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INTERVIEW
MUSIQUE

«La danse, c'est la vie!»

Le chanteur latino Luis Fonsi est devenu mondialement célèbre avec le tube de l’été «Despacito». Le natif de Porto Rico nous dévoile le secret de son incroyable succès et invite chacun à en faire toujours plus.

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Omar Cruz/Universal Music
04 mars 2019

Luis Fonsi (40 ans) détient le record du nombre de vues sur Youtube avec son tube «Despacito».

Lors de notre rencontre dans un hôtel parisien, Luis Fonsi porte un t-shirt arborant le mot «Icon». Voilà qui lui va à merveille: le quadragénaire est devenu une vraie icône grâce à son tube «Despacito», sorti à l’été 2017. Depuis ce succès, le chanteur a déjà remporté une demi-douzaine de records du monde Guinness. La vidéo de la chanson a notamment été vue plus de six milliards de fois sur Youtube!

Luis Fonsi, vous dites que votre système a besoin de sel. Quel est votre rapport avec la mer? Combien de temps arrivez-vous à tenir sans la voir?

Quelques jours au maximum. Après, je deviens nerveux. Je me sens bien dans de nombreux endroits, dans de nombreuses villes. Chacune d’elles a son charme propre. Mais là où je me sens le mieux, c’est au bord de la mer, et en particulier là où je suis né. A Porto Rico. J’y retrouve vraiment mes racines.

Vous vivez à cent à l’heure et donc pas du tout «despacito» (doucement)!

Oui et j’y prends beaucoup de plaisir, c’est le plus important. Si ce n’était pas le cas, je ne ferais pas ça depuis vingt ans. Et après tout ce temps, je sais comment me préserver. Mais, malgré cette existence trépidante, j’essaie quand même de vivre «despacito» autant que possible.

Votre dernier album s’intitule «vida». Qu’est-ce qui est important pour vous dans la vie?

Chacun a ses priorités personnelles. Pour moi, c’est la famille et bien sûr la musique. Elles m’aident à trouver le bon équilibre. Et lorsqu’on est bien équilibré, il est plus facile de faire face aux difficultés de notre époque.

Car vous en éprouvez aussi...

Bien sûr, c’est la vie. Je n’entrerai pas dans les détails. Il est normal de faire des erreurs. Personne n’est parfait, nous ne sommes pas des machines, mais des hommes. Mais après être passé par diverses épreuves, on en ressort plus résistant. Les crises nous rendent plus forts. J’ai beaucoup appris de ces moments difficiles. Ça ne veut pas dire que je leur accorde plus d’importance qu’il n’en faut. Je n’aime pas regarder en arrière. Je préfère oublier le négatif et aller de l’avant.

«La danse, c’est la vie!»

 

Aviez-vous pressenti l’incroyable succès de la chanson «Despacito»?

Non. Je savais bien qu’elle avait tout pour marcher. Mais je n’avais aucune certitude sur son succès. Un mois après son lancement, la maison de disques m’a envoyé un extrait du classement mondial. J’ai eu du mal à croire ce que j’y ai lu: numéro 1 en Suisse, en Allemagne, en France, en Russie… en Australie, en Inde, en Chine. Une chanson en espagnol! Ça la rend encore plus spéciale.

Selon vous, quel est le secret de votre succès?

Si quelqu’un a la recette pour qu’une chanson devienne un tube, je suis preneur! Cela simplifierait beaucoup les choses. Et cela ne vaut pas seulement pour la musique. Personne ne peut non plus prévoir si une peinture, un livre ou un film seront des succès. La seule chose que l’on puisse faire, c’est de s’impliquer à 100% et d’être le plus ouvert, frais et différent possible. Il faut aussi s’assurer de tout ce qui tourne autour de la chanson: enregistrement, vidéo, publicité, etc.

Cette chanson vous a rendu célèbre dans le monde entier. Mais dans le même temps, n’y a-t-il pas un danger que vous soyez réduit à cet unique tube?

Cela ne m’empêche pas de dormir. Je n’ai rien à prouver à personne. Dans les pays hispanophones, je suis connu depuis deux décennies. C’est une chance que l’on me découvre maintenant dans d’autres pays et c’est un défi passionnant.

Votre chanson n’a pas été aussi bien accueillie partout. En Malaisie, elle aurait même été interdite!

