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INTERVIEW
CINéMA

«Elizabeth était très futée»

Margot Robbie s’est métamorphosée pour incarner Elizabeth I dans «Marie Stuart, reine d’Ecosse». L’actrice australienne nous parle de la souveraine anglaise et des aléas de son métier.

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Imago/ZUMA Press
25 février 2019

Margot Robbie est ici Elizabeth I, reine d'Angleterre et dans un terrifiant duel avec sa cousine Marie Stuart, reine d'Ecosse.

Margot Robbie est méconnaissable dans son nouveau rôle. La belle Australienne s’est enlaidie pour incarner Elizabeth I dans «Marie Stuart, reine d’Ecosse» (en salle le 27 février). Un portrait captivant de la rivalité entre le célèbre monarque anglais et sa cousine écossaise, campée par Saoirse Ronan. Depuis qu’elle a percé dans «Le Loup de Wall Street», l’actrice de 28 ans a mis Hollywood à ses pieds. Alors qu’elle tourne actuellement la suite des aventures de la super-vilaine Harley Quinn, on la retrouvera cet été en Sharon Tate dans le dernier Tarantino («Once Upon a Time in Hollywood»), puis dans la peau de Barbie. Rencontre dans un palace londonien.

Vous êtes la deuxième Australienne à camper Elizabeth I au cinéma, après Cate Blanchett…

Les Australiens ont été colonisés par l’Angleterre donc je suppose qu’on a du sang anglais dans nos veines! En fait, mon nom de famille est d’origine écossaise. J’aurais dû plutôt jouer le rôle de Marie Stuart… Il y a une longue lignée d’actrices fantastiques qui ont incarné Elizabeth et je me sens complètement indigne de faire partie de ce groupe. J’ai beaucoup hésité à accepter ce rôle, pas seulement à cause de ça mais aussi parce que je ne pensais pas arriver à me glisser dans la peau d’une reine, à me trouver des points communs avec une souveraine. Je suis enchantée que Josie Rourke, la réalisatrice du film, m’ait persuadée d’embarquer dans cette odyssée incroyable. Pour me préparer, j’ai évité de regarder d’autres actrices jouer Elizabeth, ça m’aurait fait flipper.

Avez-vous finalement réussi à vous trouver quelque chose en commun?

Oui, absolument. Ce n’est pas la première fois que j’ai ce type d’angoisse. Je panique pour pratiquement chaque rôle. Je me dis que je n’arrive pas à comprendre le personnage, qu’il ne m’est pas familier et que je ne trouverai jamais un point commun avec lui. Et puis j’y arrive. On peut toujours ramener chaque rôle à un instinct humain basique et trouver son chemin à partir de là.

Pourquoi ces deux femmes étaient autant attachées au pouvoir?

J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi elles étaient aussi déterminées à siéger sur le trône. A première vue, c’est une fonction horrible. Tout le monde veut vous assassiner et on est terriblement seule. Mais il faut se souvenir qu’à l’époque, gouverner était un droit divin. Je crois qu’elles avaient la conviction absolue d’avoir été placées sur le trône par Dieu. On naissait reine et on avait le devoir d’assumer ce rôle.

«J’adore me cacher derrière mon personnage, je joue la comédie pour ne rien dévoiler de moi»

 

Et dans le cas particulier d’Elizabeth?

Je pense que son esprit était assailli de doutes parce que son père, Henry VIII, avait fait décapiter sa mère, Anne Boleyn. Le mariage avait été annulé donc techniquement Elizabeth était une bâtarde. Sa prétention au trône était ainsi illégitime alors que Marie, qui appartenait à la dynastie des Stuart, pouvait y prétendre beaucoup plus légitimement. Pour moi, Elizabeth n’était pas obsédée par le pouvoir mais persuadée que c’était son devoir d’assumer cette fonction.

Le prix du pouvoir est élevé pour elle. Et vous, que seriez-vous prête à sacrifier pour votre carrière?

