X

Recherches fréquentes

INTERVIEW
KENDJI GIRAC

«Je croque la vie à pleines dents»

C’est l’un des chouchous de la variété française, au succès aussi précoce que foudroyant. Avant sa venue au festival Sion sous les étoiles, le 11 juillet, le Gitan Kendji Girac nous parle de son statut d’idole, de ses fans et de sa famille.

PHOTO
Fifou | Patrick Gillieron Lopreno
24 juin 2019

«On fait une très belle tournée», se réjouit le chanteur. Une de plus! Car Kendji Girac cartonne depuis sa victoire, en 2014, au télé-crochet de TF1 «The Voice». Il faut dire qu’il a pas mal d’atouts: sa musique gypsy/pop dansante, sa bonne humeur et son charme. Au fil de l’interview, on découvre d’autres facettes de l’artiste: c’est un garçon dont le show-­business n’a pas gommé la simplicité et qui possède une belle philosophie de la vie. Et tout cela à seulement 22 ans!

Comment gérez-vous votre succès à un si jeune âge?

Sans trop de difficultés depuis le début. Ce qui était dur les premiers temps, c’était de faire beaucoup de selfies et de signer des autographes. Je me sentais un peu oppressé par ces demandes. Mais j’ai rapidement pris du recul et compris que tout ce qui m’arrivait était exceptionnel. Je me suis dit: «Ces gens t’aiment, tu ne serais pas là sans eux, les photos et les autographes leur donnent du bonheur, autant en profiter, t’amuser avec eux et leur faire plaisir.»

Le chanteur Kendji Girac (22 ans) lors de notre interview, à Genève.

Votre public est en majorité jeune (et féminin), mais vous avez aussi des fans de tous âges. Comment expliquez-vous cette diversité?

Il y a beaucoup de familles, d’enfants, de mamans, de mamies et aussi de garçons à mes concerts. C’est peut-être dû à mon style musical assez solaire. Les gens ont envie de tout oublier et de s’amuser.

Vous semblez toujours serein et de bonne humeur. D’où cela vient-il?

Tant que j’ai la santé, et ma famille aussi, je suis content. Je croque la vie à pleines dents, je profite de ce qui m’arrive, je rigole tous les jours tant que tout va bien. J’essaie de ne penser qu’à des choses positives. On n’a pas le temps pour du négatif, ça ne sert à rien de se prendre la tête quand il n’y a aucune raison de le faire.

En tant que Gitan, vous avez beaucoup sillonné les routes dans le passé. Le métier d’artiste n’est pas si différent de votre vie d’avant?

Les concerts me font voyager, ce que j’ai toujours fait, et je joue de la musique, comme avant.

Ce qui était nouveau au début, c’étaient les caméras, les interviews et les rencontres avec des artistes que je voyais à la télé.

Kendji Girac sera en Suisse, à Sion sous les étoiles, le 11 juillet. Il se produira aussi au festival Le Chant du Gros, au Noirmont, le 5 septembre.

Votre façon de voyager n’est plus la même!

Oui, avant je voyageais toujours avec ma famille. Maintenant, je pars seul à la rencontre des gens, en France, en Suisse, ou ailleurs. Je suis devenu un grand garçon.

Aucun membre de votre famille ne vous accompagne?

Si je ne suis pas loin d’où ils se trouvent, ils viennent me voir, me donnent un peu de force, mais, sinon, ils voyagent de leur côté.

Vous avez une grande famille?

Oui, très grande! J’ai un frère et trois sœurs, mon frère et deux de mes sœurs ont chacun deux enfants, et j’ai des cousins.

L’esprit gitan, c’est quoi?

C’est voyager, faire de la musique, s’amuser et protéger autrui.

Vous sentez-vous aussi Gitan qu’avant?

Je me sens Gitan amélioré!

C’est-à-dire?

Mon métier me fait connaître pas mal de choses, ma vision de la vie s’est beaucoup élargie. Je suis toujours le même, mais avec plein de nouvelles connaissances.

Votre succès a d’une certaine façon fait de vous l’emblème, le porte- parole des Gitans?

Pas le porte-parole, peut-être l’emblème ou la référence. Je viens d’une famille qui m’a bien élevé, dans le respect. Tout le monde n’est pas comme nous, donc je ne veux être le porte-parole que des gens bons. J’ai donné une image propre des Gitans. La plupart des Gitans respectent ça, ils m’écoutent et suivent mon exemple.

La musique est dans le sang des Gitans?

