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Interview
Maxime Le Forestier

«J'essaye toujours de voir le côté positif»

A 70 ans, Maxime Le Forestier sort un 16e album d’une épatante fraîcheur, Paraître ou ne pas être, réalisé avec son fils Arthur. Rencontre près de la gare Saint-Lazare avec un chanteur qui nous parle aussi d’écologie, de sa mère et d’une «ville qui chante», Fribourg.

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Alamy
03 juin 2019

L'auteur de «San Francisco», «Né quelque part» ou «Ambalaba» sera en concert en mars 2020 à Montreux. 

Pourquoi être revenu? Vous n’êtes plus vraiment attendu...

Parce que j’avais envie de chanter. Seuls deux artistes ont abandonné la scène de leur plein gré, Brel et Goldman. A 90 ans, Marcel Amont a toujours envie d’être sur scène. J’ai vu Aznavour quelques mois avant sa mort, il allait faire un concert à Dijon. C’est une drogue dure!

Quel risque prend l’auteur de «San Francisco» à sortir un nouvel album?

L’indifférence, que les gens n’aient pas envie de l’entendre, que ça ne leur dise rien.

Ces chansons parlent d’enfance, du temps qui passe, de destin… Pas peur de nous ficher le bourdon?

Ça dépend de comment c’est dit, hein! On peut parler de choses très drôles de façon sinistre, et vice versa.

D’ailleurs, vous nous invitez à danser sur la question écologique («Ça déborde»), un thème que votre génération défendait déjà dans les années 1970. Vu l’état des choses, vous n’avez pas été un peu naïfs?

Complètement, bien sûr. Quand je chantais «Comme un arbre» en 1972, on me traitait de pacifiste bêlant, d’utopiste… Le discours général n’était pas très positif. Aujourd’hui il y a des ministres, des partis politiques, des réunions internationales, des décisions... C’est peut-être trop tard, ou pas suffisant, je n’en sais rien. Mais il y a une vraie prise de conscience. J’essaye toujours de voir le côté positif des choses.

«On me traitait 
de pacifiste bêlant, d’utopiste»

 

L’album contient deux chansons d’amour: aux guitares et aux femmes. Qui avez-vous le plus aimé?

Oh les femmes…

Dans «Date Limite», vous présentez votre mère comme la femme de votre vie… Comment était-elle?

Ma mère était… (silence) Elle était une battante. Elle travaillait comme une folle pour que l’on puisse développer nos envies. Elle faisait des dialogues de films, elle traduisait. Et elle ne voulait pas qu’on lui fête la Fête des mères.

Parce que c’était dégradant?

Parce que c’était Pétain qui avait instauré ça et qu’elle était opposée à lui! Elle avait des convictions.

Il y a une belle phrase dans «Date Limite»: l’enfance est un pays que l’on visite un peu tôt. C’est de là que vient une certaine mélancolie?

Peut-être, oui. C’est le chanteur Bruno Guglielmi qui l’a écrite. Quand je l’ai vue, je me suis dit: «Ça, ça mérite d’être mis en musique.»

Et il est encore là le petit Maxime?

Oui, heureusement. J’ai peu de souvenirs de mon enfance. Des lieux, des odeurs… Des vacances en Franche-Comté, le parler local qui ressemble à celui de la Suisse, et que je ramenais en rentrant à Paris. On est perméable quand on est jeune… Et puis, je me souviens m’être beaucoup emmerdé à l’école.

Le nouvel album de Maxime Le Forestier «Paraître ou ne pas être» contient dix titres. Disponible dès le 7 juin 2019.

Vous saviez…

Ah oui! Je me souviens de ma sœur Anne qui faisait ses gammes au piano. Quand j’entends un pianiste s’exercer, ça me fait toujours un sentiment joli.

Vous saviez que vous vouliez devenir un artiste?

Je pense que jusqu’à 15 ans je ne savais pas ce que j’allais faire. Je ne m’imaginais pas adulte. Le suis-je devenu?

Vous avez grandi à Paris?

