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INTERVIEW
LUC LANGEVIN

«Mon fils a changé ma vie… en mieux»

Le Québécois Luc Langevin est un créateur d’illusions, qui revisite le répertoire de la magie à coups de poésie et de physique quantique. Sa tournée européenne passe par Genève, au Théâtre du Léman, ce 14 avril.

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Maxime Hébert | Alix Aspar
01 avril 2019

Si, avec sa silhouette longiligne et ses yeux bleus comme le Saint-Laurent par un beau jour de printemps, il parvient à donner l’illusion de paraître dix ans de moins, Luc Langevin (36 ans) ne peut pas dissimuler qu’il est originaire de la Belle Province. Son accent québécois est bien trop prononcé. Tant mieux, car cela ajoute au charme de son spectacle. Sur scène, Luc Langevin cause beaucoup. Seul ou avec le public. Loin des magiciens traditionnels avec cape et chapeau, le Canadien impose un style chaleureux et décontracté. Ses numéros, construits à partir de découvertes en physique quantique, ne perdent cependant rien en magie. Ils sont autant de tableaux invitant à la poésie ou à la gamberge (mais comment il a fait?). Rencontre (pour de vrai) en région parisienne avant sa venue à Genève.

Vous êtes mon premier magicien...

Je sens la pression: j’espère être à la hauteur!

C’est quoi, la magie pour vous?

Je me définis comme un créateur d’illusions plutôt que comme un magicien. L’illusion, c’est l’art de tromper les cinq sens du public pour lui montrer quelque chose qui n’est pas réel et lui faire vivre une émotion d’émerveillement. L’art de la magie passe par le questionnement: les gens cherchent à comprendre ce qu’ils ont vu.

L'illusionniste Luc Langevin, sur scène, dans son spectacle «Aujourd'hui Demain». Il sera à Genève le 14 avril.

A quel moment avez-vous lâché vos études scientifiques pour le monde de l’illusion?

J’avais 6 ans, la première fois que j’ai vu un tour de magie et ma passion pour l’art de l’illusion ne s’est jamais estompée depuis. J’ai appris tout seul, je me suis beaucoup entraîné devant ma famille. Mes parents trouvaient plus pertinent que je poursuive mes études scientifiques, alors j’ai persévéré (ndlr: Luc Langevin a été physicien, a une maîtrise en optique et étudié la biophonie).

Pourquoi?

Heureusement, j’ai compris assez vite que la science était une énorme source d’inspiration pour la magie. Sans compter que j’ai trouvé en elle des réponses aux questions existentielles que je me posais et que je ne trouvais ni dans la philosophie ni dans la spiritualité. J’ai commencé à développer des tours de magie à partir de découvertes physiques vers 19 ans. A 24 ans, j’ai été repéré par une société de production d’émissions de télévision au Canada qui m’a proposé une émission. Je suis très vite devenu une vedette. Et ma signature de scientifique s’est imposée dans l’univers de la magie.

J’aime beaucoup le public suisse, très chaleureux et généreux

 

Seriez-vous devenu illusionniste ailleurs qu’au Québec?

Oui... Mais sans doute pas sans mes parents. Je dois à mon père comptable mon esprit cartésien et scientifique. A ma mère, psycho-éducatrice, ma passion pour la métaphysique et l’immatériel.

Pourquoi la magie continue-t-elle à séduire à l’ère 2.0?

La capacité d’émerveillement fait partie intégrante de la condition humaine. Les hommes ont toujours convoqué la magie pour justifier ce qu’ils ne comprenaient pas. Aux temps préhistoriques, c’était le feu ou la pluie. Aujourd’hui, c’est le principe de l’effet tunnel qui permet à des particules lorsqu’elles sont frottées de s’écarter et de laisser un espace permettant de séparer deux objets, par exemple.

Quel est le point de départ d’un numéro? Un fait physique?

Chaque numéro a son histoire de conception. Il est vrai que j’aime bien partir d’un phénomène scientifique méconnu comme la physique quantique en offre tant. A partir d’une découverte scientifique, la lévitation des objets par exemple, j’essaie d’imaginer comment je pourrais illustrer le phénomène de façon spectaculaire. C’est là que la démarche artistique intervient: je choisis d’utiliser une mise en scène spécifique ou une musique, ou un éclairage.

Vous vous sentez un artiste?