Oui, mais pas que dans celui des Gitans, car toute personne qui commence à faire de la musique devient addict. Si je n’ai pas ma guitare pendant longtemps, ça me manque de la toucher, d’en jouer. Et puis, chanter avec une guitare est source de bonne humeur et on peut parler des sentiments; c’est magnifique!

Et quand vous ne jouez pas?

Je fais de la moto, des compétitions de cross au Portugal. Je vais à la pêche. L’été, je joue à la pétanque avec mes cousins. Je pratique l’équitation. Je fais aussi du sport, notamment de combat.

Votre père joue de la guitare. C’est lui qui vous l’a enseignée?

C’est lui qui m’a influencé, plutôt. Quand je lui demandais de m’apprendre la guitare, il ne voulait pas. Il me disait: «J’ai appris à jouer seul, tu dois faire pareil.»

Dans une récente interview, vous avez dit que votre père chantait mieux que vous. Vraiment?

Oui, il chante très haut et très fort. Chaque fois qu’il chante à la maison, on le regarde avec admiration.

Votre succès vous a surpris?

J’ai été surpris par tout ce qui m’est arrivé. Je me suis battu, j’ai beaucoup travaillé pour faire de belles chansons, pour qu’elles plaisent au public, même si on n’est jamais certain que le succès sera au rendez-vous. Mon 3e album s’est vendu à 350000 exemplaires. J’en suis très fier parce qu’on dit que le 3e album est le plus compliqué et que la chute d’un artiste peut arriver à ce moment-là.

Avez-vous peur de perdre ce succès?

J’ai un public très fidèle, j’adore la musique et je vais beaucoup travailler afin que ça n’arrive jamais!

«Amigo», c’est le nom de votre dernier album et de votre tournée. Qui sont vos amis?

Il y en a beaucoup! Mes amis d’enfance, qui voyagent parfois avec moi, et mes cousins, avec qui j’ai grandi. On est tout le temps ensemble avec mes cousins, on est très proches. Sur la tournée, mes amigos sont mes fans. On se voit très souvent, lors des concerts ou des émissions télé, je les connais pratiquement tous.

Avez-vous des amis dans le show-business?

Oui, presque tout le monde.

Vraiment? Il n’y a pas de concurrence?

Non, parce qu’on soutient les mêmes causes (Les Restos du cœur ou autres) et qu’on se voit souvent sur les plateaux télé. Si l’un de nous vend plus d’albums que les autres, on est contents. On veut que tout le monde fasse de la bonne musique!

Quelques mots sur la Suisse, où vous avez joué plusieurs fois?

J’y viens à peu près dix fois par an, pour mon métier ou pour des raisons personnelles. J’ai des amis à Genève. On m’avait dit que les Suisses étaient un peu difficiles à faire bouger en concert, mais je les ai fait danser et je veux les faire danser encore et encore! 

Il paraît que vous avez toujours, en plus d’une maison à Périgueux, une caravane?

Oui, une très vieille caravane, au cas où il faut voyager ou rejoindre un cousin à l’autre bout de la France.

Est-ce que vous vous demandez parfois ce qu’aurait été votre vie si vous n’aviez pas gagné «The Voice»?

Je serais sûrement en haut d’un arbre en train de couper des branches! Je serais un garçon normal qui pourrait se promener dans la rue sans faire des photos ni signer des autographes. Tout en faisant ma musique!

Vous avez fait une pause récemment. Pourquoi?

J’avais travaillé deux ans sans m’arrêter. J’avais fait 175 concerts. En comptant la promotion et les interviews, ça faisait entre 250 et 300 dates en deux ans; ce qui est énorme. Je voulais prendre trois ou quatre mois de repos, mais je suis finalement resté presque un an en pause. J’ai voyagé, je suis allé en Amérique, en Espagne, au Portugal, j’ai profité de ma famille, que je n’avais pas beaucoup vue, j’ai essayé de reprendre la vie que j’avais avant. Puis, la scène et la musique m’ont manqué, j’ai eu envie de faire un album, de faire danser les gens. 

Ce repos vous a donné des idées créatives?

Oui, j’ai travaillé avec Vianney, Damso ou Ridsa, on a fait le 3e album, «Amigo». Je suis très fier d’avoir travaillé avec eux et de ce disque. 

Comment naissent vos chansons?

En studio, on discute de ce qu’on aimerait faire, quels thèmes on aimerait aborder, puis on prend nos guitares. On invente tout et n’importe quoi, et dès que quelque chose nous plaît, on enregistre et on essaie d’en faire une chanson.