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INTERVIEW
YVAN FRANEL

«On reste un groupe rock et ça déménage»

Le groupe pop genevois Stevans est de retour de Chine, a sorti un nouvel opus et se produit en Suisse. L’occasion pour son chanteur et leader, Yvan Franel, de raconter son parcours peu banal, riche en expériences et en voyages.

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Patrick Gilliéron Lopreno
06 mai 2019

Son père était ambassadeur, sa mère violoncelliste: Yvan Franel, rockeur reconverti dans l?electro-pop, du groupe Stevans.


Gagnez l'album «Renaissance»


Le groupe Stevans vient de sortir son quatrième album, «Renaissance», et d’effectuer une tournée en Chine. De nouvelles étapes dans la carrière, ou plutôt les carrières de son leader, Yvan Franel (40 ans). L’artiste a en effet eu plusieurs vies. Fils d’un ambassadeur, diplômé d’une école hôtelière, rockeur reconverti dans l’electro-pop, comédien, animateur radio, le Genevois est incroyablement actif et polyvalent.

Quelle est la signification du titre de votre album «Renaissance»?

Il fait référence aux récentes évolutions du groupe. Après deux albums, mes deux acolytes sont partis. J’ai continué seul et j’ai sorti l’album «Rupture». J’ai ensuite dû retrouver des musiciens, dont Yann Secrest, qui a co-composé «Renaissance». Le titre est aussi une manière de faire revivre mon père et la mère de Yann, qui sont décédés pendant qu’on produisait l’album, et de leur rendre hommage.

Depuis «Rupture», vous avez troqué le rock à l’anglaise contre l’electro-pop. Parce que le rock n’a plus trop la cote?

Après deux albums avec des guitares, j’en avais marre, même si j’aime beaucoup ce qu’on faisait avant. Je n’ai jamais voulu suivre les modes, mais elles m’influencent forcément. Surtout, l’electro offre des possibilités illimitées d’arrangements et de sons, cette richesse m’apporte plus de satisfaction.

Vous transformez maintenant vos concerts en dancefloors?

Sur scène, même si l’on veut faire danser le public, on reste un groupe de rock: nos shows déménagent!

Stevans a récemment tourné en Chine. Une chance rare pour des Suisses. C’était comment?

Génial! On y est allés dans le cadre du festival Mars en folie, consacré à la francophonie, avec des groupes belge, canadien et français. On a joué dans six villes. Après les concerts, on passait un long moment avec les Chinois à faire des photos et à discuter. Là-bas, les gens n’ont pas autant de choix de spectacles qu’en Occident, ils sont moins blasés. Et on est exotiques pour eux.

Vous aviez déjà joué dans des pays lointains.

On est allés au Pérou en 2018 et au Vietnam il y a quelques années. On va sûrement retourner en Chine, car on a eu de bons retours, on a un tourneur là-bas, et l’ambassade et les consulats sont prêts à nous aider financièrement. En plus, deux Chinoises veulent créer un fan club et une page Weibo, qui est l’Instagram local.

Votre but, c’est de vous internationaliser?

Tous les musiciens helvétiques en rêvent, car on a vite fait le tour de la Suisse romande. D’ailleurs, Stevans joue plus dans la partie alémanique qu’ici.

Mais il n’est pas facile de s’exporter. Pourquoi?

Par rapport aux milliards qui sont brassés chez nous, le budget alloué à la culture est dérisoire. En Belgique, autre petit pays, il est plus élevé. Le second problème, c’est que la Suisse a des complexes d’infériorité par rapport à sa musique, qui n’a pourtant rien à envier à celle de beaucoup d’artistes étrangers. La route est longue pour les musiciens suisses, mais on ne s’en sort pas trop mal.

J’ai toujours été le pitre, l’original de la famille

 

Vous parvenez à vivre de votre musique?

Quand on a plusieurs concerts, qu’on sort un album, l’argent rentre. Certains de mes musiciens jouent dans d’autres groupes, mon guitariste a un emploi dans le social. De mon côté, je fais de la comédie en parallèle ou des jobs alimentaires à mi-temps. Je dois faire des sacrifices et je n’ai pas, pour le moment, les finances pour fonder une famille, mais je suis heureux comme ça.

Vous êtes comédien sous le nom d’Evrard. Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle carrière?

