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«Je me vois toujours comme un gamin»

Le youtubeur suisse Psyko 17, spécialisé dans le jeu vidéo de football FIFA, compte quelque 770  000 abonnés. Célèbre dans le milieu des amoureux du ballon rond, le trentenaire, établi à Lyon, évoque les facettes d’un métier qui continue de le relier à la magie de l’enfance.

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Darrin Vanselow
09 septembre 2019

Psyko 17 (30 ans) à l'œuvre dans son environnement de travail, un simple studio dans une zone industrielle de Lyon.

ll passe pour l’un des meilleurs joueurs de jeux vidéo de football. Ses prouesses avec FIFA (Fédération internationale de football association), sur console Playstation, lui ont permis de percer sur Youtube. Psyko 17 a forgé sa réputation en affrontant à la console des stars comme Antoine Griezmann, attaquant de l’équipe de France. Outre ses talents de gamer FIFA, le trentenaire se distingue par ses qualités de chroniqueur et de comédien. Dans ses vidéos, le natif de Versoix (GE) se filme en train de jouer en distillant des commentaires fiévreux. Avec près de 770  000 abonnés, Psyko 17 est l’un des youtubeurs suisses les plus connus. Nous l’avons rencontré dans son studio de Lyon, avant sa participation au  Royaume du web, la grand-messe des youtubeurs programmée à Genève début octobre (lire l’encadré plus bas)

Comment s’explique le choix du pseudonyme Psyko 17?

Il renvoie à un groupe de rock que j’adore, System of a Down. Cette formation californienne compte dans son répertoire une chanson baptisée «Psycho», que j’ai finalement orthographié Psyko. Quant au 17, il s’agit d’un clin d’œil au numéro de maillot que je portais à l’époque où je jouais au football.

Pourquoi résidez-vous à Lyon?

En 2015, après ma formation d’assistant socio-éducatif dans une maison de retraite neuchâteloise, je me suis demandé s’il fallait arrêter Youtube pour intégrer définitivement le monde du travail. Au même moment, le développeur du jeu FIFA Electronic Arts, qui appréciait mon travail, m’a proposé un contrat. L’entreprise américaine me suggérait de m’installer à Lyon, où elle possède une succursale. J’ai saisi l’opportunité, en étant convaincu que cette aventure française durerait une année. Mais je n’ai plus quitté Lyon depuis 2015.

Justement, comment êtes-vous tombé dans le chaudron Youtube?

Très jeune, je dévorais déjà les productions publiées sur ce média. Je suivais notamment les vidéastes orientés sur le gaming. J’étais fan de youtubeurs suisses connus tels que Diablo X9. J’appréciais leur art de transmettre aux abonnés le plaisir qu’ils éprouvaient devant la caméra. Avec mes amis, je m’éclatais également lors des parties de jeu vidéo. J’en ai conclu qu’il valait la peine d’enregistrer, à titre personnel, des vidéos et de les mettre en ligne dans un esprit de pur divertissement. J’ai commandé le matériel nécessaire avec l’aide financière de ma sœur et je me suis lancé.

Vous n’aviez pas de plan de carrière?

Non, pour moi, le statut de youtubeur n’est pas une profession qu’on décide un jour d’embrasser. Je ne me suis pas dit dès le départ que j’effectuerais une formation pour exercer ce travail. Youtube a été un hobby qui s’est transformé en métier, à l’image de ce que peut vivre un joueur de foot professionnel.

L’une des charpentes de votre parcours est évidemment le football. Comment est née cette passion?

J’ai commencé le foot à 4 ans. Après la séparation de mes parents et le départ avec ma mère à Chézard-Saint-Martin puis Bevaix (NE), je me rendais un week-end sur deux chez mon père à Genève.  Nous assistions aux matchs du Servette FC. Tout petit déjà, j’ai baigné dans l’univers du ballon rond. Mon grand frère a fait du foot, ma grande sœur adore elle aussi ce sport. Un des moments les plus marquants a été la Coupe du monde 1998. J’étais en vacances avec mon papa à Fréjus, dans le sud de la France. J’ai vécu l’effervescence de la compétition et j’ai été marqué par l’événement.

Psyko 17 voue une grande admiration aux commentateurs de foot espagnols et argentins, qui lui servent souvent de modèles dans la réalisation de ses vidéos.

Quelles sont vos équipes fétiches?

En Suisse, mon club préféré a toujours été le Servette FC, alors qu’à l’étranger je suis un inconditionnel de Manchester United et du foot anglais en général.

Tapez-vous encore dans le ballon?

Hélas non, j’ai dû arrêter à 22 ans en raison d’une grave blessure à la cheville. J’ai certes été opéré, mais les médecins m’ont déconseillé de remettre les chaussures à crampons. Quand on ne peut plus jouer au football, on expérimente d’autres méthodes, d’autres voies pour le pratiquer. J’ai notamment tenté l’activité d’entraîneur. Dans ce contexte, le jeu vidéo m’a permis de mieux vivre, de mieux supporter le fait que je devais complètement arrêter le foot. Grâce à FIFA, j’y joue par procuration en quelque sorte.

Dans vos vidéos, vous êtes à la fois chroniqueur, commentateur, comédien. Quel est votre rôle exact?

Je concocte des vidéos pour que mes abonnés passent un bon moment. Je fais en sorte que mes productions soient expressives, vivantes et qu’elles transmettent des émotions, comme pourraient le faire des commentateurs de foot espagnols ou argentins, célèbres pour leur exubérance. Tout compte fait, j’ai de la peine à m’attribuer une étiquette, car je suis resté le même. Je réalise mes vidéos en m’amusant et en cherchant à divertir ma communauté. Je suis sur Youtube depuis si longtemps que j’ai l’impression de m’adresser à des amis.

Quels sentiments vous inspire le fait d’être perçu comme une star?

Il est flatteur d’être connu, reconnu dans la rue, remercié pour les bons moments  prodigués. Mais il y a également un côté effrayant à l’idée qu’on puisse être comparé à une star de cinéma ou à un champion de foot. C’est d’autant plus étrange que je me vois toujours comme un gamin qui joue aux jeux vidéo.

Qui sont vos abonnés?

Les vidéos sont toujours réalisées en fonction d’un public spécifique qui va consommer du Youtube. La majorité de mes abonnés ont entre 14 et 20 ans. C’est l’auditoire cible, le plus présent sur la plateforme Youtube.

Quel est votre modèle d’affaires?

Mes revenus proviennent des pubs qui accompagnent mes vidéos. Je travaille avec un partenaire, Walt Disney Company en l’occurrence, qui me paie au gré du nombre de vues que je réalise. Je suis également sous contrat avec certaines marques et un site de paris sportifs.

Pouvez-vous vivre de cette activité?

Oui. Je travaille même avec un collaborateur à la fois monteur et cadreur.

Quel est votre rythme de production?

Je réalise une quinzaine de vidéos par mois. Désormais, j’ai décidé de m’imposer des horaires de bureau en étant présent dans mon studio lyonnais du lundi au vendredi.

 


Des stars à profusion

Le Royaume du web vivra sa 3e édition du 4 au 6 octobre, à Palexpo à Genève. Le festival voué aux youtubeurs accueillera une quarantaine de stars, dont Squeezie, le Français aux 13 millions d’abonnés, Pierre Croce, Natoo, EnjoyPhoenix et, bien sûr, Psyko 17. Le Royaume du web fera aussi la part belle aux jeunes talents helvétiques. La manifestation prévoit moult spectacles, entre autres des shows musicaux, du gaming, un concert de rock, ainsi qu’une silent party.