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Interview
Sur les planches

«C'est incroyable d'être vivant», confie le comédien Laurent Deshusses

Il a joué au cinéma, dans des séries, à la TV, dans des pièces de Shakespeare, Frisch, Feydeau. Mais pour la deuxième fois, Laurent Deshusses est seul en scène. Il nous parle de son show, «Ma vie de courbettes», mais aussi de sa carrière, de vélo, de cuisine et d’un certain Ludwig. 

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Patrick Gilliéron Lopreno
25 mars 2019

Le comédien Laurent Deshusses (55 ans) et son facétieux compère Ludwig qui joue avec lui dans «Ma vie de courbettes».

Gagner des places pour son spectacle

Aussi à l’aise au théâtre que dans des séries ou des téléfilms, dans le drame que dans la comédie, Laurent Deshusses (55 ans) jouera la carte de l’humour le 10 avril au Beaulieu de Payerne et du 2 au 5 mai au Casino Théâtre de Genève, avant une tournée dès l’automne. Il sera en solo, ou presque, puisqu’il a confié un rôle à son chien. C’est d’ailleurs avec son compagnon à quatre pattes, Ludwig, que le Genevois arrive à notre rendez-vous. Ludwig n’est pas n’importe quel animal. Parce qu’il est acteur et que c’est un Corgi. Les chiens de la reine d’Angleterre sont de la même race. 

Quel rôle a votre toutou dans le show?

Je ne veux pas trop en dire, mais il fait une petite apparition surprise très intéressante. Cela demande de l’organisation et c’est une charge: c’est comme un enfant de 2 ans qui court dans les couloirs. Mais ça en vaut la peine.

Vous avez Ludwig depuis quand?

Depuis sept ans, depuis qu’il est bébé. Le matin, quand il vient au pied du lit, on se sent bien et protégés. Un chien peut aimer la pire personne du monde, comme disait Michel Houellebecq; son amour est inconditionnel.

Votre nouveau one-man-show parle de la mort. C’est un sujet qui vous préoccupe?

Oui, parce qu’il semble que je vais mourir dans quelques années et il semble aussi que cela touche tout le monde! Plus sérieusement, l’histoire est la suivante: un comédien voit son spectacle interrompu par la mort qui vient le chercher. Il négocie avec elle, car il n’est pas prêt à partir. Mais le sujet n’est pas vraiment la mort, plutôt notre révolte par rapport à l’inéluctable. C’était surtout pour moi un prétexte pour aller dans le passé, les souvenirs, les regrets et l’espoir.

Rassurez-nous, «Ma vie de courbettes» est drôle?

Oui! L’idée est de jouer à se faire peur et d’en rire. D’ailleurs, le spectacle s’approprie la devise de Beaumarchais «Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer». 

Hors de la scène, vous appliquez aussi ce que dit Beaumarchais?

J’essaie. J’adore faire rire et que l’on me fasse rire, mais je ris très peu, je n’ai pas une grande facilité à rire.

Les tartes aux pommes! Avec un bon vin, c’est formidable

 

C’est surprenant!

Les comiques ne sont pas forcément bon public. Je vais apprendre un mot à vos lecteurs: les personnes qui ne savent pas rire, ou qui ne rient pas, sont des agélastes. Je n’en fais pas partie!

Pour en revenir à la phrase de Beaumarchais, c’est difficile de toujours prendre la vie du bon côté?

Oui, mais on devrait se rappeler que tout est privilège, que le temps passe, que c’est incroyable d’être vivant. Il faudrait s’alléger des angoisses. Le rire permet de prendre ce recul, de percevoir notre ridicule quand on s’emporte pour certaines choses. 

Vous avez une longue carrière, pourquoi n’avoir fait que deux one-man-shows?

Par manque de confiance, par exigence, par fainéantise aussi. 

Un comédien à succès peut douter?

J’avais un manque de confiance par rapport à la qualité du spectacle, ce que je n’ai pas quand je joue un rôle, puisque je suis pris en charge par mon personnage. Parfois, il me dit: «Ferme-la, arrête avec tes angoisses, je suis plus fort que toi.» Je n’existe plus. Il y a une forme de schizophrénie! Par contre, en solo, je me parle à moi-même. Il fallait aussi le temps de faire quelque chose de bien. J’aimerais écrire un troisième solo, sans doute un show musical, avec un orchestre. 

Votre carrière est très variée. C’était votre but?

J’ai souvent eu ce que je désirais, pas ce que j’ai demandé, j’ai d’ailleurs rarement demandé des choses. Je pense que l’on a ce que l’on désire. Je n’avais pas de plan de carrière. Je voulais juste faire mon métier, être dans une troupe. La troupe du Splendid n’existe pas chez nous, j’ai donc navigué de projets en projets. C’est un plaisir et une fierté d’avoir pu passer du Cirque Knie à Claudel, de Shakespeare à La Revue, et d’avoir rencontré tant de gens.

Vous n’avez fait que six mois au Conservatoire. Ce qui ne vous a pas empêché d’avoir du succès!

