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INTERVIEW
BRAD PITT

«N'oubliez pas les femmes!»

Brad Pitt campe un astronaute à la recherche de son père disparu dans l’épopée spatiale «Ad Astra», qui sort ce mercredi. Rencontre avec un sex-symbol hollywoodien de retour au sommet.

16 septembre 2019

C’est un Brad Pitt souriant, décontracté et visiblement bien dans sa peau qui nous reçoit dans une suite de l’hôtel Excelsior pendant la Mostra de Venise. L’œil rieur sous une casquette anglaise, le bouc grisonnant et le biceps saillant, la superstar hollywoodienne de 55 ans en paraît facilement dix de moins.

Après son divorce houleux d’avec Angelina Jolie et un passage aux Alcooliques Anonymes, l’acteur, producteur et père de six enfants, semble avoir repris du poil de la bête. Il est là pour évoquer son nouveau film, «Ad Astra» (au cinéma le 18 septembre), une captivante odyssée spatiale coproduite par sa boîte de production oscarisée, Plan B. Brad Pitt incarne le commandant Roy McBride, un astronaute envoyé sur Neptune pour retrouver son père (Tommy Lee Jones) – un légendaire astronaute disparu en mission seize ans plus tôt – et pour élucider la provenance de mystérieuses surcharges électriques qui menacent la survie de la planète. Une quête riche en suspense mais aussi contemplative qui se penche sur les rapports père-fils et qui met en scène un homme à la fois héroïque, vulnérable et solitaire.

Pas de doute, près de trente ans après ses débuts dans «Thelma et Louise», Brad Pitt est de retour au sommet. Cet été, la presse et le public réservaient un accueil enthousiaste à «Il était une fois à Hollywood», le film de Quentin Tarantino où il joue la doublure d’un acteur de seconde zone campé par Leonardo DiCaprio dans une Mecque du cinéma fantasmée de la fin des sixties.

Etes-vous satisfait de ce film, «Ad Astra»?

Je crois que je ne suis jamais satisfait. Ce film est probablement le plus difficile de tous ceux sur lesquels j’ai bossé. Pas seulement au niveau du tournage mais aussi par rapport au montage. C’est un film très délicat. J’ai été surpris de voir qu’en modifiant un bout de voix off ou un aspect de la musique, ça faisait tout basculer vers quelque chose de trop évident. C’était bien parce que cela signifie que j’ai d’autres choses à apprendre. Une fois que tu crois tout savoir, tu es fichu.

Comment vous êtes-vous identifié à cette histoire?

En m’intéressant aux questions qu’elle pose sur le concept de masculinité et à cette idée que pour être un homme il ne faut pas montrer ses faiblesses, qu’il faut être stoïque et toujours tout comprendre. Ça peut t’empêcher de t’accepter toi-même, d’accepter tes propres blessures, tes défauts, tes regrets. C’est ce que nous avons essayé de représenter dans le voyage vers Neptune, cette nuit noire de l’âme. Il faut accepter toutes les choses qui t’aident à mieux te comprendre toi-même, à être disponible et ouvert à ceux que tu aimes ou à sillonner le monde pour tes enfants. Sur ces aspects, cette histoire me parle.

Votre personnage a beaucoup de peine à être en relation avec le monde et garde toutes ses émotions pour lui. Difficile à jouer?

Non… J’ai tendance à penser, peut-être parce que je comprends ça (rires) que nous avons tous un peu ce problème. Quand nous quittons le nid familial, nous partons avec une sorte de façade qu’on s’est construite et, avec l’âge, il me semble qu’on la démantèle et devient plus sensible, plus vulnérable, plus ouvert. Ou alors on renforce nos préjugés et on devient de vieux suprémacistes grincheux ou quelque chose du genre!

Etes-vous fier d’appartenir maintenant au club masculin stellaire des astronautes du grand écran?

N’oubliez pas les femmes! Merci Sandra Bullock! (ndlr: star de «Gravity» en 2013. Il y a eu ensuite «Interstellar» et «First Man»). Je ne voulais pas refaire ce qui a déjà été fait – et très bien par ailleurs. Ce que j’ai trouvé malin dans le scénario de James (ndlr: James Gray, le réalisateur), c’est la banalité du voyage spatial qu’il dépeint. Il dit: «Voyager en autocar ou en avion craint. Et ça craint aussi dans une fusée de Virgin Atlantic.» Pardon, j’ai oublié votre question…

Le club des astronautes…

James m’a montré cette citation d’Arthur C. Clarke (ndlr: auteur de science-fiction et coscénariste de «2001: l’odyssée de l’espace»): «Soit nous sommes seuls dans l’univers, soit nous ne le sommes pas. Dans les deux cas, c’est terrifiant.» J’ai trouvé ces prémisses vraiment intéressantes. On a épuisé l’idée selon laquelle les extraterrestres sont bienveillants, vont nous impartir leur sagesse et que nous allons évoluer de façon exponentielle. Ou alors qu’ils vont venir nous détruire et nous devons les vaincre et les exterminer. Et s’il n’y avait que nous dans l’univers?