Oui, jusqu’à 12 ans. Puis nous avons déménagé dans une maison à Saint-Ouen, dans la banlieue nord. Mes deux sœurs faisaient de la musique à un haut niveau. Ça veut dire cinq heures d’instrument par jour. Et ça, en appartement, ce n’est pas possible (rires).

Qu’avez-vous ressenti quand Notre-Dame a brûlé?

Ça m’a surpris. Quand le feu a pris j’étais aux Grosses Têtes. Il y avait un décalage…

Certains ont pu y voir le symbole d’une France qui va mal.

Oui… Mais il n’y a pas eu de morts. Il faut voir le bon côté des choses. Ce qui a brûlé, c’est principalement la charpente. Ce qui est important, ce sont les murs. Ils sont debout. Quand on est sur le parvis, on ne s’aperçoit pas que ça a brûlé.

On s’attendait peut-être à plus d’engagement politique sur cet album. C’est un rôle que vous ne voulez pas prendre?

Je n’aime pas être obligé à quoi que ce soit. Dans les faits qui m’ont le plus choqué, il y a eu l’attentat de Charlie Hebdo. J’ai perdu six mois à essayer d’écrire une chanson là-dessus. Mon fils Arthur m’a dit: «C’est normal que tu rames, tu l’a écrite en 1975 cette chanson.» Elle s’appelle «Caricature». Je l’avais faite pour Cabu. Elle se termine par: «Notre vie s’efface au canon». C’était prémonitoire.

Votre fils Arthur a pour la première fois travaillé avec vous.

Oui, sans lui mon disque n’existerait pas. Il connaît mon répertoire mieux que moi et me rappelle des trucs que j’ai oubliés!

Vous arrivez à le considérer comme l’un de vos musiciens, ou il y a un rapport particulier?

Il y a une tendresse. Il a appris à jouer avec Manu Galvin, mon guitariste. Ça m’a ému de voir le maître et l’élève jouer la même chanson. Un fait la rythmique, Arthur, et un qui fait «l’oiseau», les mélodies, c’est Manu. J’ai aimé ça.

Sur «Le Ruisseau» ou «Dernier Soleil», vous évoquez le vide, le destin… Etes-vous un athée qui doute ou un croyant qui s’en fout?

Un athée qui doute bien sûr.

Quel est votre rapport à la religion?

J’ai vécu une enfance cernée par les soutanes. Si je n’ai jamais été abusé moi-même, je n’en ai pas gardé que des bons souvenirs. Je dois dire que ça m’a totalement séparé de toute forme de religion.

La spiritualité est venue avec l’âge?

C’est autre chose. C’est une réflexion sur ce que nous sommes. Encore que, la réponse que je préfère aux trois questions fondamentales – Qui sommes-nous? D’où venons-nous? et Où allons-nous? – est celle de Pierre Dac: «Je suis moi, je viens de chez moi, et j’y retourne!» (Rires)

Regardez-vous «La Nouvelle Star»?

Jamais! Ce sont des interprètes. Ce que j’aime c’est découvrir des chansons.

Vous suivez les nouveaux chanteurs?

Il y a eu une explosion de filles, et ça c’est important. Camille bien sûre; Christine and the Queens; Suzanne, sa chanson «L’Insatisfait» est très belle. Il y a Rose qui a des accents de Véronique Sanson ou France Gall; Carla Luciani avec sa grenade…

Vous connaissez la Suisse?

La Suisse francophone, oui. Et puis Berne un peu. Ma maison de disques avait eu la bonne idée de tourner le clip de «J’aurai ta peau» (ndlr: 2001) dans le musée de taxidermie de Berne. Je connais donc ses ours empaillés. Et puis, oui… Comment c’est déjà… (il claque des doigts)… La ville des chorales?

Fribourg?

Fribourg, oui! Il y a un type là-bas qui s’appelle Pierre Huwiler qui a fait des arrangements sur mes chansons pour sa chorale. Je suis allé faire plusieurs concerts avec lui, j’ai adoré ça. Et qu’il y ait autant de chorales dans une si petite ville, c’est extraordinaire. C’est une ville qui chante!