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INTERVIEW
DERRIèRE L'ÉCRAN

Alexis Favre, d'«Infrarouge»

Le 6 février, l'émission Infrarouge aura 15 ans. Une grande année, qui annonce une refonte complète de l’émission de RTS Un, comme nous le révèle son présentateur, Alexis Favre, parmi d’autres confidences.

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RTS Jay Louvion | Patrick Gilliéron Lopreno
04 février 2019

Alexis Favre, d'«Infrarouge», court, nage dans le lac (même en hiver), cuisine et adore Belmondo.

Alexis Favre anime seul le rendez-vous hebdomadaire de débat d’actualité, après le départ de sa collègue Esther Mamarbachi en juin dernier. Engagé en septembre 2017, le journaliste de 40 ans a débuté dans la presse écrite, à L’Hebdo, puis a travaillé au Matin Dimanche, à la chaîne La Télé et au Temps. Professionnel, charismatique, sympa, d’une aisance folle à l’écran, il était la recrue parfaite pour cette émission phare de RTS Un. Celui qui interroge les autres inverse les rôles pour notre interview, exercice qu’il trouve «étrange», nous dit-il en préambule.

Etes-vous incollable sur l’histoire d’«Infrarouge»?

Avant d’être engagé, je regardais régulièrement l’émission. L’époque où le décor était un ring m’a marqué. C’était alors un face-à-face avec des invités qui étaient faits pour ne pas s’entendre. Je me souviens de la confrontation entre Jean Ziegler et Oskar Freysinger.

Un souvenir marquant en tant que présentateur?

J’ai fait une quarantaine d’émissions, c’est si récent que je ne sais pas si l’on peut appeler ça des souvenirs. Mais je dirais celle sur le Valais au moment où les affaires s’accumulaient. Les Valaisans que nous avions invités avaient beaucoup hésité à venir. Finalement, ça a été une heure intense, émouvante, presque une thérapie de groupe. Après le générique de fin, les invités m’nt souri. L’un d’eux nous a dit qu’il avait eu tort de ne pas nous avoir fait confiance.

Avez-vous été surpris du départ d’Esther Mamarbachi?

J’ai senti en arrivant que mon rôle allait être appelé à augmenter, mais je ne pensais pas qu’elle partirait si vite. Elle m’a beaucoup appris, elle était d’une grande générosité avec moi.

Etre seul à l’antenne, c’est comment?

La pression est plus grande, mais il y a toute une équipe autour de moi et mon coproducteur, Jean-Marc Aellen. «Infrarouge», c’est un vrai travail collectif. Et je ne suis pas tout à fait seul à l’antenne, puisque Jean-Marc parle dans mon oreillette.

L’émission est en direct depuis janvier. Pourquoi ce changement?

J’ai toujours pensé que le direct était un ingrédient essentiel à un débat télévisé. Ça me paraît plus juste de voir la discussion au moment où elle a lieu. De plus, on veut renforcer l’interactivité avec le public. On diffuse également l’émission en direct sur Facebook, on a des centaines de commentaires chaque fois, cela amène une plus-value.

L’autre raison, c’est qu’en cas de problème, on ne peut pas s’interrompre. Je pense que le téléspectateur d’un débat est comme celui qui regarde la Formule 1: il espère secrètement voir un accrochage.

D’autres changements à venir?

On travaille à une refonte de l’émission pour janvier 2020. Ce sera toujours un débat d’actualité, mais tout le reste changera. Les gens ont d’autres choses à faire que de nous regarder, on doit être très exigeants dans ce qu’on leur propose.

Un jour, un téléspectateur m’a écrit qu’il avait perdu une heure à regarder l’émission. Cela ne doit plus arriver.

On veut un journalisme plus constructif, des débats non systématiquement contradictoires, une émission plus flexible. Cela suppose un dispositif de plateau et une structure plus souples afin de faire du sur-mesure pour chaque émission.

Selon vous, y a-t-il assez de débats dans les médias suisses?

Les chaînes locales font un travail génial. Le débat est partout dans notre pays, il est crucial, il permet aux Suisses de dire ce qu’ils pensent. Tout est politique, du platane dans la rue à l’adhésion à l’Union européenne. Certains peuples s’enfoncent dans la colère, nous, on a de manière effective voix au chapitre sur beaucoup de choses; on a notre destin en main.

Vous débattez aussi en famille, avec vos amis?

Je suis né dans un environnement ultra-­politisé, avec une mère socialiste et un père libéral. On a toujours parlé politique et ça continue aujourd’hui. On a un plaisir excessif du débat et de la contradiction, ce qui a provoqué beaucoup de disputes en famille et entre amis.

Votre femme, Jennifer Covo, est présentatrice du TJ le week-end, et vous avez un fils. Les horaires irréguliers des journalistes ne sont pas simples avec la vie de famille...

Cela suppose une logistique et une organisation de tous les instants, qui plus est avec un enfant de 3 ans et demi. Mais c’est le lot de tous les parents.

Votre êtes discrets sur votre couple. C’est voulu?

Oui. On considère que c’est notre vie privée.

«Infrarouge» est très suivie, pourtant vous accordez assez peu d’interviews. Pourquoi?

Je pense que les journalistes ne sont pas les personnes les plus intéressantes à interviewer. A moins qu’ils n’aient écrit dans le journal français Combat avant et après la Libération ou fait tomber un président américain…

J’apparais dans la lucarne une fois par semaine et dans des teasers sur les réseaux sociaux. Je donne parfois des interviews, mais si l’on veut passer son temps dans les magazines, il vaut mieux être acteur.

Vous auriez voulu l’être? Vous avez fait du théâtre au collège.

