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INTERVIEW
Stress

«Les idées noires finissent par partir»

Andres Andrekson, le fameux rappeur Stress, nous parle de la pression des attentes, des dépressions qu’il a traversées et de la gestion constructive de sa relation avec le top model Ronja Furrer.

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Christoph Kaminski
07 octobre 2019

Gagner des CD dédicacés


Comment allez-vous?

Je vais mieux qu’il y a un an, car j’ai beaucoup travaillé sur moi-même. Grâce à ma psychologue et à diverses thérapies, j’ai appris à ne plus paniquer lorsque je suis pris dans la spirale de la dépression. Aujourd’hui, je me connais mieux. Je sais que j’aurai toujours des hauts et des bas, mais j’ai acquis la certitude que les idées noires finissent toujours par disparaître. 

Avez-vous fait ce travail sur vous-même pour une raison particulière?

J’ai rencontré des difficultés dans mes relations passées. J’avais déjà suivi une thérapie; je savais donc que je devais cette fois en faire encore davantage pour combattre ma colère et ma frustration. Ma réflexion sur mes émotions et sur mon comportement m’a servi de fil conducteur. Ça m’a permis de faire mon chemin dans ce monde rempli d’angoisses et d’émotions négatives.

C’est la seule raison pour laquelle vous avez mis cinq ans à terminer votre album «Sincèrement»?

J’ai eu besoin de temps pour déterminer quelle direction je voulais prendre musicalement. A 35 ans, je me sentais pris au piège des attentes du public à l’égard de l’artiste Stress. A mes débuts dans le hip-hop, tout était plus simple; j’étais un immigré qui n’avait rien à perdre et qui faisait de la musique à côté de ses études et de son travail avec le groupe Double Pact. Puis, j’ai fait une carrière solo et j’ai gagné beaucoup d’argent, mais j’ai peu à peu réalisé que cela ne suffisait pas à mon bonheur. 

Quel a été votre plus grand défi en ce qui concerne ce nouvel album?

Pour ne plus dépendre des producteurs, j’ai choisi de composer également la musique, en plus de rédiger mes textes. Le projet Trust avec mes amis, la musicienne avant-gardiste Evelinn Trouble et le bassiste du groupe Pegasus, Gäbu [Gabriel] Spahni, a été pour moi une sorte de formation continue. Nous étions trois aux commandes. Depuis, je me produis moi-même et me verrais mal y renoncer.

Avec votre talent, on s’attendrait à ce que vous soyez aux manettes depuis déjà bien longtemps...

Regardez les biopics de Pablo Escobar ou de Ray Charles, par exemple. Tous les artistes arrivent à un stade où ils doivent se réinventer après leur ascension, car à long terme, se répéter ne suffit pas. Bon nombre de musiciens de ma génération avec lesquels j’ai pu échanger étaient frustrés, car leur succès s’était tassé. Je leur ai demandé: «As-tu tenté de faire autre chose?» Et ils me répondaient souvent: «Non, car le public attend ce qu’il connaît.»

«Je n’ai pas fait de place à la personne que j’aimais le plus»

 

Vous n’êtes pas d’accord?

Non, on ne peut pas prendre les gens pour des imbéciles. Je ne connais personne qui achèterait la quatrième version d’un album qui a eu du succès. Les artistes suisses doivent être plus courageux. Beaucoup d’entre eux semblent considérer qu’une vache produit une quantité de lait constante. Par leur attitude, ils bloquent les aspirations d’une nouvelle génération d’artistes déterminés. J’ai donc tenté de faire preuve de courage.
 
Cela a-t-il fonctionné d’emblée?

vec les premiers morceaux, nous avions toujours l’impression de faire n’importe quoi. Au bout de six mois, nous avons donc mis en place une règle: dès que nous avions l’impression que quelque chose clochait avec un morceau, il finissait à la poubelle. C’était radical, mais nous voulions faire quelque chose en quoi nous croyions, et laisser pleinement s’exprimer notre créativité.

Vous n’avez fait aucun compromis en faveur de l’aspect commercial?

Non, un morceau devait avant tout être authentique. «Petites Pensées» est un bon exemple de morceau avec lequel j’ai communiqué exactement comme je le souhaitais. Je pense qu’il y a suffisamment de chansons qui ne servent qu’à se divertir. J’aime d’ailleurs les écouter en voiture; mais les miennes sont plus intimistes.

Vos morceaux sont-ils tous autobiographiques, sans exagération artistique? Avez-vous réellement eu des pensées suicidaires?

Oui. J’ai écrit la première moitié de «Petite Pensée» en une nuit, mais ça faisait déjà un an que j’y réfléchissais. Je me rappelle très bien comment tout a commencé: c’était un dimanche, j’avais la gueule de bois et il faisait mauvais dehors. J’étais seul et je ne me sentais pas bien. Cette petite graine a ensuite germé, et j’ai réalisé que je traversais une dépression seulement six mois plus tard. Ce morceau m’a permis de prendre du recul. J’espère qu’il aidera aussi d’autres personnes, car il décrit toutes les phases de la maladie. 