Dans le film, la Lune a été colonisée et souffre de problèmes semblables à ceux de la Terre. Etes-vous plutôt optimiste ou pessimiste par rapport à l’avenir de l’humanité?

Je suis optimiste par rapport aux humains et au fait qu’ils finiront par faire ce qu’il faut. Il est aussi vrai que d’habitude on laisse les choses aller trop loin. Par exemple, il faut que l’Amazonie brûle pour qu’on y prête attention.

Brad Pitt annonce qu?il va prendre du temps pour ses hobbies, la sculpture et l?aménagement paysager.

Vous êtes toujours un sex-symbol à 55 ans. Est-ce une question de gènes? La scène où vous enlevez votre chemise dans «Il était une fois à Hollywood» a fait parler…

(Un peu gêné, il abaisse sa casquette comme pour se cacher le visage.) Peut-être que les gens n’en reviennent pas qu’un vieux mec puisse toujours être en forme! Je ne sais pas. C’est très flatteur et marrant. J’espère que mon travail fait aussi parler de lui.

En vous regardant jouer face à Leonardo DiCaprio, on se dit que vous pourriez avoir le même âge, même si vous avez dix ans de plus que lui. Quel est votre secret pour avoir l’air si jeune?

Hum… j’allais dire le fait d’utiliser une ponceuse (rires). J’essaie de manger sainement pendant la semaine. Je triche les week-ends. Je crois à la triche. Je ne pense pas qu’on puisse faire attention tout le temps. Ça devient trop ennuyeux. J’essaie de faire de l’exercice quatre fois par semaine et parfois plus si un rôle l’exige, comme c’était le cas pour la doublure de «Il était une fois à Hollywood». Après, je suis un peu comme le boxeur qui prend du poids entre deux combats. Donc en toute honnêteté, je me prépare activement pour les combats!

Votre personnage dans «Ad Astra» pleure une ou deux fois. Pleurez-­vous facilement devant la caméra?

Non, pas du tout. Je suis plutôt le gars stoïque qui a de la peine à pleurer dans la vie. Mais mon job est d’interpréter la scène, de rendre ces mots écrits sur la page personnels. Et en faisant ça, je pense peut-être à quelqu’un d’autre. Nous avons tous nos blessures et souffrances qu’on arrive très bien à garder enfouies, en tout cas devant le public. Mais mon job est de focaliser là-dessus et de les exposer. Si ne n’ai pas le sentiment d’être sincère, ça ne va pas le faire pour le spectateur. C’est mon style en tout cas. C’est comme ça que je comprends mon art.

Pour revenir à la citation d’Arthur C. Clarke, évoquée tout à l’heure, la solitude est un thème du film…

Je me demandais si on arriverait à représenter la solitude à l’écran. Le sentiment de solitude est différent du fait d’être seul. Je suis content que vous évoquiez ça parce que ce n’était pas facile à réaliser. La solitude est un sentiment universel, quelque chose qu’on vit tous à différents moments de notre existence, à moins qu’on soit mégalomane. On ne peut pas nier qu’on naît seul et meurt seul. J’aime les philosophes qui essaient de se préparer à ça, pour qu’il n’y ait pas un sentiment de solitude mais juste le fait d’être seul. Je trouve que David Bowie est parti avec beaucoup de grâce. Je me trompe peut-être complètement. Il était peut-être aussi terrifié que nous tous. Mais j’ai l’impression qu’il était prêt et acceptait la mort d’une très belle façon. J’espère m’en aller comme lui. 

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Comment choisissez-vous vos projets? Saviez-vous dès le départ que vous alliez produire et jouer dans ce film?

Oui. Je choisis mes projets comme un gars avec une baguette de sourcier. Je suis mon intuition, pas une méthode scientifique. Si j’ai un bon feeling, je ne remets pas ça en question désormais. Je me lance dans l’aventure et on verra bien. 

Une fois investi dans le film, vous êtes comme un bulldog, raconte James Gray. 

Je suis un peu comme un bulldog parce que je suis accro à la qualité. Pour «World War Z 2», on a un excellent scénario et je voulais qu’il soit réalisé par David Fincher. Le studio ne souhaitait pas dépenser autant d’argent mais maintenant que j’ai vu la vision de David Fincher, je ne peux plus viser plus bas. Et c’est comme ça sur chacun de mes projets.

On dit que vous pourriez être nommé aux Oscars pour «Il était une fois à Hollywood». Il serait temps que vous décrochiez une statuette, non?

On me pose souvent cette question. Primo, je n’ai pas vraiment entendu cette rumeur mais je suis probablement assez bien protégé de tout ça. Je pense que c’est trop tôt pour le savoir. Deuxio, tout ça est très volatile. Chaque année, de grands acteurs sont consacrés et de grandes œuvres ne le sont pas. Quand ton heure sonne, c’est diablement fun. Et si ce n’est pas mon tour, cela veut dire que c’est celui de mes amis et c’est quand même fun. Si tu cours derrière ça, tu es fichu. 

Avoir gagné un Oscar comme producteur pour « 12 Years A Slave » vous suffit.

Oui, absolument. C’était génial, tellement fun. Et pour «Moonlight » aussi.