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«20 ans en 68, ça m'aurait plu!»

Un petit voyage dans les sixties, ça vous tente? Tonton Pierrick remonte le temps pour nous conter le rock de ces années phares dans un spectacle qui traverse la Suisse romande tout le printemps. Vive la liberté!

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Patrick Gilliéron Lopreno
12 mars 2018

Pierrick dans son fief véritable musée dédié au rock où il a écrit son spectacle Tonton Pierrick astique le rock des 60s.


Mmmh, yes, ça va rocker. Et de quelle manière! Un parc de guitares, des pédales d'effets, des tournures de phrases aux rimes taquines: Pierrick Destraz va faire valser les sourires avec les riffs imparables des sixties. Après s'être attaqué au blues et au rock des 50's il y a deux ans, le «Voodoo Child» débarque avec son deuxième one-man-show. Sa formule: raconter l'histoire du rock en musclant les zygomatiques et enflammer le tout de performances musicales guitare-voix. Homme de scène, animateur radio, écrivain, comédien, le fils d'Henri Dès suit un drôle de chemin qu'il crée au fil de ses inspirations. Bref, dit à l'anglaise, un «entertainer»! Accompagnez-nous dans un petit échauffement avant ses représentations à Lausanne, Savièse (VS), Genève, Le Locle, Fribourg, Les Breuleux (JU) et Neuchâtel.

Pierrick Destraz (47 ans), showman

L'état d'esprit, les philosophies, la liberté des années 1960, vous vous y reconnaissez?
Totalement. Mon fils me traite souvent de vieil hippie. Je trouve ce mouvement magnifique, même si c'est un peu tourné en dérision aujourd'hui. Avant que ça ne soit caricaturé, l'idée derrière tout cela est quand même une philosophie de paix, d'amour et de tolérance. Ce sont des valeurs qui me parlent. Le 4 × 40 (ndlr: 40 heures par semaine), la politique, le business, ce que le monde devient, ça me parle moyen. Donc voilà, je me sens proche des hippies, ouais!

Enviez-vous vos parents d'avoir vécu à cette période?
Non parce que, eux, ils n'étaient pas hippies. Ils vivaient à Paris en mai 1968, mais ont vécu ça un peu de loin comme des «touristes» suisses – enfin, mon père était parti pour faire carrière dans la chanson. Je suis très heureux d'être né en 1970 et de vivre ma vie d'aujourd'hui. Mais, ouais, ça m'aurait plu d'avoir 20 ans en 1968!

Avec quels groupes et musiciens votre spectacle débute-t-il?
Je commence en 1957 avec la rencontre de Paul McCartney et John Lennon. Donc, de façon un peu romantique. En fait, je remets les choses dans leur contexte. En rappelant très rapidement aux gens ce qui s'est passé avant.
Ensuite, je démarre avec les Rolling Stones, les Beatles… Je raconte aussi brièvement l'enfance de chacun. Je prends des thèmes comme la mode, le contexte social, les technologies ou les drogues pour parler des artistes. Les Who, par exemple, étaient des «mods» (ndlr: modernists), tout comme les Kings d'ailleurs.

Soyez-en sûr, Pierrick a l'art de communiquer avec verve et tournures de phrases croustillantes. Il n'en fut pas autrement lors de notre rencontre chez lui au-dessus de Morges.

Quels groupes interprétez-vous sur scène?
Les Beatles, les Rollings Stones, les Who, les Kings, les Beach Boys, les Monkeys, les Doors, Jimi Hendrix… J'évoque aussi la fin des années 1960 avec Led Zeppelin et Pink Floyd. Je joue une bonne vingtaine d'extraits de chansons, à quoi s'ajoutent des enregistrements audio…

Et David Bowie?
Non, je ne l'évoque même pas. Je parle des Stooges, d'Iggy Pop, mais je ne peux parler de tout le monde… J'ai quand même axé mon texte sur le début des années 1960, l'arrivée des drogues psychédéliques, des hippies jusqu'à 1968-1969. Après, il y a tout qui se casse la gueule!

Ce nouveau spectacle semble aussi plus subversif que le premier…
Forcément. Il y a beaucoup plus d'histoires de sexe débridé et de drogues. Ça parle de sujets un petit peu tabou! Voilà. Mais mon spectacle n'est pas subversif. Je relate des histoires qui ont existé. Subversif, ça l'était à l'époque. S'il y a encore des gens en 2018 qui sont choqués parce qu'il y a des personnes qui prennent de la drogue, qui aiment se
balader à poil ou faire l'amour à plusieurs, eh bien c'est dommage pour eux!

