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SPéCIAL ITALIE
INTERVIEW

«Rome, une ville à mille strates»

L’ambassadeur de Suisse en Italie, Rita Adam, nous parle de son lien avec la péninsule, de la grande beauté de Rome, de la fierté qu’elle y éprouve pour les architectes tessinois Fontana, Borromini et Maderno. Et de la surprenante cuisine italienne.

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Giliola Chisté
05 août 2019

Rita Adam, née à Bienne en 1969, est ambassadeur de Suisse en Italie, à Malte et à Saint-Marin, avec résidence à Rome.

Tempérament vif, ouverture d’esprit et envie de découvrir une ville jusque dans ses moindres recoins: c’est sous le signe du dynamisme que démarre le nouveau défi italien de Rita Adam, depuis huit mois ambassadeur de Suisse dans une Rome qui s’est immédiatement révélée bouleversante. «En allemand, nous dit-elle, il y a ce mot, überwältigend, qui décrit parfaitement l’impact que Rome a eu sur moi. Comme lorsque vous tombez sur une chose dont la beauté vous enveloppe au-delà de toute attente. L’onde de choc d’une réalité qui, vécue de l’intérieur, se montre bien plus forte qu’on ne l’imaginait.»

Pourtant vous connaissiez l’Italie…

Oui, j’ai souvent voyagé en Italie depuis mon enfance. Quand j’étais petite, j’allais en vacances avec mes parents au bord de la mer, sur l’Adriatique, la mer Tyrrhénienne ou en Sardaigne, mais aussi en Calabre et dans les Pouilles. Voyager dans un pays n’a toutefois rien à voir avec le fait d’y vivre ou d’y travailler. A 17 ans, au gymnase, quand il a fallu choisir une seconde langue étrangère, j’ai opté pour l’italien, contrairement à la plupart de mes amis qui se tournaient vers l’anglais. Nous n’étions que quelques-uns à faire ce choix, ce qui a été une chance, car nous avons pu apprendre la langue et la culture de manière approfondie, notamment par la lecture de Dante, grâce à un très bon professeur.

«Ces expériences directes m’aident à bousculer les clichés»

 

Un sentiment inévitablement nourri par cet immense écrin d’œuvres d’art que constitue Rome…

Je me souviens d’un voyage scolaire avec le lycée, et des étapes classiques que l’on parcourt lorsque l’on visite Rome pour la première fois: le Vatican, le Colisée, l’obélisque de l’Esquilin. Mais dès qu’on connaît un peu mieux la ville et sa complexité, on comprend que Rome est une sorte de gâteau à mille strates. Son charme et sa grande beauté ont du mal à tenir sur une carte touristique. Depuis que j’ai emménagé ici, je donne souvent rendez-vous à une historienne de l’art afin d’explorer des endroits moins connus de la ville.

Parmi les nombreux parcours possibles se trouve aussi celui qu’ont tracé les grands architectes tessinois, qui ont apporté leur contribution à la formidable beauté romaine, et non des moindres…

Il n’y a que l’embarras du choix. De la basilique Saint-Jean-de-Latran à l’église Saint-Charles-des-Quatre-Fontaines en passant par le palais du Quirinal. Savoir que, durant la remise de mes lettres de créance au président de la République, Sergio Mattarella, j’étais aussi symboliquement accompagnée par le génie créateur du Tessin m’a remplie de fierté. La cérémonie d’accréditation dans un pays étranger est toujours un moment émouvant, qui se déroule avec une solennité toute particulière en Italie.

On peut donc trouver du plaisir, même quand on participe à des cérémonies officielles…

Je suis à Rome, parce qu’on m’a chargée de défendre les intérêts de la Suisse en Italie. J’ai le privilège d’assumer cette responsabilité dans le contexte unique de cette ville merveilleuse. Certains moments restent donc forcément gravés dans mon cœur, comme la cérémonie de remise des lettres de créance au Quirinal ou quand j’ai vu pour la première fois le pape au Vatican, dans la salle Clémentine, pour un prix décerné à Mario Botta.

