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«Je suis accro à l'adrénaline»

Guillaume Canet partage son temps entre ses deux passions, le cinéma et l’équitation. L’acteur français nous en parle autour de la sortie de «Doubles Vies», une comédie qui le met aux prises avec les nouvelles technologies et les pirouettes de la vie de couple. 

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Photos DR, DUKAS
07 janvier 2019

Guillaume Canet (45 ans) dans «Doubles Vies», où il interprète un directeur d'édition.

Guillaume Canet enchaîne les tournages. Après «Le Grand Bain» et avant «Nous finirons ensemble» (la suite très attendue des «Petits Mouchoirs» qui sortira en mai), l’acteur et cinéaste de 45 ans est à l’affiche de «Doubles Vies» dès le 16 janvier. Joutes verbales et répliques assassines sont au programme de cette comédie piquante d’Olivier Assayas, où il campe le responsable d’une maison d’édition confronté à la révolution numérique et à des problèmes de couple. Rencontre lors de la Mostra de Venise où le film était en compétition.

Connaissiez-vous le monde de l’édition avant d’incarner Alain dans «Doubles Vies»?

Pas du tout. J’ai été surpris qu’Olivier me demande de jouer ce personnage parce que dans ma tête un éditeur était un homme âgé avec des lunettes. Je ne me voyais pas vraiment dans ce rôle. Il trouvait intéressant de voir quelqu’un de plus jeune essayer de moderniser cette maison d’édition et du coup il m’a convaincu. Mon expérience de réalisateur m’a permis de me rendre compte que je pourrais être totalement crédible en dirigeant d’une vieille entreprise. C’est ainsi que j’ai réalisé que je ne suis plus si jeune!

Quel est votre rapport aux nouvelles technologies?

Je crois que j’ai exactement le même point de vue qu’Alain. D’un côté, il pense que cette nouvelle technologie est une bonne chose. Mais de l’autre, il craint ses répercussions et où cela va nous mener. J’ai peur que les gens finissent tous par regarder des films sur leurs smartphones alors qu’on a bossé dessus pendant des mois. Je suis aussi très inquiet quand j’entends George Lucas (créateur de «Star Wars») affirmer qu’il n’a pas besoin d’acteurs aujourd’hui et qu’il peut réaliser des films tout seul chez lui. Si George Lucas peut faire des films seul et que les gens regardent ces films à la maison, on va se retrouver dans un monde vraiment bizarre.

Un monde où nous serons isolés…

Oui, très isolés et un monde qui fait peur à imaginer. Pour moi, les films doivent être vus dans des cinémas et partagés avec d’autres gens qui rient, pleurent et ont toutes sortes d’émotions différentes. Je trouve ça très intéressant.

D’après Olivier Assayas, la technologie a des répercussions sur notre vie amoureuse. Qu’en pensez-vous?

Pas particulièrement sur notre vie amoureuse mais je pense que la technologie change la manière dont on communique. Il est plus facile d’échanger des SMS que d’avoir une conversation dans la rue ou au téléphone. En amour, c’est la même chose. Je connais des gens dont la vie a été foutue à cause du numérique et de l’iCloud, parce qu’ils ont échangé des messages avec leur maîtresse sur leur téléphone et ces messages sont apparus sur l’iPad de leur femme à la maison. La technologie peut être très dangereuse aussi.

Vous enchaînez les tournages. Comment trouvez-vous le temps de tout faire?

En m’organisant minutieusement, surtout qu’en même temps je participe aussi à de nombreux concours de saut d’obstacles. Cela occupe une grande partie de mon temps, y compris pendant les week-ends, donc mon emploi du temps est très chargé.

L’équitation était votre première passion.

J’ai arrêté il y a 20 ans (suite à une mauvaise chute. Il se destinait à une carrière professionnelle) et puis j’ai réalisé «Jappeloup», il y a six ans, un film sur le cheval qui a remporté les Jeux olympiques avec le cavalier français Pierre Durand. Je suis remonté sur un cheval pour faire ce film et j’ai attrapé le virus une nouvelle fois. C’est comme ça que je suis retourné à la compétition internationale et depuis je m’y adonne tous les week-ends.

