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«Le cinéma, ça 
m'a regonflé à bloc»

Il a mis le feu avec «La fièvre du samedi soir». Et avec «Grease», sorti il y a tout juste quarante ans. Rencontre du légendaire acteur et danseur John Travolta qui nous parle de son cinéma,
de sa famille, de ses avions, de sa foi. Et de sa manière de rester en forme.

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Getty Images
09 juillet 2018

John Travolta, 64 ans: lacteur a joué dans près de 60 films, dans des comédies musicales, des séries TV et il est aussi un pilote davion passionné.


Interview

Du gloss, un jeans moulant, une fermeture éclair qui se remonte avec une pince, de la gomina et un charme irrésistible: dans les années 70, John Travolta déclenche à l'échelle planétaire une véritable passion pour la danse avec «La fièvre du samedi soir» et «Grease», au rythme du disco qui se propage au fil des années dans les boîtes de nuit. C'était il y a 40 ans – un anniversaire célébré en grande pompe à l'occasion du Festival de Cannes au cours duquel John Travolta a reçu le «Cinema Icon Award» décerné par le magazine Variety.
Mais John Travolta est aussi, côté privé, un pilote d'avion passionné et un disciple de l'église de scientologie. A 64 ans, il est encore beau gosse. Il nous accueille avec chaleur et courtoisie à la porte de l'immense suite de l'hôtel Carlton. Un véritable gentleman doté d'une folle prestance. Son rire a gardé la même fraîcheur et le bleu de son regard luit toujours aussi intensément, comme à l'époque de «Grease» et de ses fameux «Doub - doubidou, doubidou…»

John Travolta, que ressentez-vous aujourd'hui lorsque vous regardez un film comme «Grease»?
J'ai l'air encore si jeune – ce qui n'est plus vraiment le cas aujourd'hui! (Rires) Je suis simplement fier que ces films aient pu rendre autant de gens heureux. «Grease» parvient à séduire toutes les générations. J'ai également vécu cela avec «Pulp Fiction»; ces films-là ne prennent pas une ride. Quentin Tarantino lui-même était obsédé par «Grease» et «La fièvre du samedi soir». Il chérissait ces films. Je suis même certain d'avoir obtenu grâce à «Grease» le rôle dans «Pulp Fiction».

Comprenez-vous la fascination autour de «Grease»?
Non. Mais chaque année au mois de septembre, il y a une fête à Los Angeles où des gens acceptent de débourser 275 dollars pour voir le film, danser et s'habiller comme les personnages. Quand le film est sorti, le ticket de cinéma ne coûtait que trois dollars!

Qu'est-ce qui vous plaisait dans cette adaptation au cinéma? Vous aviez déjà joué dans «Grease» cinq ans auparavant, à Broadway.
C'était justement là que résidait le plus grand défi: faire un bon film à partir d'un spectacle qui cartonne à Broadway. J'ai pris ce challenge très au sérieux. (Rires) Benicio del Toro m'a fait un aveu durant le tournage de «Savages»: «Lorsque j'avais 12 ans, je t'ai vu au cinéma dans «Grease» – 14 fois en tout. Tu es celui qui a fait naître ma vocation d'acteur.»
J'ai failli tomber à la renverse! Benicio dégage une telle gravité que j'ai du mal à croire que «Grease» ait pu avoir une influence sur son choix de carrière.

L'art, les amitiés…, tout cela donne de la joie à l'âme»

John Travolta, acteur

Vous avez remporté un premier succès avec la série TV «Welcome back, Kotter». Puis «La fièvre du samedi soir» a fait du disco un véritable phénomène de société. Vos enfants aiment-ils ces films?
Ils ne les connaissent pas! Parce que «La fièvre du samedi soir» et «Grease» sont les deux films où l'on entend le plus de grossièretés de toute l'histoire du cinéma! Je vous promets! De nos jours, il serait impensable de proposer un film pour la jeunesse avec un contenu aussi peu adapté. Dans les années 70, on n'y trouvait rien à redire, les jurons étaient une sorte de figure de style.