Tout le monde peut présenter un tour de cartes, mais cela ne suffit pas pour être un illusionniste. Je mets beaucoup de ma personne, de mon imagination, dans un numéro. Cela ne se passe pas en un claquement de doigts. Chaque numéro que je crée commence par cette question: qu’est-ce qu’il reste si je retire l’émerveillement? J’ai l’ambition de créer des spectacles à plusieurs niveaux.

Luc Langevin durant notre interview: «Ce qui fait de moi un Québécois? L'accent, tabarnak! Et sur scène, ma proximité avec le public.»

Vous vous loupez parfois?

Pas souvent! L’habitude des émissions de télévision en direct m’a appris à redoubler de rigueur. Mais quand je devine que ça ne se passera pas comme prévu, j’improvise pour donner l’impression d’être retombé sur mes pattes. Je peux aussi compter sur mes cinq techniciens qui s’activent en coulisse et qui interviennent s’ils remarquent un pépin.

Voyez-vous des différences dans la capacité d’émerveillement des publics que vous rencontrez?

D’une manière générale, les Européens cherchent plus à décortiquer les numéros que les Québécois qui sont plus dans l’émotion ou que les Chinois que je connais à travers le Cirque du Soleil pour lequel je suis consultant. Les rires et les applaudissements ne sont pas aux mêmes endroits d’un continent à l’autre. J’aime beaucoup le public suisse, que je trouve très chaleureux et généreux. Beaucoup plus que le parisien, par exemple.

A quoi ressemble votre vie quand vous n’êtes pas en train de travailler à de nouveaux numéros ou à répéter ceux de votre tournée?

Je passe du temps avec ma famille. Je suis le papa d’un petit Victor depuis seize mois. Et nous avons convenu, sa mère et moi, que nous ne serions jamais séparés plus de dix jours d’affilée. Au-delà, elle et mon fils m’accompagnent. Ils sont de ma tournée. C’est chouette.

Que représente ce fils pour vous?

Il est mon plus beau tour de magie. Même si j’ai eu besoin d’une assistante pour faire l’essentiel du boulot. Mon fils a changé ma vie… en mieux.

C’est un véritable tour de force physique d’être seul en scène pendant 1h40 à créer des illusions tout en discutant avec le public. Comment vous préparez-vous?

Comme un sportif. J’essaie d’avoir de bonnes nuits de sommeil, ce qui est le cas depuis que mon fils fait ses nuits, et je cours pour entretenir, voire développer, mon souffle. Dès que je manque d’endurance, je le remarque. J’ai dû me mettre en pause pendant un mois, le temps que mon matériel traverse l’océan Atlantique en cargo maritime. La générale a eu lieu hier, j’ai remarqué qu’il faudrait que je coure beaucoup ces prochains jours! J’étais essoufflé. Heureusement, courir s’intègre facilement à un planning de tournée. J’adore découvrir les villes où je me produis en sillonnant leurs rues à la course.

Votre tour pour endormir votre fils?

Je lui chante des chansons québécoises. J’ai développé tout un répertoire! Je lui lis des livres, il adore tourner les pages. Je joue à lui faire peur: attention, Victor, je vais t’attraper et le voilà qui file en rigolant. Quand il sera en âge d’apprécier, je vais user avec lui de tous mes talents d’illusionniste.

Uniquement sur le web:

Suivez-vous un régime alimentaire particulier ? 

J’essaie de manger des repas équilibrés pour garder la ligne, de ne pas manger trop salé, notamment en période de tournée. J’ai remarqué que l’excès de sel me faisait moins saliver. Or pour que mon articulation soit déliée, j’ai besoin de saliver. J’ai conscience que mon travail m’oblige à adopter une certaine discipline. 

Qu’est-ce qui fait de vous un Québécois ? 

L’accent, tabarnak! (rires) Sur scène, je dirais que c’est ma proximité avec le public. Au Québec, on aime bien s’amuser avec lui, faire disparaître le 4ème mur. Et puis, un sens de l’égalité entre les gens. Il me semble qu’au Québec, les rapports entre les gens sont mois définis par la hiérarchie. En tout cas, je ne joue pas la star avec mon équipe technique. Elle participe à la réussite de mon spectacle et je ne l’oublie jamais. 

Où vivez-vous au Québec?

J’habite à Montréal.  J’y suis arrivé pour y faire de la télé. Je m’y plais beaucoup. Je vis dans le quartier de Saint-Henri, un vieux quartier, proche du canal de Lachine. Ce qui est pratique pour mon footing du matin et les balades avec mon fils.