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Pascal Zuberbühler

Juste avant le coup d'envoi de la Coupe du monde, le fameux gardien Pascal Zuberbühler nous parle des atouts de l'équipe suisse et des défis qui l'attendent. Et nous donne ses pronostics.

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Christoph Kaminski, Keystone
11 juin 2018

Pascal Zuberbühler est un ovni du football helvétique: déjà multiple champion de Suisse avec Bâle et Grasshopper, il s'est rendu célèbre en 2006 avec l'équipe nationale en devenant le seul gardien de Coupe du monde à n'avoir encaissé aucun but. Il travaille aujourd'hui en tant qu'expert TV pour Teleclub et formateur de gardiens à la FIFA, pour laquelle il sera sur tous les fronts à la Coupe du monde en Russie. Rencontre du mythique gardien de 47 ans, qui évoque sa carrière, nous parle de la Coupe du monde et de la Nati.

Pascal Zuberbühler, le coup d'envoi de la Coupe du monde est donné jeudi en Russie. Trois jours plus tard, la Suisse joue contre le Brésil. Quel est l'état d'esprit des joueurs?
La Coupe du monde constitue un point culminant dans la carrière de tout joueur. Contrairement aux qualifications, c'est comparable à un sprint. Le mental des joueurs est particulièrement sollicité. Tout se décide en deux ou trois matchs. Il faut donc tout donner, physiquement comme psychiquement.

Avec le Brésil, la Serbie et le Costa Rica, la Suisse se retrouve face à des adversaires redoutables…
Le Brésil est comme toujours le grand favori pour le titre. Ce qui constitue une bonne entrée en matière pour la Suisse, car quel que soit le résultat, on ne peut que gagner, comme en 2010 dans le premier match contre l'Espagne. La Serbie est un adversaire de taille: fort physiquement, mais aussi d'un haut niveau technique. Il ne faudra pas laisser les Serbes entrer dans le jeu, et surtout ne pas se contenter d'un niveau de jeu moyen à proximité des buts. Ce serait fatal. Sur le papier, le Costa Rica apparaît comme l'adversaire le plus facile. Mais attention, cette équipe est capable d'excellentes performances. Lors de sa qualification surprise aux quarts de finale de la Coupe du monde 2014, elle a apporté la preuve d'une formidable organisation et d'une défense très stable. N'oublions pas qu'elle a vaincu l'Italie, l'Uruguay, anciens champions du monde, et éliminé l'Angleterre.

Que doivent faire les Suisses pour relever ces défis avec succès?
Ils doivent profiter de l'élan de leur magnifique qualification. Bien qu'ils aient finalement été contraints de disputer un match de barrage, ils ont fait preuve d'une impressionnante constance sur l'ensemble des matchs. Ils peuvent à présent s'inspirer de ces expériences dans la phase finale du tournoi. L'entraîneur, l'équipe et les joueurs ont développé une mentalité de vainqueur. Il faut maintenant mettre cet atout à profit.

La Nati a développé une mentalité de vainqueur»

Pascal Zuberbühler

On dit de cette équipe suisse qu'elle est la plus talentueuse de l'histoire. Partagez-vous cet avis?
La question n'est pas très pertinente. Seuls les résultats comptent, et ils ne sont pas meilleurs qu'à notre époque.

Mais avec Xherdan Shaqiri, nous disposons d'un joueur capable de créer des occasions dangereuses…
Shaqiri est un tireur hors pair. Et un joueur qui ne se laisse pas enfermer dans un schéma. Mais il doit encore prouver qu'il est capable d'endosser la responsabilité de l'équipe. Prenez Granit Xhaka, voilà pour moi un joueur d'exception. Lorsqu'il organise le jeu au milieu du terrain, ça peut faire la différence. Et puis nous avons du beau monde dans les buts: Yann Sommer, bien sûr, mais aussi les remplaçants Roman Bürki et Yvon Mvogo. Quel pays peut compter sur trois gardiens de Bundesliga?

Pour en revenir à votre carrière, vous faisiez partie de la sélection nationale lors de la qualification en 2005 pour la Coupe du monde en Allemagne en battant la Turquie à Istanbul…
Ça a été un match bouleversant, une expérience qu'aucun des joueurs présents n'oubliera et qui a soudé notre équipe.

Puis ça a été l'Allemagne. Vos souvenirs de ce tournoi?
Il y a d'abord eu, en amont du tournoi, une campagne médiatique qui m'était hostile. Ça a été dur. Je suis parti en Allemagne avec la volonté de leur montrer ce dont j'étais capable: quitte ou double…

Et vous leur avez montré, en n'encaissant aucun but…
L'ambiance était fantastique. En particulier lors du match contre le Togo à Dortmund, dans un stade rempli de supporters suisses, inoubliable. Puis à la fin du premier tour, la victoire contre la Corée du Sud: nous avons fini à la première place de notre groupe, devant la France. Et j'ai joué comme je l'avais imaginé.

Mais il y a eu ensuite le quart de finale contre l'Ukraine. Le ticket en apparence gagnant s'est avéré trompeur…
Parce que l'adversaire nous a bien étudiés et nous a contrôlés pendant le jeu. Nous avons eu des occasions de but, mais moins que lors des matchs de groupes.

Et il y a eu la séance de penaltys où vous avez arrêté le tir d'Andrei Shevchenko, mais après lequel tous les Suisses ont échoué. Qu'aurait-il fallu faire différemment?
(Rires) Je n'aurais pas dû arrêter le tir de Shevchenko! Ça aurait peut-être créé une autre dynamique. L'échec a été amer. On a fait tout juste, mais on est quand même rentrés les mains vides.

La Coupe du monde aura cependant été un tremplin pour vous.
Oui, j'ai pu jouer en Premier League, à West Bromwich Albion. L'Angleterre a eu un grand rôle dans ma carrière; ma dernière équipe a été Fulham. Roy Hodgson m'a engagé en doublure de Mark Schwarzer. La troisième année, j'ai été entraîneur des gardiens. De retour en Suisse, j'ai été engagé par Derby County en tant qu'entraîneur des gardiens.

A présent, vous travaillez à la FIFA, comme «Goalkeeper Coach Specialist». Qu'est-ce que cela signifie?
J'élabore des concepts pour la formation des entraîneurs de gardiens. Avec la spécialisation croissante de l'entraînement, c'est un important domaine de développement. A la Coupe du monde de Russie, je suis également impliqué dans le Technical Study Group. Nous analysons tous les jeux et les évaluons. Les résultats sont consignés dans un livre, puis mis à la disposition des associations membres. 

La FIFA ne jouit pas d'une excellente réputation. Comment réagissez-vous à cette situation?
Je considère que c'est l'opportunité de construire quelque chose de neuf et d'apporter beaucoup. Si tout était parfait, il n'y aurait plus rien à faire. 

Vous êtes à 60% à la FIFA et autant chez Teleclub en tant qu'expert TV. Ça se bouscule dans votre agenda…
(Rires) Effectivement. Je travaille plus qu'avant. Mais c'est formidable. Je suis dans un domaine que j'aime, et à deux niveaux très différents.  

Pour terminer, la question cruciale: qui sera champion du monde?
Les favoris sont de vieilles connaissances: l'Espagne, la France, le Brésil et l'Allemagne. Mais l'Angleterre pourrait bien faire parler d'elle. Gareth Southgate est un fabuleux entraîneur. Il connaît les jeunes pour les avoir côtoyés au sein de la relève. Il a un très bon contact avec ses joueurs et la composition de son équipe est excellente.

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