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Interview
lou de Laâge

«Blanche-Neige, le plaisir de la vie»

Lou de Laâge incarne une Blanche-Neige sensuelle et avide de plaisir, dans le film «Blanche comme neige», une relecture enjouée et audacieuse du célèbre conte. Rencontre avec la jeune actrice française.

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Getty Images
08 avril 2019

L'actrice Lou de Laâge (29 ans le 27 avril), Prix Romy Schneider 2016, est à l'affiche de «Blanche comme neige».

Le rôle de Blanche-Neige lui colle à la peau. A ses débuts, Lou de Laâge campait une version moderne de la belle princesse dans un téléfilm aux accents musicaux. Aujourd’hui, l’actrice française de 28 ans fait du personnage une jeune femme émancipée à la sensualité exacerbée dans «Blanche comme neige», une comédie enjouée signée Anne Fontaine (en salle dès le 10 avril). Elle incarne Claire, dont la beauté insolente provoque une telle jalousie chez sa belle-mère (Isabelle Huppert) que celle-ci organise son enlèvement. Sauvée de la mort par un inconnu, la jeune femme s’éveille au désir et fait des ravages auprès de tous les hommes qu’elle croise. La comédienne se confie sans fard dans un bistrot parisien en sirotant une Badoit.

Vous tournez peu et semblez assez sélective dans vos choix de films…

Le théâtre m’oblige à faire des choix et donc à disparaître un certain temps du grand écran. J’ai été amenée à refuser des propositions surtout parce que je jouais sur scène. Après, c’est vrai que je ne suis pas une boulimique du travail. Je préfère faire des choses qui me parlent sur le moment que de me précipiter sur tout. J’ai essayé un certain temps de jongler entre plusieurs projets et j’ai fini par m’épuiser. Ça ne me correspondait pas. J’ai besoin de faire une chose après l’autre.

Avez-vous accepté ce rôle d’abord pour retrouver Anne Fontaine?

Oui, elle a pesé lourd dans la balance. J’avais beaucoup aimé travailler avec elle sur «Les Innocentes». C’est quelqu’un avec qui je m’entends très bien humainement. Quand elle m’a envoyé le scénario, j’ai eu envie de lui dire oui avant même de le lire. J’ai eu le désir de la retrouver et en plus dans un registre totalement différent. Je savais qu’on allait pouvoir s’amuser toutes les deux.

Jouer face à Isabelle Huppert, c’était aussi un attrait?

Soyons honnêtes, jouer avec de très grands acteurs, c’est terriblement excitant. On ne peut que progresser avec des gens plus grands que soi. Donc oui, évidemment, je me suis dit: «Merveilleux. J’ai une équipe d’hommes géniaux, plus fous les uns que les autres, et Isabelle.» J’aime beaucoup l’atmosphère qu’elle instaure dans le travail, la bulle de concentration qu’elle amène sur le tournage.

J’ai beaucoup aimé cette scène où vous dansez ensemble.

C’est marrant parce qu’Anne avait engagé une chorégraphe au départ. Et puis en travaillant avec Isabelle, on s’est dit que c’était une très mauvaise idée et qu’il valait mieux improviser. On est restées sur ce pacte et arrivées à la scène, Isabelle a proposé cette danse complètement loufoque où je n’avais qu’à accentuer le côté marionnette, sous emprise et qui perd pied. Une grande actrice fait de grandes propositions. C’est très agréable!

Cette Blanche-Neige moderne est une jeune femme qui s’émancipe…

Oui, qui se rencontre même. C’est une fille qui n’a jamais ouvert cette vanne du plaisir. Pas forcément du plaisir sexuel mais du plaisir de la vie, de la contemplation, de la curiosité. Elle se met à ouvrir cette vanne après un choc et les rencontres qui suivent.

Les sept nains sont ici des hommes, pas très sûr d’eux, vulnérables, un peu névrosés. Ça vous a amusée?

Ils sont tous totalement névrosés! Oui, c’est très amusant, surtout que tous ces acteurs savent jouer ça merveilleusement bien. Anne en connaissait déjà certains avant de leur donner ces rôles qui leur vont comme un gant. Et puis surtout, ils ont tous un humour très différent. C’était agréable pour moi de jouer avec eux parce qu’ils amènent tous un univers ou une névrose qui ne se ressemblent pas. J’avais juste à observer ces drôles d’oiseaux en face de moi et à les aimer pour toute leur folie.

Lou de Laâge: «J'aime la nourriture, les bons vins. Et ma gourmandise est plus forte que moi.»

Ce n’est pas la première fois que vous jouez ce personnage puisqu’il y a eu le téléfilm «La Nouvelle Blanche-Neige» en 2011…

Il me colle à la peau, je ne sais pas pourquoi. Ce n’est pas voulu! Quand Anne m’a reproposé ce rôle, je me suis dit: «Mais ce n’est pas possible. Dans dix ans, je vais jouer la marâtre!» Je suis abonnée à ce conte.

Incarner la beauté, la pureté, l’innocence, ça vous soûle parfois?

Non, sinon je ne l’aurais pas fait. On fait ce métier avec la tête et l’énergie qu’on a. Si on est en refus de ce qu’on dégage, c’est plus embêtant qu’autre chose parce qu’on ne choisit pas ça. Je ne pense pas être aussi pure et innocente que cette jeune femme mais j’inspire ça. Quelque part, ça m’amène sur une route que je ne trouve pas forcément désagréable non plus.