Quelle signification faut-il attribuer aux lames de rasoir présentes sur la couverture de votre album?

Philippe Weiss, notre ingénieur du son, nous a avoué que cet album a été difficile à mixer, car tout était «sur le fil du rasoir»; mais c’est parce que j’aime le contraste entre les émotions positives et douloureuses. Ce sont elles qui font la magie de cet album.

Malgré votre succès, vous semblez avoir toujours gardé les pieds sur terre. C’est vrai?

Oui, je n’ai jamais pris la grosse tête, car même lorsque tout va super bien, la vie t’apprend l’humilité. J’ai souffert de maux de dos. Je ne pouvais pas marcher, ni rester assis, ni même dormir. Cette épreuve m’a fait grandir; je me suis demandé: quel type d’homme est-ce que je veux être?

Et quelle est la réponse?

Je suis arrivé à un âge où j’aimerais avoir une famille. Cependant, mon père n’a pas été un bon modèle. J’ai détesté la vie de famille avec lui, je dois donc encore réfléchir pour déterminer comment mieux gérer les choses. 

Dans le single «A chaud et à froid», vous semblez dire qu’une crise dans un couple n’est jamais la faute que de l’un ou que de l’autre.  

Lorsque j’ai vu sur Instagram une photo de Ronja (ndlr: Ronja Furrer, sa petite amie) embrassant un autre homme, j’ai exploité ma douleur pour écrire un morceau, que je lui ai ensuite envoyé. Elle m’a répondu que ma vision des choses était subjective, et elle avait raison. C’est pour cela que dans la deuxième partie de ce morceau, j’avoue avoir conscience d’être coresponsable de la situation. Je n’ai pas fait de place dans ma vie à la personne que j’aimais le plus au monde. 

Et vous n’avez pas rompu.

Je me suis dit: si tu recherches une nouvelle compagne pour cette raison, dans six ans, tu seras peut-être revenu au même point. Mais si nous parvenons à comprendre comment nous en sommes arrivés là et que nous nous concentrons sur ce qui nous lie, nous pouvons améliorer notre relation.

Dans votre vie, vous avez été contraint de prendre bon nombre de «nouveaux départs»: votre arrivée en Suisse, votre père qui quitte la maison, votre groupe Double Pact et la séparation avec Melanie Winiger...

Sans oublier mon divorce de ma première femme, qui était «borderline» et qui se scarifiait. Je me suis toujours demandé pourquoi elle faisait partie de ma vie. Mais dix ans plus tard, j’ai réalisé que je souffrais des mêmes problèmes qu’elle. Je me suis donc mieux compris. 

Votre nom d’artiste, Stress, était pour ainsi dire visionnaire. Comment l’avez-vous choisi?

Je ne l’ai pas choisi, ce sont mes amis de Double Pact qui me l’ont donné. Avant un concert, j’ai eu un échange verbal assez violent avec Nega. Il m’a dit: «Arrête ton stress!» Après, les membres du groupe m’ont d’abord qualifié de «stressé», avant de me surnommer Stress. 

Vous rappez en français, mais vous vivez à Zurich. Venez-vous encore souvent en Suisse romande?

Tout mon groupe vit à Lausanne, ainsi que ma mère. Je fais régulièrement la navette, c’est très important pour moi, mais je vis et travaille à Zurich.

Pour vous, pas de barrière de röstis?

Je pense qu’une fois qu’on comprend et que l’on accepte que les gens ne réagissent pas de la même façon selon les régions, il n’y a pas de problème. Vouloir apprendre aux Suisses romands à être aussi ponctuels à un rendez-vous que les Suisses alémaniques n’a aucun sens. J’ai pris du recul sur les différences de mentalité et je suis heureux de me sentir chez moi partout en Suisse. Après tout, il n’y a aucun pays au monde où il y a autant de cultures différentes et où l’ensemble fonctionne. Nous considérons souvent que c’est normal, mais ça ne l’est pas.  

En 2007, vous avez écrit la chanson «On n’a qu’une terre» dans le cadre de la campagne de Coop contre le réchauffement climatique et le gaspillage des ressources. Ces sujets vous touchent-ils toujours?

Je défends toujours ces idées, mais en tant qu’artiste, je dois faire attention à ne pas y être réduit, comme Bob Geldof. Dans «Tu le sais», j’exprime mon avis sur la montée du racisme. Et je me réjouis de voir que bon nombre de jeunes se rallient autour de Greta Thunberg pour combattre le réchauffement climatique. Il y a encore 12 ans, j’avais l’impression d’être le seul à m’en préoccuper.

Concerts

Vendredi, 06.12.2019: Perron 1, Brigue

Samedi, 07.12.2019: Bierhübeli, Berne

Samedi, 14.12.2019: Presswerk, Arbon

Jeudi, 19.12.2019: Schüür, Lucerne

Samedi, 21.12.2019: Songbird Festival, Davos

Dimanche, 22.12.2019: Kaufleuten, Zurich