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Interview
Alejandro Reyes

«Helvético-Chilien, ça me plaît bien!»

Pour le clip de son nouveau single, Alejandro Reyes s’est construit un univers feutré à la latin lover. Rencontre avec un jeune homme surprenant et à la volonté inébranlable.

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Nicolas de neve
13 mai 2019

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Ses airs décontractés trahissent une légère timidité dont il joue. Les salutations sont attentionnées. Il enchaîne rapidement sur un sujet de conversation pour mettre tout le monde à l’aise. Il est comme ça Alejandro Reyes: un jeune homme posé au sourire facile – et ravageur – qui endosse avec brio le rôle de latin lover dans son dernier clip «Loco Enamorado». Dans la vie aussi, celui qui a débuté dans les rues de Lausanne il y a dix ans sait charmer son monde. Et c’est tant mieux: à 27 ans, ce musicien brillant a un talent artistique à faire valoir et une jolie carrière en perspective. Rencontre au Lausanne Palace avant quelques prises de vue du côté du Flon.

En tant qu’Helvético-Chilien, né au Chili et arrivé en Suisse à l’âge de 10 ans, vous vous sentez plutôt Suisse ou plutôt Chilien?

Helvético-Chilien, c’est la première fois qu’on me dit ça. Ça me plaît bien comme dénomination! Je dirais que j’ai beaucoup d’aspects suisses en moi et quelques bonnes doses d’esprit latin. Vous savez, ce côté plus lent, plus laisser-­aller, où rien n’est grave. Cette désinvolture, toute relative je vous rassure, est agréable parfois.

Alejandro Reyes, ici à Lausanne: son nouveau single, «Loco Enamorado», affiche déjà près de 800000 vues sur Youtube.

Vous avez pratiqué le skateboard à haut niveau. Pourquoi avoir cessé?

J’en ai fait cinq ans à haut niveau, j’ai commencé vers l’âge de 12 ans. En fait je me suis blessé. Un ami m’a donné une guitare pour passer le temps et voilà. Je n’ai plus jamais décroché.

Vous montez encore sur une planche?

Oui, pour retrouver ces sensations qui sont uniques. Celles et ceux qui le pratiquent comprennent de quoi je parle. Mais je ne fais plus du tout de compétition. Je suis de très loin ce qui se passe au niveau international avec les quelques pointures connues. D’ailleurs les Européens dépassent désormais les Américains. C’est intéressant. En revanche, je m’amuse un peu parfois au skatepark de Montreux, à Ouchy ou à Vidy. Il y a de quoi faire dans la région lausannoise.

Une collection de skates?

Moi? Non, les planches ne duraient jamais plus de deux à trois jours. Soit je les cassais, soit elles devenaient trop molles. Alors une collection, c’est impensable.

L’an dernier, lors des qualifications pour représenter la Suisse à l’Eurovision, vous avez fait l’objet d’un cyberharcèlement. Comment ressort-on d’une telle épreuve?

En fait, je n’ai pas compris. J’ai une différence physique puisque je suis né sans main gauche. En quoi cela m’empêche-t-il d’être chanteur? Ou de me qualifier ou non à l’Eurovision? Surtout que, personnellement, je suis très à l’aise avec ça. Je ne le cache pas, je ne le montre pas. Cela fait partie de moi. C’est un peu plus compliqué à la puberté où des questions d’acceptation de soi surgissent évidemment vis-à-vis du sexe opposé. Mais une fois ce cap passé, tout va bien.

Les réseaux sociaux sont incontournables pour un artiste. Comment les gère-t-on?

J’ai envie de dire «comme on peut». Des gens mécontents ou simplement méchants, il y en aura toujours. Il faut prendre le recul nécessaire.

«Mon héros préféré depuis l’enfance, c’est Spider-Man»

 

J’ai lu que vous étiez sportif, c’est juste?

Oui j’aime beaucoup le sport. J’ai même un papier d’instructeur de fitness. Et puis, c’est important pour moi de développer mon côté gauche.

La prothèse, vous ne l’avez jamais envisagée?

Non, car c’est la prothèse qui me handicaperait! C’est inné chez moi. Ce n’est pas une amputation résultant d’un accident. C’est souvent ce que les gens ne comprennent pas: cette main gauche ne me manque pas. Je joue parfaitement de la guitare. C’est vous dire à quel point je suis à l’aise.

Vous chantez en anglais, en français, en espagnol. Quelle langue vous correspond le mieux?

Le français me dévoile trop. Désormais je préfère éviter de l’utiliser. J’aime cette langue mais en tant qu’artiste je préfère travailler en anglais. Il faut reconnaître que c’est la langue universelle pour partager des émotions avec des populations différentes. C’est aussi important dans un pays comme la Suisse pour se faire comprendre des Romands et des Alémaniques. L’anglais est le bon compromis.

Et l’espagnol dans tout ça?

C’est clairement ma langue de cœur. Mon premier album était en anglais avec une chanson espagnole. Mon second album, c’est l’inverse: tout en espagnol avec une chanson en anglais.

La fameuse vague hispanique qui emporte tout?

Oui, on ne peut pas le nier. Depuis «Despacito» de Luis Fonsi, c’est la déferlante latino dans l’univers musical grand public. C’est un style qui a le vent en poupe. C’est ma langue maternelle et mes racines. Je ne pouvais pas passer à côté.

Origines, cyber­harcèlement, différence physique: Alejandro a accepté de répondre à toutes mes questions sans tabou.

La dernière vidéo que vous avez regardée sur Youtube?

Vous me promettez de ne pas rire? «Ce qu’il ne faut pas louper avant de regarder Avengers: Endgame».

Fan de Marvel?

Complètement! Depuis tout petit. Mon héros préféré, c’est Spider-Man. D’ailleurs, gamin je pensais qu’un jour je me transformerais en Spider-Man. C’est curieux parfois l’esprit d’un enfant.

Professionnellement, si la musique n’avait pas existé dans votre vie?

J’aime la paléontologie, mais aussi l’anatomie. Si j’y réfléchis un peu, je me serais certainement tourné vers la physiothérapie.

«Loco Enamorado» est le troisième clip que vous tournez. Il a une forte empreinte «boudoir», non?

C’est le rouge qui vous fait dire ça? Oui, il véhicule un esprit latin lover, c’est incontestable et voulu. Cette sensation très intimiste et ces plans un peu sombres renforcent cette impression. C’est radicalement différent de mon premier clip, «Compass», où j’avais les cheveux en pétard dans un esprit skater. C’était très enfantin mais je ne renie rien. C’était moi à l’époque.

En trois clips, l’évolution est radicale. Mon label, Hana Road Music Group, me permet aussi d’intervenir scéniquement. C’est une chance car c’est loin d’être le cas partout.

Vous vous interdisez quelque chose en musique?

La vulgarité! Il y a beaucoup de musiques urbaines latinos qui véhiculent un message machiste, sexuel et très méprisant des femmes. Je n’aime pas du tout ça. Vous seriez ­étonnée de savoir le nombre de chansons vulgaires qui tournent sur les ondes. Mais comme beaucoup de personnes ne parlent pas espagnol, c’est difficile de le réaliser. Mon entourage me dit que je fais du reggaeton propre. Je ne me permettrai jamais d’être vulgaire même si ça fait vendre. Il est hors de question que j’entre dans ce jeu-là.

Le prochain rêve à réaliser?

J’aimerais beaucoup tenter quelque chose dans le cinéma. On verra, c’est encore flou pour le moment.

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