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INTERVIEW
LILY COLLINS

«Mes amis sont mes âmes sœurs»

Lily Collins incarne l’épouse de J.R.R. Tolkien dans un beau biopic sur l’auteur du «Hobbit». La jeune actrice anglaise nous parle de l’âme sœur, de ses insécurités et du courage qu’il lui a fallu pour évoquer publiquement ses problèmes d’alimentation à l’adolescence.

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Keystone, Warner Bros/DR
17 juin 2019

L'actrice Lily Collins (30 ans) a été mannequin et a étudié le journalisme en Californie.

Lily Collins s’est fait une place à Hollywood toute seule en exsudant la grâce et le charme d’une jeune Audrey Hepburn. Révélée en Blanche-Neige face à Julia Roberts dans le film éponyme (2012), l’actrice anglaise a très vite su faire oublier qu’elle est la fille de Phil Collins. A l’aube de ses 30 ans, elle fourmille de projets. La comédienne est à l’affiche de «Tolkien» (en salle le 19 juin), un biopic poétique sur l’auteur du «Seigneur des Anneaux», où elle se révèle lumineuse dans la peau d’Edith, femme et muse du célèbre écrivain incarné par Nicholas Hoult. L’égérie de Lancôme sera aussi bientôt la vedette d’«Emily in Paris», une nouvelle série signée par le créateur de «Sex and the City». Vive et diserte, elle se confie avec sincérité dans la suite d’un cinq-étoiles londonien.

Quel est votre rapport à Tolkien?

Je connais son œuvre depuis que je suis toute petite, probablement depuis l’école primaire. J’ai toujours adoré la magie et la fantasy, lire les aventures d’Harry Potter et les romans de Tolkien. Ils me permettaient de m’évader de mon quotidien, comme c’est le cas pour beaucoup de gens. Je me réjouissais toujours d’aller au cinéma voir les films de Peter Jackson. Plus tard, j’ai eu l’opportunité d’auditionner pour le rôle d’un elfe dans «Le Hobbit» mais je n’ai pas été choisie (ndlr: le personnage de Tauriel, finalement campé par Evangeline Lilly). J’étais probablement l’une des centaines de filles qui se sont présentées aux auditions. Mais des années plus tard, je finis par incarner Edith qui a inspiré un de ses personnages (l’elfe Lúthien), donc j’ai un rapport très fort avec Tolkien.

Quels aspects du film vous ont le plus parlé?

J’adore le club que Tolkien forme avec ses amis parce qu’il a quelque chose de semblable à l’histoire d’amour entre Edith et Tolkien, c’est-à-dire cette idée de l’âme sœur. Avec l’âge, je réalise de plus en plus qu’un grand nombre de mes amis sont mes âmes sœurs. On a très souvent tendance à associer ce concept à une relation romantique mais cette histoire m’a fait prendre conscience qu’il y a toutes sortes d’âmes sœurs et qu’elles peuvent nous influencer différemment. J’aime l’idée d’avoir un lien très fort avec quelqu’un et que cette personne fasse ressortir un aspect de soi qu’on ne connaissait pas et dont on est fier.

Malgré ses amis, Tolkien se sentait différent des autres. Vous est-il aussi arrivé de vous sentir comme une étrangère quelque part?

Lorsque j’ai quitté l’Angleterre pour m’installer à Los Angeles (ndlr: à 7 ans, avec sa mère Jill Tavelman, après son divorce d’avec Phil Collins), je ne connaissais personne. Je n’avais pas d’amis et je parlais avec un accent anglais. A cet âge-là, on se moquait de moi parce que je ne pouvais pas prononcer mes voyelles et consonnes à l’américaine. Je me suis donc sentie comme une étrangère mais en même temps, j’ai toujours été la fille qui, lorsqu’elle était en excursion avec d’autres gosses, s’approchait d’un gamin et lui demandait: «Tu veux être mon ami?» Je me suis vite adaptée et j’ai adopté un accent américain, qui ne m’a plus quittée! Mais quand on est plus jeune, ces insécurités nous affectent davantage.

Et plus tard?

Avec l’âge, on accepte mieux nos insécurités comme quelque chose qui nous rend différent. Et «différent» n’a pas nécessairement une mauvaise connotation. On finit par s’entourer des bonnes personnes qui, pour revenir à l’idée de l’âme sœur, nous inspirent et qu’on inspire à notre tour. Et tout à coup, on ne se sent plus comme un étranger.

A quel moment avez-vous appris à apprécier votre singularité?

