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INTERVIEW
DON JOHNSON

«Un acteur est comme un détective»

Don Johnson est à l’affiche du polar jubilatoire «A couteaux tirés». Il nous parle de son rôle dans ce film mais aussi de sa famille et de ses enfants. Rencontre avec un comédien et père fier et très zen.

TEXTE
09 décembre 2019
A quelques jours de ses 70 ans, l’acteur Don Johnson, qui est le volage Richard Drysdale dans «A couteaux tirés», vous salue!

A quelques jours de ses 70 ans, l’acteur Don Johnson, qui est le volage Richard Drysdale dans «A couteaux tirés», vous salue!

Il est l’inoubliable Sonny Crockett de «Deux flics à Miami», l’une des séries les plus emblématiques des années 1980. Don Johnson revient au premier plan avec «A couteaux tirés» (actuellement en salle), un exaltant thriller policier au casting cinq étoiles et à l’humour noir qui dépoussière Agatha Christie. Le pitch? Au lendemain de son 85e anniversaire, Harlan Thrombey (Christopher Plummer), un célèbre auteur de polars, est retrouvé la gorge tranchée dans son manoir. Le détective Benoit Blanc (Daniel Craig) mène l’enquête auprès de la famille fortunée du défunt dont tous les membres (campés notamment par Jamie Lee Curtis, Chris Evans ou Toni Collette) ont quelque chose à cacher… L’acteur et chanteur américain, qui fêtera ses 70 ans le 15 décembre, a toujours fière allure lorsqu’il nous reçoit dans un palace londonien pour évoquer son rôle, sa carrière et sa famille. L’ancien époux de Melanie Griffith (dont il a divorcé deux fois) et père de Dakota Johnson, est remarié depuis 20 ans et a cinq enfants.

Pourquoi avez-vous eu envie de participer à ce film?

Parce que quand j’ai lu le script, je n’ai pas pu m’empêcher de l’avaler d’une traite. Et qui refuserait l’occasion de travailler avec le réalisateur Rian Johnson?

Comment avez-vous construit votre personnage?

Un acteur est comme un détective. Mieux il enquête sur son personnage, plus il se pose de questions à son sujet, plus celui-­­ci aura du relief. A quoi ressemblait son enfance? Avait-il des frères et sœurs? Des divorces? Et puis j’ai des rituels et des trucs pour absorber tout ça dans mon inconscient et construire ainsi un personnage plus complet et différent de mes autres personnages ou de moi.

«Je ne me sens pas bien quand je mens, donc je dis la vérité»

 

Comment décririez-vous ce personnage de Richard Drysdale?

C’est un homme entretenu! Tout le monde porte un masque dans la vie: le banquier, le dentiste, le thérapeute. Et ce masque sert généralement à dissimuler sa peur, ou à gagner sa vie pour étouffer sa peur! Tous les membres de cette famille prétendent être financièrement indépendants mais vivent en fait aux crochets d’une personne, Harlan Thrombey, et pensent que tout leur est dû. C’est l’une des choses que j’ai adorées dans le scénario, les mensonges éla­borés que les gens racontent sur eux-mêmes pour s’accommoder de la réalité.

Votre personnage n’est pas un père exemplaire…

Il m’est arrivé de jouer de bons et de mauvais pères. Je pense que les enfants observent leurs parents et prennent modèle sur eux. Si les parents trichent, mentent ou volent, les enfants font pareil. S’ils se rendent utiles, et à mes yeux se rendre utile est le plus grand accomplissement d’un être humain dans sa vie, leurs gosses les imitent. D’une façon ou d’autre autre, c’est toujours un challenge avec les enfants. Parfois, ils naissent avec leurs propres défis à relever et circonstances qui sont différents des nôtres. Et la façon de les gérer, c’est généralement avec amour et attention.

En jetant un regard d’ensemble sur votre carrière d’acteur, voyez-vous différents moments, différents actes ?

Non, je considère ma carrière comme un tout. J’ai eu beaucoup chance. J’ai trouvé très jeune un métier que j’aimais et je m’y suis investi à 100%. Et croyez-moi, cela n’a pas été facile. J’ai ramé et crevé la dalle pendant une douzaine d’années avant de gagner réellement de l’argent. Mais j’adorais mon boulot. Et je n’ai pas mal pris le fait que je ne gagnais peu ou que je devais pointer au chômage parce que je n’avais pas bossé pendant des mois. Je suis resté concentré et me suis répété : « Je sais que je suis bon et que j’y arriverai un jour. »

Mais quel a été le tournant pour vous ?

