X

Recherches fréquentes

INTERVIEW
FRANCIS ROSSI

«J'aime méchamment les röstis»

Francis Rossi met les bouchées doubles avec un album, un livre et une tournée avec Status Quo qui s’arrête cet été à Sion sous les étoiles. Le rocker anglais nous reçoit chez lui. Il évoque ses souvenirs, le guitariste Rick Parfitt, sa collaboration avec Gotthard et sa passion pour les röstis.

PHOTO
keystone, dukas
20 mai 2019

 L'effervescent rocker anglais Francis Rossi (70 ans) sera sur scène au festival Sion sous les étoiles, le 13 juillet.

C’est Francis Rossi lui-même qui nous ouvre la porte de sa résidence, située sur un sentier paisible d’une banlieue du sud de Londres. Le chanteur et guitariste de Status Quo est quelque peu surpris de nous voir débarquer chez lui à 11 heures du matin. L’attachée de presse de sa maison de disques n’avait pas confirmé notre rendez-vous à son assistante. Malgré la boulette et un emploi du temps chargé, l’exubérant Britannique nous invite à le suivre dans son studio pour mener à bien l’entretien.

«Vous ne m’avez pas apporté des röstis?» demande d’emblée le moulin à paroles, installé devant sa table de mixage et entouré de guitares accrochées aux murs. A tout près de ses 70 ans, il est plus dynamique et bavard que jamais. Le rocker vient de publier son autobiographie, I Talk Too Much (Je parle trop) et un album au parfum country en duo avec la chanteuse Hannah Rickard («We Talk Too Much»). Il se prépare aussi à repartir en tournée avec son groupe, endeuillé par la disparition du guitariste Rick Parfitt en décembre 2016. La formation cinquantenaire aux 120 millions d’albums vendus fera escale au festival Sion sous les étoiles le 13 juillet. Interview cash.

Vous aimez donc vraiment les röstis?

Méchamment. Je suis moitié Italien, moitié Irlandais. Les Irlandais adorent les pommes de terre et les gnocchis sont un de mes plats italiens préférés, donc en l’occurrence il s’agit encore de patates. Mais les röstis, merde, quel délice!

Enfant, votre mère vous disait-elle que vous parliez trop?

Non mais quand j’étais très jeune, probablement vers 5 ou 6 ans, j’avais pour voisine une jolie fille qui avait 2 ou 3 ans de plus que moi. Un jour, elle m’a invité à une fête chez elle. Je n’arrêtais pas de parler et elle m’a dit: «Francis, ferme-la.» Depuis ce moment-là, je suis devenu très conscient de ça et je l’ai pas mal fermée. Je suis Gémeaux. Une partie de moi est très bavarde, l’autre timorée. Je me situe quelque part entre les deux.

Vous pétez le feu puisque vous proposez un disque, un livre et une tournée. Quel est votre secret?

Je ne sais pas. Peut-être ai-je le sentiment qu’il ne me reste plus beaucoup de temps. Peut-être ai-je encore envie de prouver quelque chose. Peut-être ai-je été réprimé pendant plusieurs années. Je me suis réveillé ce matin et en voyant ma femme en bas des escaliers, assise en train de boire son café, j’ai soupiré et je me suis demandé: «Pourquoi est-ce que je fais tout ça?»

J’ai cinq à six semaines de tournée avec mon livre et je dois me lever tôt jeudi pour participer à une émission de télé matinale. Je déteste les matinales. J’aime bien les présentateurs mais le problème, c’est de me lever.

Vous êtes un couche-tard?

Non, j’essaie d’aller tôt au lit parce que j’aime profiter de la matinée. C’est juste que je pète le feu, comme vous dites, et dis oui à plein de trucs que me propose mon assistante. Et quand arrive le soir, je me dis: «Mais qu’est-ce que je fiche?» Et c’est chaque jour comme ça! Je fumais beaucoup de pétards avant. Je pensais que la vie était belle et puis j’ai commencé à voir les inconvénients durant la journée. Je crois que je suis juste comme ça. Maintenant, je fume une cigarette, vers 19 heures. Ensuite, je fais de la guitare, puis je me mets au lit et joue au solitaire avec la télé allumée. C’est du temps pour moi. Et tout va bien. Puis, je me réveille le matin et je me dis: «Qu’est-ce que je fiche?» Je dois donc me décider mais je n’y arrive pas!