Il y a deux ans, j’ai publié un livre où j’ai évoqué toutes mes insécurités (Unfiltered: No Shame, No Regrets, Just Me). En l’écrivant et en faisant savoir aux gens ce que je ressentais, mes insécurités ont pratiquement disparu parce que j’ai pu me soulager de ce fardeau. On est tout le temps en train d’évoluer mais ce bouquin a été un moment vraiment important pour moi.

Tolkien a dit que le courage se trouve dans des endroits improbables. Vous considérez-vous courageuse?

C’est une excellente question. Pour revenir à mon livre, à l’adolescence j’ai souffert de troubles de l’alimentation et c’est quelque chose que je n’aurais jamais pensé admettre ou évoquer publiquement. J’en ai eu honte pendant longtemps. Mais dès l’instant où j’ai accepté que cela faisait partie de mon histoire, que je n’en ai plus eu peur ni honte et que j’en ai parlé, beaucoup de gens ont fait la même chose. Nous avons pu nous rendre compte que nous présentions des similitudes dans nos expériences et que nous n’étions pas seuls. Et cela m’a fait me sentir plus courageuse parce que parfois, quand on accepte ces choses en nous qui nous semblent totalement mauvaises, elles finissent par nous apporter du bon d’une certaine manière. Mon courage était donc improbable parce que je n’aurais jamais pensé que je parlerais de ça.

Vous vivez aux Etats-Unis, quelle place occupe l’Angleterre pour vous?

Je me sens foncièrement Anglaise mais personne ne me croit à cause de mon accent américain! C’est drôle, quand je prends un accent british pour un rôle, je me sens parfois davantage moi-même ou naturelle bizarrement, même si je fais un effort pour sonner comme ça. Je redeviens la petite Lily quand je retrouve cet accent. Je ressens un feeling particulier chaque fois que j’atterris à l’aéroport d’Heathrow… On dirait une réplique de «Love Actually»! Chaque fois que j’arrive à Heathrow et roule vers la campagne, je me sens en paix et sereine. Et même quand je me trouve à Los Angeles, si je suis anxieuse, je ferme les yeux et j’imagine un lieu particulier pour me calmer et c’est toujours en Angleterre.

«J’ai un rapport très fort avec Tolkien depuis l’enfance»

 

Pensez-vous à l’œuvre que vous allez laisser derrière vous lorsque vous choisissez vos rôles?

Je suis attirée par les personnages qui vont m’apprendre quelque chose sur moi et auxquels à leur tour d’autres personnes pourront s’identifier. Les gens dont je respecte vraiment le travail semblent tous très à l’aise dans leur peau. Il leur a peut-être fallu du temps pour en arriver là. C’est ça que j’aimerais laisser derrière moi. Je suis très inspirée par ce qu’ils ont fait. J’espère qu’un jour, j’inspirerai ne serait-ce que la moitié des gens qu’ils ont influencés. En choisissant mes rôles, mon but est de devenir un meilleur être humain pour aider les autres en dehors de mon industrie.

Dans le biopic «Tolkien» l'actrice Lily Collins est l'épouse de l'écrivain, joué par Nicholas Hoult.

C’est-à-dire?

Je suis très active dans d’autres domaines que le cinéma. Je n’ai pas encore réfléchi exactement à l’héritage que je veux laisser mais si j’ai écrit mon bouquin à ce moment-là, c’est parce que j’avais envie de fêter mes 30 ans et pouvoir me dire: «OK, je vais affronter ces problèmes maintenant pour qu’un jour, quand j’aurai des enfants, je n’aie plus besoin de les traîner derrière moi.»

Edith ne peut pas réaliser son rêve de devenir pianiste. Avez-vous dû surmonter plus d’obstacles qu’un homme pour concrétiser le vôtre?

Je peux comprendre sa frustration d’entendre les gens lui dirent non. Depuis toute jeune, il y a des choses que je voulais faire que je croyais très importantes mais on m’a dit maintes fois non pour différentes raisons. J’ai donc commencé à me dire que «non» est suivi d’une virgule, pas d’un point. Mais cela est un peu plus facile de nos jours que dans le monde dans lequel Edith a grandi. J’ai donc pu m’identifier à certains aspects de sa vie mais je ne peux pas dire que mes expériences aient été dictées par le fait que j’étais une femme.

Vous rêviez d’être journaliste, non?

Oui. Mais je serai toujours journaliste dans l’âme parce que les journalistes sont des gens curieux et j’adore poser des questions. Peut-être qu’un jour j’aurai le talk-show dont je rêvais, même si c’est en tant que productrice et pas présentatrice. Etre acteur ou journaliste, c’est le même processus. On se documente et pose des questions, devant ou derrière la caméra. On écrit une story et permet à quelqu’un d’autre de faire entendre sa voix. C’est juste la forme qui est différente.