Et quel est l’état actuel des relations entre la Suisse et l’Italie?

Les rapports entre les deux pays sont particulièrement intenses et variés, à tous les niveaux. Les données économiques parlent d’elles-mêmes: il suffit de rappeler que l’Italie est notre troisième partenaire commercial. Que c’est en Suisse que vit la troisième plus grande communauté italienne au monde, et que les citoyens suisses sont largement représentés en Italie. Sans oublier l’importance des échanges culturels et scientifiques. Tous ces liens forment un contexte privilégié, où nous évoluons pour trouver des solutions constructives quand des obstacles se présentent. Ma priorité est de faire progresser concrètement les dossiers en suspens, comme celui de la fiscalité des frontaliers ou de Campione d’Italia.

Comment ces questions sont-elles abordées en milieu diplomatique?

L’objectif du travail diplomatique est de trouver des solutions bilatérales et multilatérales. C’est pour cette raison qu’il faut faire preuve de persévérance. Heureusement, je suis une personne naturellement ouverte au débat et à la confrontation. D’ailleurs, dès le gymnase, j’ai compris que j’étais attirée par le monde de la diplomatie: j’ai toujours aimé l’idée de travailler à des solutions pour faciliter les rapports entre les différents pays.

«L'Italie est notre troisième partenaire commercial et c'est en Suisse que vit la troisième plus grande communauté italienne au monde.»

Des aptitudes qui vous servent encore aujourd’hui…

Bien sûr, nouer des contacts et exposer son point de vue de manière convaincante est le pain quotidien du diplomate. Il faut donc être doté d’une personnalité extravertie. La plus grande partie de ce travail a lieu à Rome, centre politique du pays, mais j’essaie régulièrement de trouver le temps de me rendre en dehors de la capitale. Je profite systématiquement de déplacements dans les régions italiennes pour rencontrer des entreprises et des personnalités suisses ou pour visiter les quatre écoles suisses qui ont leur siège en Italie, pour cultiver le dialogue et évaluer les possibles ini­tiatives communes. Ces expériences directes dans les rapports italo-suisses m’aident aussi à bousculer les clichés et la façon dont la Suisse et l’Italie sont perçues de l’étranger.

Pouvez-vous nous en citer un, par exemple?

Eh bien, vu que nous parlons de voyages, on imagine souvent l’Italie comme un pays chaotique, où les trains sont fréquemment en retard. Dans ce domaine cependant, mon expérience personnelle est bien différente. Je trouve que le réseau ferroviaire à grande vitesse fonctionne très bien; je ne prends d’ailleurs presque jamais l’avion. L’Italie présente aussi des technologies à l’avant-garde et des industries très innovantes. Ce n’est pas seulement, comme le veut justement un autre stéréotype, un pays où l’on mange bien.

Ce qui n’est cependant pas faux…

Bien évidemment, d’autant que la cuisine italienne est surprenante, non seulement en raison des techniques de préparation, mais aussi de la qualité élevée des produits et de l’amour qui l’entoure. Des aliments simples, comme la finocchiona ou la ricotta de brebis, sont un pur délice.

Portrait

  • Rita Adam, née en 1969 à Bienne, parle allemand, français, italien et anglais. Elle a étudié le droit à l’Université de Berne où elle a passé son brevet d’avocate en 1996.
  • Au tournant du siècle, elle a suivi une formation auprès de la mission suisse de l’ONU à Genève.
  • Entre 2005 et 2008, elle dirige le service des affaires juridiques et de la communication auprès de l’ambassade de Suisse à Paris.
  • En 2014, Rita Adam devient ambassadeur de la Confédération suisse en Tunisie, poste qu’elle occupe jusqu’au mois de novembre 2018 avant d’être nommée ambassadeur en République italienne, en République de Malte et en République de Saint-Marin, avec résidence à Rome.