Je l’envisageais très sérieusement entre 20 et 25 ans. J’ai renoncé, pour des raisons bonnes et mauvaises. Je ne le regrette pas.

Il paraît que vous cuisinez...

Je peux passer une journée à préparer un repas ou une sauce, c’est un plaisir. J’ai perdu le goût pendant quelque temps, à cause d’une sinusite, je me suis alors rendu compte à quel point j’aimais la nourriture.

Vous avez une spécialité?

Je cuisine tout ce que vous voulez! J’ai des périodes avec les plats. Là, je ferais bien un coq au vin, une recette de grand-mère simple et roborative. J’aime les plats qui ont de jolis noms.

Vous êtes également un grand sportif?

Je cours, comme beaucoup de mes semblables de 40 ans! Mais plus depuis quatre mois à cause d’une tendinite. Cet arrêt est une torture! En général, je cours un jour sur deux et les autres jours, je nage dans le lac. Même en hiver, avec une combinaison.

Ce qui fait beaucoup d’activités!

Certaines personnes disent qu’elles n’ont pas le temps de faire du sport. On a tous du temps, puisque l’on s’arrête tous à midi. Il suffit de faire du sport à ce moment-là et de manger un sandwich après. Si l’on a des clients à voir, on peut courir avec eux à midi.

Animer un débat, c’est du sport aussi?

Il peut y avoir des invités ingérables qui provoquent des altercations dès le début de l’émission et la gâchent. Il ne suffit pas de réunir plusieurs personnes autour d’une table, comme je le croyais avant.

L’émission doit être bien construite et pensée, donc avoir une dramaturgie, un scénario, le danger étant qu’elle paraisse scénarisée. Il faut trouver la bonne alchimie.

 

 

Alexis Favre (40 ans), lors de notre interview: «Je suis né dans une famille où on a un plaisir excessif du débat et de la contradiction.»

 


Belmondo, le TJ, la RTS, l’interview continue

A vos débuts, rêviez-vous de télé?
Quand j’avais 20 ans, oui. Je suis un enfant de la télé. J’ai travaillé sur une chaîne locale, mais lorsque je suis retourné à la presse écrite je ne rêvais pas du petit écran, je faisais passionnément du journalisme d’investigation.
Comment êtes-vous venu à ce métier?
Mon beau-père était journaliste et dans ma famille il y a toujours eu de l’intérêt pour les journaux et la marche du monde. Je suis hyper curieux, c’est un bon métier pour assouvir sa curiosité. Je suis un extraverti, je vais vers les autres, là je peux aller vers qui je veux, c’est fantastique.
Vos opinions ont-elles parfois changé en entendant les arguments de certains invités?
C’est arrivé. La question de mes opinions est importante. Je viens des médias privés, où je pouvais afficher mes positions, ce qui n’est pas le cas au service public. Mais, si l’on est bienveillant et respectueux des avis des uns et des autres, il n’est pas dramatique qu’un bout d’opinion personnelle apparaisse çà ou là en filigrane. 
Comment se passent vos journées de travail?
Elles sont toutes différentes. Le jeudi, lendemain d’émission, est plutôt calme. Le vendredi est assez chaud, c’est un peu le premier jour de la semaine, on trouve le sujet de la prochaine émission, on invite quelques personnes. Le lundi, on confirme ou on infirme le thème, on commence à construire l’émission et on continue le casting. Le mardi ressemble un peu au lundi. Le mercredi, c’est jour d’émission. Mais il peut arriver que l’on doive tout changer au dernier moment, comme en 2017, lorsque Johnny Hallyday est mort une nuit entre mardi et mercredi. 
Les réseaux sociaux et Internet occupent pas mal les jeunes, l’audience de la télé vieillit donc. Ce qui doit inquiéter la RTS?
La télévision est un peu au début de ce que traverse la presse écrite depuis 10 ans. On est très attentifs à l’audience classique. Mais il y a aussi l’audience et l’empreinte sur Internet. Pour l’instant, l’audience de Facebook n’est pas comptabilisée avec celle de l’antenne, et nos vidéos qui deviennent virales sur Twitter ne sont pas prises en compte. La mesure de l’audience est en pleine redéfinition.
On vous a proposé de présenter le TJ?
Il n’y a qu’un seul Darius Rochebin, qu’une seule Jennifer Covo, qu’un seul David Berger! Non, on ne me l’a pas proposé. 
Quels journalistes de télévision sont des modèles pour vous?
Il y en a beaucoup, dans différents registres. En Suisse, Jean-Philippe Rapp et Christian Defaye m’ont pas mal inspiré, c’étaient des personnages. En France, Yves Calvi, qui a apporté quelque chose de très nouveau au débat d’actualité. J’ai été fan de Philippe Gildas et Antoine de Caunes à la grande époque de Canal +. J’apprécie et respecte Michel Drucker, qui a tout vécu et qui est toujours là. Je citerais également Christine Ockrent et Anne Sinclair. Quand j’étais petit, je regardais cette dernière dans son émission «7 sur 7», elle m’impressionnait beaucoup. Aux Etats-Unis, Jimmy Fallon et John Oliver. 
Côté grand écran, votre idole, c’est Jean-Paul Belmondo.
Bébel, c’est mon enfance. Un bon Bébel, c’est à la fois une madeleine de Proust, une pilule de Xanax, un bon verre de rouge et un whisky au coin de feu. 
Lequel de ses films préférez-vous?
J’hésite entre «Le Magnifique» et «L’as des as», mais je penche pour le second. 
Votre père avait une compagnie d’aviation, vous a-t-il fait aimer les voyages?
J’adore voyager. Mais il ne m’a pas transmis le virus, je n’ai pas passé le brevet de pilote, ce n’est pas de là que vient, je crois, mon goût des voyages. Ou alors c’est freudien!