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INTERVIEW
NORBERT TARAYRE

«J'ai un grand besoin d'être aimé»

Populaire depuis sa participation à l’émission «Top Chef», le pétulant Norbert Tarayre a plus d’une corde à son arc. Le Français joue dans une comédie qui passe par Romont le 6 décembre. Il nous parle de son bagout, de ses casquettes, de sa famille. Et de ce qui le motive.

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Serge Verglas
13 novembre 2019

Chef star, animateur TV, créateur de restaurants, Norbert Tarayre (39 ans) débarque sur scène.

C’est sa gouaille qui l’a rendu populaire, Norbert Tarayre. Il a fini troisième du concours culinaire Top Chef sur M6 en 2012, mais il a gagné la sympathie de tous ceux qui l’ont vu s’agiter derrière ses fourneaux et vendre ses créations avec fantaisie. Depuis, il a ouvert sept restaurants en région parisienne, développé une activité de consultant «gastro», animé d’autres émissions TV (Toque show, SOS cantines…) sans parler de celles où il est acteur ou juré. Et il est devenu comédien. Il incarne «Stan», un noceur tombeur dans la comédie C’est pas du tout ce que tu crois, à l’affiche le 6 décembre au Bicubic à Romont (FR). A 39 ans, le bouillant Norbert continue de prendre des risques. Rencontre dans son premier restaurant, Saperlipopette, à Puteaux.

Comment vous définissez-vous aujourd’hui? Comme un cuistot, un restaurateur, un animateur de télé, un comédien?

Comme un chef! Un chef cuistot qui est sorti de sa cuisine mais qui sait toujours cuisiner et inventer des recettes. Un chef d’entreprise qui a créé sept restaurants où travaillent 300 personnes. Mais on pourrait dire aussi tout simplement «cuistot». Ce métier fait partie de mon ADN. C’est lui qui me pousse vers de nouvelles aventures: apprendre le métier de boulanger, faire découvrir des artisans remarquables et, bientôt, importer ma cuisine aux Etats-Unis!

Et comédien dans tout ça?

C’est en lien avec ma nature de show-man. Dès l’âge de 4 ans, j’étais un aboyeur. Mon père, qui tenait un commerce de poissons et de crustacés, m’installait sur une caisse en plastique retournée pour que je fasse l’article de ses coquillages à ses clients. Ça m’a permis de développer mon bagout. Avant cette pièce, j’avais déjà présenté un one-man-show. Mais je trouve plus difficile de jouer avec d’autres comédiens. Il faut sortir sa réplique au bon moment et la faire sonner avec l’intention attendue par son partenaire. C’est comme en cuisine: on ne peut pas envoyer la viande si la garniture n’est pas prête! Je suis bon en énergie, je le sais, mais il faut que j’acquière de la technique. En ce moment, je prends des cours de diction, de respiration, de gestion des émotions.

Vous vous y retrouvez avec toutes ces casquettes?

C’est comme si j’avais plusieurs hobbies. Le chef Pierre Gagnaire aime l’art, moi, c’est le théâtre et les défis en général. Je me sens en phase avec beaucoup de trentenaires qui ont fait le tour de leur vie professionnelle et qui prennent de nouveaux virages. J’ai commencé la cuisine très jeune et on ne va pas se mentir: c’est crevant comme métier. Physiquement, vous prenez cher. Vous travaillez dans le chaud, dans le froid, au milieu du bruit, vous vous coupez, vous vous brûlez... Je ne suis pas mécontent de m’être un peu éloigné de mes fourneaux.

«A 4 ans, je faisais déjà l’article pour les poissons de papa»

 

Vous faites la cuisine chez vous?

Quand je suis là, oui! L’autre jour, j’ai emmené ma femme et mes trois filles au marché. On a choisi le menu en regardant ce qu’il y avait sur les étals. J’ai préparé une fricassée de Saint-Jacques et de crevettes gamberoni, avec une petite sauce de crème d’ail et des cubes de céleri. Pendant ce temps, un turbot que j’avais poêlé finissait de cuire au four et une purée de potimarron de chauffer. Pour le dessert, j’ai concocté un fondant au chocolat et un gâteau coco.

Quels sont les plats qui vous font saliver?