Cinquante ans plus tard, êtes-vous sûr que la société soit prête à se souvenir qu'il fut un temps où les libertés étaient bien plus folles et féroces qu'aujourd'hui?
Ça me plairait qu'elle s'en souvienne. Prête, j'en sais rien. C'est comme les histoires du passé, ce que nous réserve l'avenir, comment l'être humain va évoluer… Là, actuellement, il a l'air de partir plutôt dans l'autre sens. C'est toujours un mouvement de balancier à travers les âges. J'espère qu'avant que je ne meure, ça repartira dans l'autre sens. Par contre, ça a l'air d'être bien parti pour rester du côté sombre de la force!

Il y a deux ans, vous me disiez que votre philosophie était l'amour. Est-ce toujours le cas?
Ça n'a pas changé. Quelle que soit la situation qui se présente, si j'ai la présence d'esprit de «réfléchir» avec mon cœur, ça se passe toujours bien.

Votre fille (20 ans) et votre fils (14 ans) vivent chez vous par intermittence. Comment influencent-ils votre personnalité?
Ils sont des miroirs merveilleux. En plus de tout le reste. Dès qu'il y a une faille, quelque chose de non cohérent, ils me renvoient une image et m'apprennent beaucoup – tout comme moi inverse- ment. J'apprends surtout à être tolérant, patient et humble. Avec mon fils qui est en pleine adolescence, la tolérance est la valeur la plus importante à laquelle je dois m'accrocher pour ne pas tomber dans le piège du reproche. J'ai envie de le laisser être qui il a envie d'être!

Le rock psychédélique était la bande-son de ce qui se passait!»

Pierrick Destraz

L'automne passé, votre maman est décédée. Comment est-ce que ça va aujourd'hui pour votre père (Henri Dès), votre sœur et vous-même?
Plutôt bien. Mon papa rebondit hyper- bien. Il est toujours très triste évidemment. Il n'en parle pas une seule fois sans avoir les larmes aux yeux. Moi-même, ça m'arrive encore très souvent aussi. C'était très violent sur le moment. Ça nous a beaucoup rapprochés avec mon père et ma sœur. On a fait tout ça ensemble et on a accompagné ma mère du mieux qu'on pouvait…

Avez-vous pris de bonnes résolutions en 2018?
Je les ai prises un petit peu avant 2018. Je suis enfin devenu végane. J'étais déjà végétarien depuis une vingtaine d'années et ça faisait longtemps que j'attendais d'avoir ce déclic-là. Oui, c'est un changement important!

Donc fini le roi des pâtes gratinées et des pizzas?
Ça a complètement changé! Je ne peux même plus me faire mes cornettes aux fromages et à la crème que j'adorais. Mon fils m'en veut beaucoup d'ailleurs. Du coup, je mange des pâtes avec de la crème et du fromage véganes. J'ai même goûté de la fondue végane avec mon amoureuse!

Il y a trois ans, vous faisiez chaque matin le nombre de pompes qui correspond à votre âge. Toujours aussi motivé?
Non, parce que j'ai mal aux épaules. Déjà quand je joue de la batterie, je me fais aussi régulièrement mal aux épaules en faisant des mouvements brusques sans me chauffer et ça me prend des semaines pour que la douleur parte. Du coup, je fais des tractions, mais sans en faire le même nombre que mon âge… mais tout de même trois fois dix!

Donc, en pleine forme et au taquet pour près de 20 dates de spectacle qui filent jusqu'au 25 mai. Pour vous, mis à part l'effervescence et la créativité musicale des sixties, que retenez-vous de cette période?
Eh bien, qu'à ma connaissance, il n'y a pas eu dans l'histoire humaine un tel mouvement pacifiste, d'ouverture des esprits, des mœurs et de libération. Et le rock, le rock psychédélique, était la bande-son de ce qui se passait!

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Des dates supplémentaires ont été programmées au 2.21:

- samedi 17 mars à 16h
- samedi 24 mars à 16h
- mercredi 28 mars à 19h
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Eh, Tonton, c'était comment?

Né pendant l'été 1970, Pierrick Destraz nage dans le bain de la musique et du spectacle depuis son adolescence. A 18 ans, alors qu'il bosse dans un magasin de disques à Lausanne, il se fait enrôler comme batteur dans le groupe australo-suisse, Wooloomooloo, qui sortira quatre albums chez Sony Music.

Il enchaîne ensuite avec le grandiloquent duo de reprises des années Goldorak et Capitaine Flam, l'inénarrable Explosion de caca. Adepte de la polyvalence, on le retrouve sur Couleur 3 dans «La fabuleuse histoire du rock'n'roll racontée aux enfants», à la télévision, en écrivain le temps de chroniques et de deux livres, ou encore dans le costume de comédien. Dès 2015, il lance son one-man-show «Tonton Pierrick astique le rock des 50's» avant de s'attaquer cette année à la décennie des Beatles et des Stones.

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