En vous dirigeant dans «Respire», Mélanie Laurent disait vouloir faire sortir le diable de votre gueule d’ange. C’était aussi votre intention?

Ah non, ça c’est elle qui a voulu le faire. Après, j’adore jouer les garces. Vraiment, c’est un truc qui m’amuse terriblement. Comme de jouer les travers humains, tout ce qu’on s’évertue à gommer en société. On est tous constitués de choses pas belles aussi mais on décide juste de cultiver ce qu’on trouve le plus intéressant chez nous. Il y a des choses en nous qu’on essaie d’éteindre ou en tout cas de ne pas mettre au premier plan. Mais cela fait partie de l’être humain, donc je trouve fascinant d’essayer de le comprendre.

C’est vrai que vous avez découvert votre vocation à 5 ans?

C’est ce que raconte ma mère. Honnêtement, je n’ai aucun souvenir de ça. Je ne me rappelle juste pas d’avoir voulu faire autre chose que du théâtre. Quand j’ai raconté à ma mère que les journalistes me demandaient pourquoi et que je ne savais pas quoi leur répondre, elle m’a dit: «C’était en sortant d’une pièce de théâtre. Tu m’as dit que tu voulais faire ce métier, puis après, tu n’as plus lâché.»

On sait très peu de choses de vous. Vous n’êtes sur aucun réseau social. Le mystère, c’est vital pour être actrice?

Ce n’est pas un calcul. C’est juste que ça ne m’intéresse pas d’être sur tous ces réseaux sociaux. On m’a dit que c’était une mauvaise idée de ne pas y être, pas dans l’air du temps. Je crois aussi que cela me fait un peu peur parce que finalement je suis comme tout le monde. Peut-être que je me prendrais au jeu et serais constamment en train de regarder la vie des autres et de raconter ma vie. Et puis, je ne crois pas être suffisamment intéressante pour avoir des milliards de choses à poster qui vont nourrir les gens.

A propos, Lou: cuisiner, un plaisir ou un supplice?

Ça dépend des jours. Tout ce qui est trop quotidien m’ennuie au bout d’un moment donc la cuisine, c’est pareil. Quand on fait un métier comme le mien, on choisit une vie décousue et finalement on trouve un plaisir là-dedans. Même s’il doit exister des gens qui arrivent à être très cadrés au milieu de tout ça.

Un plat préféré?

Le soufflé au fromage de ma maman. Ça fait partie des plats que j’ai sacralisés chez elle, que j’aime manger parce qu’elle le prépare mieux que tout le monde. Je dis ça parce que je suis sa fille! 

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A quoi ressemble une journée de Lou ?
Il n’y en a pas vraiment une pareille à une autre…C’est vrai que je déteste raconter ce que je fais ! A chaque fois, je me dis « allez, essaie de raconter un truc ». A chaque fois, ma réponse est creuse ! (Rires) Je trouve que je fais un métier merveilleux pour m’enrichir quand je ne travaille pas : découvrir des nouvelles choses, apprendre de nouvelles choses ou juste prendre du temps pour les gens que j’aime.

Avez-vous des liens avec la Suisse ?
Aucun, si ce n’est d’avoir travaillé avec des Suisses. Récemment, j’ai joué dans une pièce de Mélanie Laurent (« Le Dernier Testament ») avec Gaël Kamilindi qui est un comédien de la Comédie-Française avec qui je viens de refaire un court-métrage. Mon lien le plus fort avec la Suisse, c’est Gaël.

Pourquoi avez-vous accepté de devenir une ambassadrice de Givenchy depuis l’an dernier ?
C’est vrai que j’avais souvent refusé ce genre de choses jusqu’à maintenant, sauf que là il y a eu une vraie proposition de travailler ensemble. Je leur avais dit « je ne suis pas mannequin. Si on me dit quoi porter et faire, je vais être mal à l’aise parce que je fais un métier qui est l’inverse du contrôle de l’image. Il est de l’ordre de l’abandon de soi pour livrer une émotion ou quelque chose d’intérieur. La démarche de la publicité me désintéresse un peu. Mais si on y pense ensemble, là, ça m’intéresse ». Et puis ensuite parce que, tout bêtement, cela me permettait aussi d’avoir suffisamment de sous pour continuer à choisir mes projets en toute liberté. A un moment, il faut bien vivre, manger et payer ses factures.

Pourquoi le théâtre est-il aussi vital pour vous ?
Déjà parce que c’est ma première passion, ce que j’ai voulu faire quand j’étais petite. C’est d’ailleurs ça qui m’a amenée au cinéma quelque part parce que ne pensais faire que du théâtre. Je ne sais pas pourquoi, enfant, j’ai fait cette fixette sur le théâtre. 

Etes-vous gourmande?
Oui. Déjà parce que je viens d’une famille de la terre, que j’aime de façon primaire. Je viens de Bordeaux. J’aime la nourriture, les bons vins. D’ailleurs je me suis dit que c’est terrible, je n’arriverai jamais à être dans le contrôle de moi par rapport à tout ça,  ce qui est quand même la carte de beaucoup de comédiennes. Je suis très mauvaise pour ça. Donc parfois je m’en veux beaucoup d’être très mauvaise mais ma gourmandise est plus forte que moi.