Un jour, ma mère a rencontré le metteur en scène Pierre Naftule et lui a parlé de moi. Il m’a fait passer le casting de la Revue genevoise en 2016. J’ai été pris et ensuite un des comédiens m’a proposé d’assurer sa première partie, puis j’ai écrit le spectacle «Evrard se teste», que j’ai joué quelques fois. Je vais continuer dans cette voie, qui m’apporte une satisfaction énorme, même si le public est très exigeant et que ce n’est pas facile d’être seul sur scène.

Vous avez récemment fait des chroniques matinales sur One FM. Une casquette de plus!

C’était un délire pendant deux semaines avant un showcase que cette chaîne organisait. La radio, c’est un sacré rythme, et un défi. C’était une expérience géniale, je serais content de continuer.

Etre musicien ne vous suffit plus?

Toutes ces activités sont complémentaires, et ça fait du bien de penser à autre chose, Stevans occupant beaucoup mon temps et mon esprit. Et, si un domaine piétine, j’ai autre chose. Je ne m’ennuie jamais, c’est anti-routine!

Votre père était ambassadeur. On est loin du rock et de la pop! L’univers bourgeois ne vous convenait pas?

J’ai toujours été le pitre, l’original de la famille. Mes parents sont très cool, ma mère joue du violoncelle et mon père a vite compris que je n’allais pas étudier le droit et les sciences politiques; c’est mon grand frère qui a suivi cette voie.

Yvan Franel lors de notre rencontre à Genève parlant du milieu hôtelier où il s'est formé: «C'est assez magique, j'adorerais revivre des coups de feu en cuisine.»

Vos parents ont facilement accepté votre carrière de musicien?

Après mon premier semestre à l’Ecole hôtelière de Lausanne, j’avais raté mes examens et je leur avais annoncé que je voulais arrêter et faire de la musique. Ils m’ont dit d’aller au bout de mes études, qu’elles me serviraient et qu’ensuite ils me soutiendraient. Je les remercierai toujours, car ce diplôme me permet de trouver des jobs assez facilement.

Les affectations de votre père vous ont conduit dans combien de pays pendant votre enfance?

On changeait de pays tous les trois ou quatre ans. On est d’abord allés en ex- Yougoslavie, puis en ex-Zaïre, ensuite en Indonésie, en Grèce et au Maroc. J’ai d’excellents souvenirs de ces endroits. C’était une vie agréable, enrichissante et on a toujours eu de bons rapports avec les habitants.

Plusieurs enfants de diplomates étaient envoyés en internat en Suisse parce qu’ils ne supportaient pas le changement, mais moi j’adorais.

Qu’est-ce qui a vous a poussé à étudier à l’Ecole hôtelière de Lausanne?

Notamment l’envie de retrouver un climat international. Cette école, c’est comme une famille. Quand on rencontre des personnes qui y ont étudié, un lien automatique se crée.

Quelle importance a l’hôtellerie pour vous aujourd’hui?

Dans le passé, j’ai été gérant d’un restaurant de sushis pendant un an. A part ça, je n’ai plus remis les pieds dans l’hôtellerie. Mais j’ai gardé un lien étroit avec ce milieu en tant que client. Ça peut être un métier ingrat, il faut être passionné, mais c’est assez magique, j’adorerais revivre quelques coups de feu en cuisine.

Vous aimez être aux fourneaux?

Je me cuisine des choses simples; j’aime avoir de bons aliments et pas forcément faire de grandes préparations. Je dois utiliser à peine 10% de ce que j’ai appris à l’école hôtelière, mais grâce à ces études, je sais apprécier les bons mets, cuissons et sauces à leur juste valeur. J’adore bien manger et si je dois dépenser mon argent, ce sera dans un bon restaurant.

Comment vous voyez-vous dans dix ans?

J’aimerais ne pas être obligé d’avoir de temps en temps des jobs à mi-temps, et continuer à voyager. Avec la musique, l’un de mes objectifs est de retrouver ce que j’ai connu dans mon enfance avec mes parents. J’ai envie d’aller jouer à l’étranger toute ma vie!

Prochains concerts de Stevans : 

  • 18 mai, 14h, Kobel Gartenbau, à Bubikon (ZU)
  • 31 mai, 19h45 Music Days, à Steffisburg (BE)
  • 6 juillet, Eschenbacher Festival, à Eschenbach (SG)