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17 minutes avec Michael Douglas

En plus de 50 ans de carrière, Michael Douglas est entré dans l'histoire du cinéma. Rencontre avec la star hollywoodienne à Paris. Hélas, pas en tête-à-tête.

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Getty images
06 août 2018

Michael Douglas est né en septembre 1944 dans le New Jersey. Il est l?un des quatre fils de l?acteur Kirk Douglas qui a fêté ses 101 ans en décembre dernier.


Un rendez-vous avec Michael Douglas? Oui, mais ce sera 17 minutes pas une de plus, à l'occasion de la sortie du nouveau film mettant en scène les super-héros Marvel «Ant-Man et la Guêpe». A 73 ans, la star hollywoodienne y incarne un physicien et entomologiste.
Je ne suis malheureusement pas seul dans cette pièce d'un grand hôtel parisien, mais avec dix autres journalistes. C'est-à-dire une minute et demie pour chacun. Parant à toute éventualité, j'ai quand même préparé 20 questions – que je trouve pertinentes et fines. On ne sait jamais. Peut-être que la moitié des journalistes seront trop stressés pour oser prendre la parole. Après tout Michael Douglas n'est pas n'importe qui… mais bien une légende du cinéma.
Je regarde mes collègues qui ont les yeux rivés sur leur bloc-note ou leur mobile. Une liste m'a révélé que deux journalistes de cinéma étaient présents, ce qui ne manque pas de m'alarmer. Les journalistes spécialisés ont la plupart du temps une immense connaissance de leur sujet et n'hésitent pas à le montrer à travers des questions trop fouillées. Un journaliste spécialisé dans le ski demandera par exemple: «Lara Gut, comment avez-vous trouvé la neige aujourd'hui?» Or le grand public préférerait savoir: «Lara, comment ça s'est passé hier avec Valon Behrami?»
Mais revenons à notre salle d'interview parisienne. Je lance à la cantonade: «Qui commence?» Tout le monde lève les yeux, personne ne répond, mais nombreux sont ceux qui se disent: «Prétentieux… C'est en tout cas pas toi qui vas le faire.» Il n'y a guère de place pour l'empathie ici. C'est alors que Michael Douglas entre dans la pièce, la veste ouverte, décontracté, comme s'il descendait une rue de San Francisco. Il salue l'assemblée d'un désinvolte «Hi, good morning», comme si l'on se connaissait depuis toujours. On reconnaît la voix pénétrante qu'on a tant de fois entendue dans ses films: «Basic Instinct», «Wall Street», pour lequel il a reçu un Oscar, «Le syndrome chinois»... Puis soudain une autre voix s'élève, celle d'un journaliste de cinéma. Il pose la première question: Michael Douglas, avec «Ant-Man et la Guêpe», vous jouez à nouveau dans un film de super-héros.

Comment avez-vous abordé le tournage sur fond vert?
C'était une nouvelle expérience pour moi. (ndlr: le tournage sur fond vert consiste à ce que les acteurs jouent en studio devant un fond vert qui permettra d'ajouter ultérieurement des effets spéciaux, par exemple un monstre, un paysage, des astéroïdes qui fusent, etc.) Avant «Ant-Man», je n'avais encore jamais tourné avec cette technique, et pourtant j'ai plus de 50 ans de carrière derrière moi. Normalement, tu tournes une scène et tu sais à peu près comment ça rendra dans le film. Là au contraire, je n'en avais pas la moindre idée jusqu'à la première.

Mieux vaut un petit rôle dans un grand film que le contraire»

Michael Douglas

Ça n'a plus grand-chose à voir avec le métier d'acteur classique.
J'ai quand même un grand respect pour ce type de jeu. Tu dois jouer sans rien autour de toi… Le réalisateur te raconte ce qui se passe à ce moment-là: «Bon, alors là, les astéroïdes arrivent. Il se passe ceci et cela.» Tu ne vois rien, tu dois juste te fier aux explications. Et à la fin, ils montent le tout et ça marche!

L'empire Marvel lance des super-héros qui cartonnent les uns après les autres. Quel est le secret de ce succès?
L'équipe Marvel est comme une grande famille, qui est toujours douée pour les bonnes surprises. Je me souviens de Robert Downey Jr, il avait de gros problèmes, puis il est revenu sur le devant de la scène avec Ironman. J'ai trouvé intéressant qu'il ait été choisi pour incarner un héros de film d'action! Côté casting, ils sont excellents, ils trouvent toujours le bon acteur pour un rôle. Et puis à cela s'ajoute toute la technique.