Oui, c’est vrai, dans une radio privée…

Luis Fonsi chante depuis son plus jeune âge: «J'avais mon propre karaoké, que je chérissais comme un trésor.»

Des féministes ont aussi qualifié vos paroles de sexistes.

La chanson n’est pas sexiste. Ceux qui le pensent ne l’ont pas comprise. Elle est sensuelle… Oui, c’est vraiment ce qu’elle dégage: de la sensualité. Je ne suis pas ce que j’interprète. Cette chanson invite à la danse et à profiter de la vie. «Despacito» est un hommage à ma patrie. Je voulais montrer au monde où j’ai grandi – à Porto Rico, une île tropicale merveilleuse avec des plages magnifiques, une mer chaude et du beau temps 365 jours par an. Chez nous, pas besoin de manteau!

On comprend désormais mieux pourquoi vous avez été engagé comme ambassadeur du tourisme pour Porto Rico.

Sur l’île, la musique est partout. Là-bas, les gens sont beaux et joyeux, la nourriture est incroyable, la forêt tropicale est magnifique. C’est un véritable petit paradis sur terre. Avec un statut très particulier: nous sommes considérés comme des citoyens américains, bien que nous ne soyons pas un Etat des Etats-Unis, mais un territoire du Commonwealth.

Ce paradis s’est pourtant transformé en véritable enfer en 2017, quand l’ouragan Maria a littéralement dévasté l’île. Le président américain Donald Trump préfère aujourd’hui utiliser les fonds de l’aide pour son mur à la frontière avec le Mexique.

Donald Trump ne nous aime pas. Il n’aime personne. Trump n’aime que Trump. Parler de lui n’est qu’une perte de temps. Je ne l’aime pas.

Parlez-nous un peu de votre jeunesse, jusqu’à votre départ pour la Floride.

Tout petit déjà, j’aimais chanter. Mais bien sûr, je n’avais ni groupe ni studio d’enregistrement. J’avais par contre mon propre karaoké, que je chérissais comme un trésor. J’interprétais d’innombrables chansons, que j’enregistrais sur cassette.

«Despacito» est-elle une bonne chanson pour le karaoké?

Oui, je pense. Bien que si l’on ne parle pas un mot d’espagnol, ça doit être plutôt difficile, parce qu’il y a beaucoup de paroles à chanter.

Dites-nous, en tant que spécialiste du karaoké, quelle chanson est la plus appropriée aux débutants?

Bonne question… Vraiment, je n’en ai aucune idée. (Luis Fonsi pose la question aux autres personnes présentes. «Maca­rena», lance quelqu’un. Et: «Hallelujah». Il ne semble pas convaincu.) Non, désolé, je donne ma langue au chat! Ça dépend vraiment des goûts de chacun.

Vous avez été membre du jury de l’émission «The Voice» au Chili. Quels sont vos principaux conseils aux jeunes chanteurs?

Soyez vous-mêmes, développez votre propre style. Il ne sert à rien d’imiter simplement les autres. L’important n’est pas non plus d’avoir LA voix parfaite. L’essentiel est qu’avec une chanson, vous arriviez à déclencher quelque chose chez les personnes qui vous écoutent. Au fond, seule l’émotion importe. C’est d’elle que dépendent tous ces moments exceptionnels.

Combien de temps pouvez-vous passer sans danser?

Pas très longtemps. Je pense que tout le monde devrait danser davantage. La danse, c’est bon pour la santé. La danse, c’est la vie. Et on n’en a qu’une: il faut donc en profiter. Danser, rire, chanter... Et si possible tout de suite, dehors, au milieu de la rue!

La musique dans le sang

D’étudiant à star latino

Luis Fonsi est né en 1978 à Porto Rico. A 11 ans, il s’installe avec sa famille à Orlando en Floride. Aujourd’hui, il vit en alternance entre les deux pays: «J’habite en Floride, mais je me rends souvent en avion à Porto Rico, où je possède une maison.»

Luis Fonsi a suivi des études de musique au sein de la Florida State University. «Même si je suis vraiment né avec la musique dans le sang, explique-t-il, ces études m’ont aidé à compléter le puzzle me permettant de mener une carrière à succès.» Luis Fonsi s’est marié pour la seconde fois en 2014 et a deux enfants.