Qu’est-ce qui vous donne le plus de satisfaction, cinéma ou équitation?

Les deux. Je suis accro à l’adrénaline. C’est pour ça que je dirige des films. Etre acteur, c’est génial mais parfois je m’ennuie à attendre entre deux prises. Les montées d’adrénaline ne durent que pendant que je joue. On passe un temps fou à attendre quand on est acteur. Attendre que les techniciens et toute l’équipe soient prêts à tourner une scène. Ensuite, on a 10 à 15 minutes de pur plaisir à jouer la comédie et puis il faut à nouveau patienter. Quand on est réalisateur, on est constamment occupé et passionné par mille et une choses.

Et quand vous devez patienter entre deux scènes, écrivez-vous des scénarios?

Oui, tout le temps. Pendant mon dernier tournage, je montais «Nous finirons ensemble» dans ma caravane en attendant de jouer ma prochaine scène. J’y avais installé mon ordinateur et mon équipement pour monter le film. Je déteste gaspiller mon temps.

Comment avez-vous développé cette suite des «Petits Mouchoirs»?

Il m’a fallu beaucoup de temps parce que je ne voulais pas tourner une suite. Je n’avais pas aimé faire la promotion des «Petits Mouchoirs» parce que le premier jour, j’ai perdu un ami exactement comme dans le film. Et j’avais écrit cette histoire parce que j’avais perdu un ami qui s’était tué en moto. Je m’étais sans doute trop investi dans l’écriture du scénario donc je n’avais pas eu du plaisir à réaliser le film parce que l’histoire était trop personnelle.

Et…?

Des années plus tard, j’ai revu le film alors qu’il passait à la télévision et tout à coup, je l’ai apprécié avec la distance du spectateur. Et, il y a deux ans, j’ai réalisé que nos rapports avec nos amis changent beaucoup quand on approche 45 ans parce qu’on ne mène plus la même vie. On a peut-être perdu un parent ou un ami. On a des enfants, peut-être divorcé et une nouvelle épouse avec qui on partage de nouveaux amis. Et on découvre que nos vieux amis eux aussi ont changé. Et parfois on a envie de leur dire: «Tu es vraiment devenu un connard et il faut que je te le dise.» On ment moins parce qu’on a moins de temps à vivre. Et on est plus prêt à dire la vérité aux gens: «Tu sais quoi? Je ne t’aime plus. On est peut-être amis depuis 20 ans mais va te faire foutre!» Et quand on est amis pendant très longtemps et qu’on arrive ensuite à surmonter un conflit, on sera amis jusqu’à la mort, je crois. Je me suis dit que cela ferait un bon sujet pour un film.

Et «Le Grand Bain», c’était une façon d’explorer la masculinité sous un nouvel angle?

Oui, parce que le film montre des hommes vulnérables, pas seulement physiquement mais aussi parce qu’ils sont déprimés et ne se sentent pas bien dans leurs vies. C’était aussi le sujet de «Rock’n’Roll», mon film sur les gens qui veulent être les plus forts, les meilleurs, les plus beaux. Aujourd’hui, il faut avoir l’air d’un homme fort. On n’a pas le droit de vieillir. Les cheveux gris, les bourrelets, ce n’est pas acceptable. Regardez tous ces acteurs américains qui prennent des selfies torse nu, les muscles saillants, pour montrer qu’ils sont toujours jeunes. Les actrices, souvent, font des injections et n’ont plus d’expressions à l’écran, ce qui est assez bizarre. Je respecte totalement les choix de chacun. Je n’ai aucun problème avec ça. Je ne fais que constater que les gens luttent contre le temps.

Vous n’avez pas peur de vieillir?

Non. Je n’ai pas peur des rides et des cheveux gris. Mais je me suis cassé de nombreux os à moto et à cheval dans ma vie alors maintenant j’ai mal, surtout quand il commence à pleuvoir! J’ai juste peur de souffrir avec l’âge. 

Il se préparait à être jockey, Guillaume Canet est acteur, réalisateur, producteur. Il est en couple avec Marion Cotillard qui partage aussi l'écran avec lui.