très sympathique. Il a eu la gentillesse de me consacrer du temps pour répondre à mes questions sur Skype alors qu’il est en voyage à Paris pour le boulot. 

Vous arrive-t-il parfois de vouloir reprendre votre carrière de comptable?

J’ai la chance d’avoir choisi une carrière assez chiante pour ne jamais avoir envie de la reprendre! C’est rare que quelqu’un se réveille au milieu de la nuit en disant: «Ah! La compta me manque trop! Il faut que je remplisse un bilan!»

Ce qui peut me manquer − ça peut paraître un peu contradictoire − c’est la vie de bureau, partager tous les matins le café avec des collègues et un patron. Des fois quand on est trop libre, la structure nous manque. D’ailleurs, récemment avec d’autres humoristes on a pris des bureaux et on y va régulièrement.

Pensez-vous faire toute votre vie de la scène?

Je ne sais pas si j’en ferai l’année prochaine, c’est loin «toute ma vie»! Je pense que non; simplement parce que dans notre génération, plus personne ne fait le même métier toute sa vie. Je ne saurais pas dire ce que je ferai plus tard, ni pourquoi, mais pour l’instant je le fais. Et aussi longtemps que je n’en ai pas marre ainsi que le public.

Quelle est pour vous une journée habituelle?

L’un des avantages, c’est qu’il n’y en a pas trop! Dans ce métier une journée bouge quand même pas mal par rapport à une autre. Mais une journée idéale pour moi, c’est déjà de ne pas mettre de réveil, c’est important de la commencer naturellement. Ensuite, je mange des cornflakes en lisant l’actualité et puis, je commence à écrire des blagues (les bonnes journées sont celles où j’écris des blagues) et en général le soir, je regarde un spectacle.

Votre passe-temps favori?

Mon passe-temps est d’aller faire du basket avec mes potes.

Et actuellement êtes-vous en train de nous préparer quelque chose?

Ce n’est pas sûr. Ce n’est pas sûr du tout!  J’essaie d’écrire un nouveau spectacle, mais si c’est nul vous ne le verrez jamais. Et si c’est bien, oui, peut-être un nouveau spectacle d’ici l’année prochaine.

«On ne doit pas hésiter à suivre sa passion»

Thomas Wiesel

Vous qui êtes passionné par votre métier, que conseilleriez-vous à un jeune qui ne sait pas ce qu’il veut faire?

Il ne doit pas ressentir trop de pression. Je l’ai beaucoup ressentie: on a l’impression qu’on a du retard, qu’il faut se décider. En Suisse, on a la chance d’avoir un pays où les enfants n’ont pas besoin de travailler pour nourrir leur famille ce qui est quand même un luxe. 

En fait, il faut prendre le temps, essayer des choses, faire des stages et prendre le temps de choisir, parce qu’une fois qu’on est dans une filière, on l’est pendant des années. 

On ne doit pas hésiter à suivre sa passion et même si ce n’est pas une passion, trouver un métier qui fait plaisir.

Quel était votre plus grand rêve lorsque vous étiez enfant?

Je crois qu’en termes de carrière c’était d’être contrôleur de train comme mon grand-père. Je me souviens de ma grosse déception quand j’étais gamin. On voulait lui faire une grosse fête pour sa
retraite. Toute la famille se mettait dans un wagon de train et quand il arrivait pour contrôler le wagon on ferait la fête. Ça devait être une surprise, mais on n’a pas pu le faire parce que les CFF lui ont donné sa retraite plusieurs années à l’avance et on a été pris de court. Je me souviens que j’avais été très triste parce que je me réjouissais tellement. Par la suite, j’ai réalisé
que contrôleur de train était un métier rude et que c’était plus mon grand-père que j’appréciais que son métier.

Et maintenant, quel est votre rêve?

Est-ce qu’on en a encore? J’essaie d’avoir des petits rêves, un peu plus accessibles, pour avoir l’impression d’avancer. 

J’aimerais faire de l’humour anglophone, apprendre mieux l’allemand et réussir à faire des blagues voire un spectacle d’ici dix, quinze ans, parce que je suis frustré d’être en Suisse et de ne pas comprendre les trois quarts du pays. Au niveau personnel, j’aimerais fonder une famille car j’adore les gamins.

Et alors, quand est-ce que vous allez jouer dans un film?

Jamais vraisemblablement. J’avoue qu’on m’a déjà proposé de jouer dans des films. Un jour, des responsables de casting à Paris ont sûrement contacté tous les humoristes sans savoir s’ils sont capables ou non de jouer la comédie. Visiblement ils ne se sont pas renseignés sur moi parce que je suis totalement incapable de faire de la comédie. Je ne pense pas que mon avenir est dans le cinéma malheureusement. On n’a pas tous le même talent, il y a beaucoup d’humoristes qui ont plusieurs cordes à leur arc, mais je n’ai que celle-ci.

Quelle est la principale différence entre le public suisse et les autres publics francophones?

La différence principale est que le public suisse me ressemble le plus. Nous avons les mêmes références, je connais les villes d’où ils viennent, les bleds dont ils sont originaires. J’aime faire des blagues sur les politiciens locaux, les stars locales. Mais en France, au Québec et en Belgique, je suis dépourvu de tout ça.

A propos, quand vous étiez enfant, qui vous faisait rire?

J’ai beaucoup grandi avec les Inconnus, j’avais les DVD et coffrets que je regardais beaucoup avec mes potes et on rejouait les sketches qu’on connaissait par cœur. Il y avait aussi Laurent Gerra que j’écoutais. Ses imitations me faisaient beaucoup rire. Puis les humoristes à la mode à cette époque-là, parce que je suis un peu vieux, étaient Jamel Debbouze et Gad Elmaleh avec l’explosion de son deuxième spectacle. Et assez jeune j’ai commencé à lire les bouquins de Pierre Desproges. J’avais à la fois des humoristes contemporains et des humoristes déjà morts à l’époque.

Quand vous vous voyez à l’écran, vous en pensez quoi?

Aïe! C’est douloureux, je n’aime pas ça. Même là, pour notre conversation sur Skype, j’ai caché le bout de l’écran où il y a ma tête, parce que je n’aime pas me regarder. C’est douloureux de se regarder, je le fais très peu. C’est tout de même problématique parce que dans un métier comme le mien, on est souvent obligé de se regarder pour s’améliorer, se critiquer mais j’ai beaucoup de difficulté à le faire. 

Ce que j’arrive à faire, par rapport à la scène, c’est m’écouter, c’est-à-dire que je m’enregistre avec mon téléphone quand je suis sur scène et je réécoute sans l’image. Ça va mieux si je n’ai que le son, et là j’arrive à prendre des notes et à travailler. Mais me regarder, c’est très compliqué, l’image je n’arrive pas.

Site officiel de Thomas Wiesel

Léonie Frossard (17 ans)

Apprentie gestionnaire du commerce  de détail à la Coop de Martigny (VS)