Vous-même, vous avez grandi dans le New Jersey, le plus jeune d'une famille de six enfants. Comment avez-vous découvert vos talents de danseur, de chanteur et d'acteur?
Grâce à ma famille: ma mère était professeur d'art dramatique et ma sœur Ellen s'était également produite à Broadway. Lorsque je l'ai vue sur scène, j'ai failli pété un câble tellement ça m'a donné envie de jouer. Sans Ellen, je ne serais pas là aujourd'hui.

C'est donc votre famille d'artistes qui vous a poussé sur les planches?
J'en avais tellement envie que c'était plutôt moi qui harcelais mon entourage pour pouvoir jouer! (Rires) Mes parents regardaient souvent des films de Fellini ou de Bergman. Quand j'avais 5 ou 6 ans, j'ai vu Giulietta Masina dans «La Strada» et sa souffrance m'a quasiment brisé le cœur. C'est à cette époque que j'ai pris conscience de l'impact que peut avoir le jeu d'un acteur sur le public. Et meilleure est ta prestation, plus les émotions transmises sont fortes.

Etre acteur a donc toujours été une évidence?
Si j'avais eu de meilleures notes, j'aurais  pu faire carrière dans l'aéronautique. Mais j'ai eu la chance de connaître une telle réussite en tant qu'acteur que cela m'a permis d'investir dans l'aviation. Aujourd'hui, je pilote mes propres avions. Dans un autre contexte, ça n'aurait peut-être pas fonctionné. J'ai toujours un tel trac avant un examen!

Vous vivez en Floride où vous avez votre propre aéroport. D'où vient votre fascination pour les avions?
Elle a toujours été là. Toujours. A 5 ans déjà, je rêvais de voler.

Olivia Newton-John et John Travolta dans «Grease», il y a 40 ans.

Une passion qui vous a même poussé à refuser un rôle et à passer votre brevet de pilote à la place...
C'est vrai. Après «Grease», on m'a proposé le rôle principal dans «Officier et Gentleman». Je devais jouer un pilote de jet, puis tout à coup j'ai pensé: «Non, plutôt que de faire semblant, je voudrais vraiment apprendre à piloter!» Le rôle a finalement été confié à Richard Gere.

... qui affirme aujourd'hui encore qu'il vous doit sa carrière.
Je n'ai jamais regretté cette décision, au contraire. Aujourd'hui, je suis capable de piloter 26 sortes d'appareils et j'ai même travaillé pour la compagnie aérienne Quantas. C'est fou à quel point la vie peut parfois ressembler à une véritable aventure, encore plus que dans les films.

Vous êtes venu avec votre avion à Cannes, embarquant amis et famille pour la fête de «Grease». Mais est-il encore responsable, de nos jours, d'avoir son propre avion?
Chaque personne qui prend l'avion a sa part de responsabilité dans le réchauffement climatique. Il faudrait créer de nouvelles technologies, respectueuses de l'environnement, et parallèlement prendre des mesures d'urgence afin d'enrayer les dommages effectifs. Oui, nous avons beaucoup à faire et bien sûr, aujourd'hui, dès que nous montons dans une voiture ou un avion, nous aggravons le problème. Je ne nie pas une seule seconde ma responsabilité.

Que vous apporte votre religion, la scientologie?
La foi me permet de garder les idées claires en laissant derrière moi tous mes soucis et mes peurs. On apprend des techniques pour gérer les émotions. On peut y arriver également avec l'art. Quand j'avais 17 ou 18 ans, j'ai traversé une période de grande tristesse. A cette époque, je regardais en boucle le film «Il était une fois Hollywood», une compilation de films et de comédies musicales. Ça m'a regonflé à bloc! Contempler des œuvres d'art, être productif, s'entourer des bonnes personnes – tout cela contribue à la joie de l'âme.

A 64 ans, vous êtes encore au top de votre forme. Comment faites-vous?
Merci beaucoup pour le compliment – je me sens tout de suite mieux! Je joue beaucoup au tennis, je pratique la musculation trois fois par semaine et je prends soin de mon cœur et de mon alimentation: un cocktail efficace qui permet d'aller loin.

Vidéos

John Travolta et Olivia Newton-John dans «Grease» et dans «You're The One That I Want»

40 ans après, John Travolta refait les pas de danse de «Grease»

Le documentaire d'Arte, «John Travolta, le miraculé d'Hollywood»

Les cinq films qui ont marqué la carrière de John Travolta