A l’époque, je sortais de l’école et je ne voulais pas entrer dans une autre. Un comédien doit connaître sa nature, ne pas vouloir être ce qu’il n’est pas. Par exemple, ne pas se prendre pour Robert De Niro s’il a un visage comique. C’est un long processus. A 18 ans, j’ai joué ma première pièce «Le Père Noël est une ordure», et depuis je vis de ça. J’ai fait de belles choses, d’autres moins glorieuses. Le tout est d’essayer, sans prétention.

Laurent Deshusses durant notre interview: «Le rire est une chose merveilleuse et si c'est ce qui doit rester de moi, j'en serais heureux.»

Comment êtes-vous venu à ce métier?

C’était dans mon ADN.

Il y a des acteurs dans votre famille?

Non. J’ai tout de suite su que j’étais une sorte d’éponge, de papier carbone de la vie, que je traduisais ce qui se passait autour de moi. Je ne me suis jamais dit que je ferais autre chose. Mais ça ne va pas tout seul, ça a un prix. Parfois, comme tous les acteurs, je n’ai pas de travail. A 20 ans, c’est amusant, c’est la bohème, à mon âge, ça peut être pénible. Mais je ne me plains pas et j’espère que ça continuera. J’aime profondément mon métier et communiquer avec le public.

Dans les années 1990, vous avez joué dans les sketches «L’Ours Maturin», de l’émission de TF1 «Coucou c’est nous!», et «Les gros cons», sur Canal+. Quels souvenirs?

Des souvenirs fantastiques. J’étais assez insouciant, on était en pleine création, en pleine ébullition, on découvrait un monde différent. On a fait rire une génération, et les sketches sont encore regardés sur Internet. Ça, c’est encore plus miraculeux.

Vous êtes fan de vélo, je crois?

Oui, même si je ne roule pas tous les jours. Pour moi, le vélo a un rapport à l’enfance. Les champions de cyclisme étaient mes premiers héros, et les voir passer était gratuit. Un petit garçon peut aller sur les mêmes routes que ses idoles et, avec de l’imagination, voir des gens qui l’applaudissent, alors qu’il n’est pas possible de jouer aux mêmes endroits que les stars du foot ou du tennis. Je pense que si le vélo ne vous a pas fait
rêver, vous ne pouvez pas souffrir sur cet engin.

Avez-vous d’autres loisirs?

Je lis beaucoup, de tout, de Jack London à Michel Houellebecq, des BD. Et je m’occupe de mon chien. J’aime aussi prendre du temps pour m’ennuyer, c’est important et c’est un luxe de nos jours, cela permet parfois de trouver l’inspiration.

Utilisez-vous votre esprit créatif en cuisine?

J’adore manger, mais je cuisine rarement. Comme beaucoup d’hommes, quand je cuisine, il faut que tout le monde le sache, la terre s’arrête, alors qu’une femme le fait tous les jours!

Quels plats aimez-vous?

Je suis fan des choux farcis. J’adore aussi les tartes aux pommes. Avec un bon vin, c’est formidable!

Uniquement sur le web:

C’est une gageure de faire rire avec la mort!

C’était le pari, qui n’était pas gagné d’avance. Je voulais aussi, sans faire peur, passer par les cinq étapes du deuil que le docteur Kübler-Ross a indiquées: le déni, la colère, la négociation, la dépression et l’acceptation. Des phases que l’on retrouve aussi dans les chagrins d’amour. 

On peut s’attendre à des choses particulières dans «Ma vie de courbettes»?

Oui, parce que j’ai voulu, au sens propre et figuré, mettre en exergue le mot spectacle. Ce one-man-show est très fourni, chargé de petites surprises, de bifurcations étonnantes. J’ai fait une certaine jonction entre le théâtre et l’humour. Je m’adresse au public comme dans du stand up, mais c’est un spectacle, avec un début, un milieu et une fin. Pour lequel Pierre Naftule et Sybille Blanc m’ont donné un coup de main. 

Le titre, outre le clin d’œil au film d’animation «Ma vie de courgette», signifie-t-il que vous avez passé votre existence à faire des courbettes?

Non, même si l’on doit parfois en faire. Ce titre m’amusait et il a un rapport avec le cinéma suisse, que j’évoque sur scène. Il ne donne pas d’indication sur le spectacle, même si à un moment je parle de ce que j’ai fait et des efforts que nous faisons tous. Mais ce one-man-show n’est pas autobiographique. 

Il n’y a rien de vécu?

Tout est inventé. Les personnages n’ont rien à voir avec ma vie, et, même si les situations ont parfois existé, elles ne me sont pas arrivées. Cependant, ma pensée est bien là, mais diluée, enrobée, comme un écrivain qui ne parle pas de lui, tout en parlant de lui. 

Vous évoquez dans le spectacle des héros télé de votre enfance. Vous êtes nostalgique de cette époque?

Je suis de nature mélancolique, mais pas nostalgique. Pour rien au monde je ne retournerais dans les années 80! A l’époque, les séries étaient des sortes de messes, il fallait être devant la télé au moment de leur diffusion, car on ne pouvait pas les revoir. Les séries sont des souvenirs de bonheur, que l’on a tous, comme le film du dimanche soir. Si c’était un film de Louis de Funès, on savait que l’on aurait 1h30 de bonheur. C’était très important avant le retour en classe ou au travail.

Gagner des places pour son spectacle