Le matin, je deviens dingue devant deux œufs au plat ou, mieux encore, des œufs brouillés au bain-marie accompagnés d’un pain de campagne beurré. Le midi, je suis un viandard. Ces jours, j’ai des envies de pigeon et de canard. Mais j’aime aussi la viande rouge, le veau, le porc, les abats, les ris de veau… Et le soir, j’aime le poisson avec des légumes légèrement épluchés et taillés pour bien profiter de leur goût.

Le chef Norbert en interview à Saperlipopette, l’un de ses sept restos parisiens.

Qui sont les personnes qui font partie de votre garde rapprochée?

Pas des gens de la télé ni des stars de la cuisine. L’un de mes meilleurs amis est carrossier dans une ville de banlieue. Je l’ai vu galérer pendant des années avant que son garage ne devienne florissant. Il sait comme moi que rien n’est gratuit. Que ça paie à force de persévérance. J’aime bien avoir des amis en dehors des circuits de la médiatisation pour ne pas perdre le contact avec la réalité. Quand ils me disent qu’une émission n’est pas terrible ou que mon spectacle est chouette, je les crois.

Qu’est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin?

Voir du bonheur autour de moi, des sourires sur le visage des personnes avec qui je vis ou travaille. Les tronches de cake, ça me déprime. Je me démène pour ça! Ma conception du succès est de le par­tager. J’ai conscience d’avoir eu de la chance, comme si j’avais gagné à un jeu de grattage. Alors je ne veux pas garder ma réussite pour moi tout seul. J’ai envie d’en faire quelque chose de lumineux et d’entraîner les autres avec moi.

Comment procédez-vous?

Dans mes restaurants, je leur parle de plan de carrière. Je leur dis que s’ils s’impliquent avec moi, ils ont des perspectives d’avenir. Et ça n’est pas du blabla. Le responsable de Saperlipopette, qui affiche tous les jours complet, a commencé comme chef de rang. Les chefs de mes restos sont des graines de Top Chefs.

Participer à «Top Chef», un rêve?

C’est mon épouse qui m’y a inscrit! J’y avais pensé mais j’étais certain de ne pas être retenu. J’imaginais qu’on me reprocherait d’être un «beauf», un mec populaire de la banlieue parisienne et qui a gardé son jus. Oui parce que j’aime aller par exemple au camping et, de temps en temps, manger dans un streetfood!

Comment expliquez-vous votre popularité?

J’ai un grand besoin d’être aimé. Alors je fais en sorte qu’on m’aime malgré mes imperfections. Et puis, je suis un mec qui prend des risques. Pour être celui que je suis aujourd’hui, j’ai accepté de délaisser ce que je savais le mieux faire: cuisiner.

Qu’est-ce qui vous met en colère?

L’injustice! Je n’aime pas être critiqué sans raison. Sur les réseaux sociaux, les gens y vont fort. Ils taclent, ils râlent, ils accusent. Etant juré d’une émission – La meilleure boulangerie de France – mon avis est parfois contesté. Et alors des gens se déchaînent en parlant même de mes enfants. J’ai du mal à comprendre une animosité pareille. Je pense qu’on devrait faire une thérapie générale pour arrêter de se défouler à visage masqué.

A propos de réseaux sociaux, votre perte de poids a fait le buzz. Dur?

J’ai atteint mon objectif: j’ai perdu 21 kilos. Ça vous plaît? (Rires) J’y suis arrivé en changeant mes habitudes alimentaires. Cela a été frustrant et douloureux au début. Ma gourmandise avait du mal à être canalisée. Ensuite, j’ai trouvé le rythme. Maintenant, quand je passe à table, j’ai encore plus envie que ce soit bon! Si on loupe la cuisson de mon poisson, je peux devenir agressif! (Rires)

Vous vous êtes mis au sport aussi?

On dit souvent un esprit sain dans un corps sain, et c’est vrai. Je viens de le découvrir en courant sur un tapis de course. Mon mental est devenu plus fort et mon corps plus joli à regarder... Je ne cherche pas à devenir Musclor, mais quand je me déshabille, je suis content d’avoir plus de fesses. 

Norbert en scène

 «C’est pas du tout ce que tu crois», comédie d’Elodie Wallace et Manu Rui Silva, 6.12 à 20h15 au Bicubic de Romont.