Vous disiez dans une interview pour «The Sun» avoir mené une existence rock’n’roll. Vous estimez-vous chanceux d’être toujours en vie?

Oui, mais il ne faut pas tomber dans le panneau de cette histoire de vie rock’n’roll. Juste parce que quelqu’un prend des drogues, est ivre et se comporte comme un connard, cela ne signifie pas qu’il a une vie rock’n’roll. Le rock’n’roll, c’est la musique. Pour revenir à ce journaliste du Sun, il était très plaisant avec moi mais je savais ce qu’il voulait. Il m’a demandé: « Avec combien de femmes avez-vous couché dans votre vie? 25000?» Je lui ai répondu : «Quoi? Ne soyez pas stupide. Moins de 50.» Du coup, il a opté pour 1000! Il m’a aussi demandé si j’avais vraiment consommé pour un million et demi de livres sterling de cocaïne. Je lui ai dit: «Vous pensez vraiment que c’est possible?» Il avait l’air déçu.

 "Le temps s'accélère et moi je ralentis et viellis. Je vais donc au fitness et nage avec frénésie tous les matins!", nous a confié Francis Rossi.

Plus sérieusement, la disparition de Rick Parfitt a-t-elle été un choc énorme pour vous?

Non. Rick était malade depuis plusieurs années. Il avait eu des crises cardiaques. Mais après l’infarctus dont il a souffert en Turquie en juin 2016, il était demi-­mort. Quand Rick est finalement décédé la veille de Noël, je l’ai entendu me dire «Tu vois Fran, au moins je ne suis pas mort un jour de concert.» C’est le type de plaisanteries que nous échangions lui et moi. Mais sa disparition m’a donné conscience de ma mortalité. Vers la fin, Rick n’était plus lui-même. La dernière chose qu’il m’a dite était: «Je vais acheter une nouvelle Rolls-Royce». Cette Rolls dont il parlait datait de 1983. Dans sa tête, il était de retour à cette époque. Ça nous a fait réaliser qu’on devait bosser encore plus dur. Richie Malone (le nouveau guitariste du groupe) n’essaie pas d’être Rick. Beaucoup de gens disent qu’on devrait arrêter parce que ça ne sera jamais la même chose sans Rick.

Et?

Je les remercie de dire ça parce que ça m’a fait penser: «Vraiment? On verra bien!» On nous avait dit la même chose, à Rick et moi, quand les autres gars avaient quitté le groupe. Même si je ne suis pas aussi bon sans lui, je vais tenter le coup.

Vous m’aviez dit il y a quelques années ne pas pouvoir supporter l’idée de la retraite…

Oui, ça dépend des jours. Mais j’ai réalisé depuis que j’aime le processus d’écrire et d’enregistrer des chansons, de donner des interviews aussi. Je ne me suis jamais retrouvé dans une situation où je n’aurais rien à faire la semaine prochaine, le mois prochain, ou l’année prochaine. Cette pause est la plus longue que j’ai faite depuis longtemps et ça m’inquiète! Chaque année, quand on s’arrête deux ou trois mois en hiver, je réalise que tout va plus vite. Le temps s’accélère et moi je ralentis et vieillis. Je vais donc au fitness et nage avec frénésie tous les matins!

Vous allez vous produire le même soir que Gotthard à Sion sous les étoiles. Comment votre colla­boration sur le single «Bye Bye Caroline» a-t-elle vu le jour l’année dernière?

Je participais à la tournée Rock Meets Classic et j’ai donné une interview à la radio suisse. Personne ne m’a averti que Leo Leoni (guitariste de Gotthard) allait se trouver à l’autre bout du fil. J’avais bossé avec lui auparavant. J’ai appris à très bien le connaître et apprécier sa compagnie, ainsi que celle de Nic Maeder (chanteur de Gotthard), pendant cette tournée. Il a dit : «On pourrait peut-être composer une chanson?» J’avais un bout de morceau que je lui ai joué un jour. J’aime bien cirer les chaussures de tout le monde donc je suis allé dans la loge de Nic pour cirer les siennes et j’ai joué un bout de ce titre. Il a commencé à chanter dessus et deux jours plus tard, on a recommencé. A la fin de la tournée, on a enregistré des bouts de la chanson qu’on s’est envoyés par e-mail. Et puis ils sont venus ici et on a fini le morceau. Leo voulait jouer de ma vieille Telecaster verte. Il fait partie de ces musiciens qui se masturbent en pensant aux guitares! Pour moi, ce sont juste des guitares.