Il n’y a pas eu de tournant. On peut dire que « Deux flics à Miami » est ce qui m’a catapulté vers la reconnaissance internationale mais j’avais déjà un nom avant ça. J’étais un acteur respecté et j’avais déjà joué dans plusieurs films, séries télévisées et pièces de théâtre.

Pourriez-vous imaginer vous investir aujourd’hui à long-terme dans une série ?

Cela dépend de l’organisation. J’ai appris à ne jamais dire « jamais » mais je ne me vois pas m’engager dans une série qui me prenne autant de temps et d’énergie que « Deux flics à Miami » parce que c’est beaucoup de boulot. Une journée de 12 à 14 heures, 5  jours par semaine, sur le plateau d’une série télé, c’est épuisant. Cela ressemble à un marathon. Quand tu te pointes le premier jour au boulot, c’est comme si tu venais de rater le train à la gare et tu passais les neuf prochains mois à courir derrière !

Etes-vous bon menteur dans la vie?

Je ne me sens pas bien quand je mens donc je dis la vérité. En plus, j’oublie les mensonges que je raconte alors…

Est-ce original de toujours dire la vérité à Hollywood?

Je ne pourrais pas vous dire. Je ne peux pas parler au nom des autres, juste de moi. Si la vérité risque d’être douloureuse pour quelqu’un, alors j’évite de répondre à une question ou je reste vague. Mais généralement, je ne mens pas.

Qu’est-ce que ça vous fait d’incarner un supporter de Trump dans ce film?

J’ai de la famille dans le Missouri qui vote pour Trump donc j’ai très bien pu me documenter sur le sujet!

Mais que pensez-vous des petites allusions à la politique dans le film?

Elles sont fabuleuses. Je ne pense pas qu’il soit approprié pour un acteur d’exprimer ses opinions politiques mais j’adore l’idée de soulever des problèmes sociaux dans un thriller policier.

Pourquoi les acteurs ne devraient-ils pas exprimer leurs opinions politiques?

Parce que je me méfie et je ne suis pas le seul. Sont-ils motivés par leur propre ego ou réellement investis dans les causes qu’ils soutiennent? Il y a des gens qui sont sincèrement engagés dans ce qu’ils font. George et Amal Clooney ont fait une énorme différence dans le domaine des droits humains et les problèmes au Darfour. Et l’engagement d’Angelina Jolie pour la justice et l’aide sociale à travers son rôle aux Nations unies est bien documenté. Mais ces gens-là ont investi leur temps et énergie pour servir leurs causes. Et je respecte ça. Mais trop souvent on voit des acteurs dire leurs opinions sur des thèmes compliqués qu’ils n’ont pas étudiés. Et je pense que les gens se demandent s’ils ne calquent pas leurs opinions sur celles de la majorité.

De quoi êtes-vous le plus fier parmi tout ce que vous avez accompli?

(Il réfléchit) Je suis infiniment fier de mes enfants, non pas de leur succès mais de qui ils sont. Ce sont de bonnes personnes. Ils ont des caractères bons et forts, sont de vrais bosseurs et aiment sincèrement se rendre utiles. Chaque année à Noël, à Thanksgiving, à Pâques, j’emmène toute la famille dans des foyers pour sans-abris, des orphe­linats et des hôpitaux pour enfants. On dialogue avec les gens qui servent de la nourriture, lisent des histoires aux gosses et des choses comme ça. On entre dans ces lieux en pensant qu’on fait ça pour ces gens et on en ressort en se disant «ouah, je me sens tellement bien». Et donc mes enfants poursuivent cette tradition.

Michael Caine affirme qu’un acteur ne prend jamais sa retraite. Etes-vous d’accord avec lui?

Oui. Enfin, cela dépend. Je suis assez heureux dans ma vie quotidienne et ne m’ennuie pas quand je ne joue pas la comédie. Je peux aller m’asseoir dans les bois pendant des heures.

Qu’est-ce que vous y faites? Vous vous y asseyez et c’est tout?

Oui. Je m’assieds et j’écoute. Je respire et j’apprécie la paix, la quiétude. C’est fantastique et une façon de me recharger.