J’espère arriver à garder le sens des priorités et ne pas finir comme Elizabeth qui a dû tout sacrifier dans sa vie privée. Ma situation est, évidemment, très différente de la sienne. Cela dit, c’est vrai que je rate plein de mariages et d’enterrements. Je passe souvent mon anniversaire seule dans une chambre d’hôtel. Mais en même temps, j’ai la chance de pouvoir exercer le meilleur métier du monde. Je ne peux pas imaginer faire un job que j’aimerais plus. Le jeu en vaut la chandelle.

Les costumes contraignants que ces femmes portaient à l’époque avaient-ils une influence sur leur attitude face à la vie?

Oui, je pense qu’ils les inhibaient à plusieurs égards et qu’Elizabeth a utilisé cela à son avantage. Avec l’âge, ses costumes ont pris de plus en plus de volume pour garder les gens à distance. On ne pouvait s’approcher à moins d’un mètre d’elle! Elizabeth comprenait les concepts de marque et d’image. On peut observer les parallèles entre l’image de la Vierge Marie et celle de la Reine vierge qu’elle s’est construite pour donner aux protestants ce que les catholiques avaient avec Marie. Elle était très futée et a commercialisé son image, notamment en envoyant aux gens des broderies à son effigie pour décorer leur intérieur.

«Les femmes que j'admire dans mon métier? Cate Blanchett est mon idole. Et dans ma vie privée, mes amies et ma mère sont une formidable source d'inspiration.»

Peut-on dresser des parallèles entre ce film et le mouvement #MeToo?

Le film explore et analyse ce que signifie être une femme qui demande à être traitée comme ses homologues masculins. Il s’intéresse à des femmes victimes d’abus par des hommes. C’était formidable de pouvoir explorer ces thèmes avec une cinéaste et d’un point de vue spécifiquement féminin. La plupart des films qui sortent aujourd’hui et sur lesquels on établit des parallèles avec #MeToo ont probablement été écrits avant l’avènement du mouvement donc ils n’en sont pas nécessairement le produit. Mais il est intéressant de constater comme ces thèmes sont devenus plus pertinents à la lumière des débats actuels dans la société.

Dernièrement, on a le sentiment de voir débarquer au cinéma plus de films portés par des femmes. Est-ce aussi votre impression?

Absolument. Il y a deux ou trois ans, je ne pouvais pas lire un scénario sans crever d’envie de jouer le rôle du mec. C’est tellement agréable de découvrir maintenant des histoires qui ont un ou même deux personnages féminins géniaux. Imaginez recevoir le scénario de «La Favorite» où il y a carrément trois femmes dans les rôles principaux! On vit un moment très réjouissant.

Recherchez-vous aujourd’hui des rôles qui vous donnent l’occasion de vous transformer physiquement?

J’adore me cacher derrière un personnage. Quand je donne des interviews, je trouve très bizarre qu’on me demande tout le temps de parler de moi parce que je joue la comédie pour ne rien dévoiler de moi. Cela me met terriblement mal à l’aise et je trouve libérateur de pouvoir m’effacer derrière un personnage. Cela dit, je n’ai pas accepté ce rôle pour pouvoir me grimer de manière extrême parce que ce n’était pas écrit dans le scénario. Il précisait juste qu’Elizabeth avait souffert de la variole. Je ne savais pas qu’elle avait été défigurée à ce point. Ce n’est que lorsque nous avons commencé à réfléchir à son apparence que nous avons utilisé des prothèses faciales et développé ce look. On est arrivé ainsi au visage grimé de blanc et à l’image que beaucoup de gens se font d’Elizabeth.

Depuis «Moi, Tonya», votre nom est accompagné de l’appellation «nommée aux Oscars» sur les posters de vos films…

Je trouve ça cool parce que cette appellation ne disparaît pas après un an. On la garde à vie. Je suis tranquille maintenant parce que si un jour j’étais lessivée et peinais à trouver du travail, ils peuvent toujours flanquer ça sur un poster!