Comment choisissez-vous vos rôles?
Comme je l'ai toujours fait. Vous voyez, j'ai connu mes premiers succès en tant que producteur, à la différence de la plupart des acteurs. Ceux-ci se demandent avant tout si le rôle est bon, et si c'est le cas, ça leur convient. Moi, je m'intéresse au film dans son ensemble. Est-il drôle, plein de suspens, sexy, émouvant? L'intrigue est-elle bonne? Ce n'est qu'une fois convaincu que le film est bon que je me plonge dans mon rôle. Je préfère un petit rôle dans un grand film qu'un premier rôle dans un navet.
Que Michael Douglas consacre une minute et demie à chaque journaliste, ça, on peut l'oublier! Certains, c'est sûr, vont repartir bredouille: plus de la moitié du temps imparti est passé et il n'a répondu qu'à quelques questions. Et il n'en a pas fini avec la dernière…
Ainsi, le rôle de Sharon Stone dans «Basic Instinct» est bien plus important que le mien. C'est tout à fait normal, et le film est fantastique. Vous voyez, cela ne me pose plus problème aujourd'hui. Je suis désormais le plus âgé sur le tournage. J'essaie donc d'aider au mieux mes jeunes collègues afin qu'ils soient à l'aise. Certains ont peur que l'autre leur vole la vedette. C'est pourtant formidable quand quelqu'un exécute une performance remarquable. Dans «Ant-Man et la Guêpe», j'aime beaucoup la manière dont Michael Peña interprète son rôle. Il est génial.

Michael Douglas est à l'affiche de «Ant-Man et la guêpe», actuellement sur les écrans romands.

Vous dites que vous étiez le plus âgé sur le tournage. Il y a donc peu de grands rôles pour les acteurs âgés?
Non, au contraire. Grâce aux plateformes de streaming comme Netflix, Amazon ou Hulu, les opportunités sont aujourd'hui plus nombreuses que jamais pour tous les acteurs. Ainsi, ma femme Catherine tourne actuellement une série pour Facebook. On pourra aussi me voir dès le mois de novembre dans la série «The Kominsky Method» sur Netflix, avec des épisodes de 30 minutes, sans aucune publicité. Nous vivons une époque formidable pour tous les talents.
Le journaliste de cinéma qui avait entamé l'interview s'éclaircit la voix. Il cherche une occasion pour poser une autre question à Michael Douglas, mais c'était sans compter sur moi. Du fin fond de la salle, j'interviens:

Michael Douglas, qui est le super-héros de notre époque?
J'essaierai de laisser la politique de côté dans ma réponse. Au vu de ce qui se passe, un super-héros dans notre monde serait bien utile… (l'acteur réfléchit, répète la question et finalement répond). J'admire beaucoup Elon Musk…

Un super-héros dans notre monde serait bien utile»

Michael Douglas

… le patron de Tesla…
Ce qu'il entreprend m'intéresse. Il est soumis à une pression énorme et pourtant, on n'a pas l'impression que cela le préoccupe beaucoup.
Il y a tant de sujets qu'on aimerait aborder avec Michael Douglas: son mariage avec Catherine Zeta-Jones (48 ans), sa victoire contre le cancer de la langue, la prochaine génération Douglas. Comme le montrent d'autres interviews, c'est quelqu'un qui laisse volontiers entrevoir des aspects de sa vie privée, à l'instar de son père, Kirk Douglas, aujourd'hui âgé de 101 ans. Ce dernier a toujours été sincère quand son fils Michael lui demandait son opinion. «Tu étais terriblement mauvais», lui a-t-il ainsi déclaré à propos de son premier rôle au théâtre. Comment Kirk Douglas le trouve-t-il aujourd'hui? Nous nous apprêtons à poser la question quand arrive l'annonce sans appel de l'attachée de presse: «Dernière question!»

Que dit votre père de ces films?
Ma foi, il ne sort plus beaucoup de chez lui. Heureusement il y a Facetime ou Skype. Il m'appelle volontiers et me demande où je suis. Je peux alors le lui montrer, surtout quand je suis en voyage. Je lui montre aussi la série télévisée. «Ant-Man» n'est toutefois pas un film que l'on doit regarder à la maison, au contraire. Il faut le voir dans un cinéma Imax, il rendra bien mieux.
Clap de fin. Michael Douglas se lève et nous salue: «Have a nice day and see you next time!» Il passe au groupe suivant, avec lequel il va de nouveau parler du tournage sur fond vert, comme je l'apprends plus tard par une collègue. En tout cas, il n'y va pas par quatre chemins: «Je suis arrivé à un moment de ma vie où je n'ai plus de temps à perdre avec des cons, plus de prise de tête, rien de tout ça. Je préfère travailler avec des gens agréables et talentueux.» Il évoque alors la fascination que suscite le cinéma: «Le monde devient de plus en plus hostile, conflictuel, dénué de solidarité. Le cinéma est l'occasion de s'évader de la réalité pendant deux heures.»
Peyton Reed, réalisateur de «Ant-Man et la Guêpe», nous a rejoints. De Michael Douglas, il dit: «C'est un réel plaisir de travailler avec Michael, il est formidable.»

Les salles de cinéma en Suisse où voir «Ant-man et la guêpe»