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Interview
Bruno Peki

Bruno Peki: «La scène me calme»

C’est le dernier-né du stand-up romand. Mais Bruno Peki fait déjà des scènes à mourir de rire, et en plus il aime aider. Rencontre autour de ses deux jobs, de sa famille et des filles.

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Patrick Gilliéron Lopreno
22 avril 2019

Le jeune humoriste Bruno Peki (19 ans) chez lui, avant de monter sur scène dès le 25 avril pour son spectacle «Innocent».

Sa mère nous accueille chez lui au Petit-­Lancy à Genève avec des biscuits et des jus de fruits. Lui nous colle une bise et nous tutoie d’office. Plus tard le jeune homme de 19 ans avoue que sa sœur, son aînée de sept ans, le considère comme son petit bébé et prend très bien ses vannes. Il adore parler boulot, enchaîne les scènes comme un professionnel, travaille le week-end dans des cafés à l’écriture de spectacles avec sa collègue et amie Cinzia Cattaneo, et connaît déjà moult personnes dans le monde de l’humour romand. Né Bruno Hausler, il a dû renoncer à son patronyme, déjà pris par un humoriste français qu’il a rencontré. Discussion avec Bruno Peki, un passionné qui a pris pour nom celui d’un arbre brésilien en hommage à sa maman.

Comment as-tu commencé à faire de l’humour?

En avril 2017. Je voulais faire un one man show pour mon travail de maturité. J’avais commencé le théâtre deux ans auparavant. J’ai pensé à écrire une pièce, mais j’aurais dû compter sur d’autres acteurs, et j’avais peur qu’ils ne soient pas aussi motivés que moi. Je me suis préparé en faisant le Banane Comedy Club. Ça, c’était ma première scène.

Ton travail de matu s’est bien passé?

J’avais peur de ne pas remplir l’aula de mon collège de Saussure (GE), mais finalement il y a eu entre 450 et 500 personnes!

Et qu’est-ce qui a développé ton goût pour le stand-up?

En fait, avant, je faisais du ping-pong quatre à cinq fois par semaine, plus les tournois le week-end, mais j’ai eu envie d’en faire moins et de jouer du théâtre. Je me suis rendu compte que des jeunes Suisses comme Thomas Wiesel faisaient de l’humour, et ça a débloqué quelque chose en moi.

Comment s’est enchaînée la suite?

J’ai envoyé la captation de mon travail de matu au Caustic Comedy Club qui venait d’ouvrir, tout en continuant à faire des scènes. Emilie Chapelle et Olivia Gardet ont accepté, Sébastien Corthésy de l’agence Jokers Comedy était là. J’ai aussi remporté les Best de l’humour.

La journée tu fais ton service civil dans un foyer de jour pour personnes âgées, le soir tu fais des scènes et des vidéos pour Tataki, le week-end tu travailles. Tu es un jeune particulier.

Oui, on peut dire ça! Même si je connais pas mal de jeunes engagés dans des associations, du sport ou de la politique. Mes amis ont aussi un emploi du temps assez chargé.

Tu fais ton service civil dans un foyer de jour. Tu vas continuer?

J’adore vraiment ce que je fais, l’équipe est formidable et les personnes âgées sont adorables. Ça me permet de déconnecter. N’avoir que la scène, traîner avec des gens qui ne font que de la scène, au bout d’un moment, je sature. Tandis que là, j’ai une bulle, assez grande, parce que c’est 40 heures par semaine, où j’ai l’impression d’aider, d’être utile, de faire plaisir différemment. Ça ne me dérangerait pas de continuer, mais à la longue, si je veux vraiment progresser et faire du stand-up mon métier, il faut vraiment que je m’y dédie à 100%.

Est-ce que tu te sens Suisse?

En fait, je me sens Suisse et Brésilien. Je me sens bien à Genève. Grâce à l’humour, je connais assez bien Lausanne et ça me permet de voyager en Suisse romande. Mais je ne connais pas bien tout le reste du pays. Pratiquement tous mes amis ont une double nationalité, j’ai connu pas mal de cultures différentes. C’est en cela que je ne me sens pas que Suisse, mais tout ce qui compose la Suisse, donc forcément d’autres origines, d’autres cultures.

Les gens sont surpris quand tu dis que tu es Brésilien?

Toujours. Encore aujourd’hui, il y a une stagiaire qui est arrivée à mon travail. Elle ne me croyait pas. Les gens s’attendent à ce que les Brésiliens soient métis, aux yeux bruns, pas aux cheveux blonds. Je leur explique à chaque fois qu’il y des gens au Brésil avec la peau blanche, qui ont le même physique que moi, surtout au sud, comme Gisele Bündchen, la top brésilienne.

Qui cuisine chez vous?

Comme je «taffe» beaucoup, je suis rarement à la maison. Ces derniers temps, je n’ai pas mangé chez mes parents. Mon père a une cuisine plus généreuse, avec des produits plus gras. Ma mère prépare des plats plus sains. J’aime autant la cuisine de l’un que de l’autre.

Et toi, tu aimes faire à manger?

Je n’ai pas pris le temps d’apprendre, à part deux ou trois recettes, alors que j’adore cuisiner! J’ai une vanne qui raconte que quand j’étais petit je voulais devenir cuisinier, mais j’ai vite abandonné, parce que c’était trop fatigant, il fallait toujours rester debout… Du coup je fais du stand-up!

Bruno Peki lors de notre interview: «Je me sens bien à Genève et grâce à l'humour, je connais assez bien Lausanne et la Suisse romande.»

Dans le spectacle, tu racontes que tu adorais attirer l’attention de tes parents?

Je pense que j’aime toujours attirer l’attention sur moi. Et c’est très égo­centrique. La scène me permet de calmer ça dans la vie de tous les jours. Quand je suis avec mes potes, je centre moins l’attention sur moi, vu que je sais que je ferai rire les gens quand je serai sur scène.

Et quand tu étais petit?

J’ai souvent été le plus jeune. C’était difficile de me démarquer. Mes cousins ou ma sœur avaient déjà tout fait. Une fois, lors d’une grande fête de famille au Brésil, j’étais à l’étage, tout le monde était en bas, et pour avoir l’attention et me moquer de ma sœur – deux choses que j’adore faire encore aujourd’hui – j’ai pris une de ses culottes, je devais avoir 4 ans, j’ai passé la tête entre les barreaux, et j’ai commencé à agiter cette culotte! Ma sœur était rouge de honte. Mais le karma m’a coincé la tête dans ces barreaux et on a pris deux heures pour me sortir de là. On était à deux doigts de scier les barreaux.

A l’école j’aimais bien faire des vannes, je parlais énormément, tous mes carnets, c’était: «Bon élève, sympathique, mais parle trop.»

Tu es l’ambassadeur de l’association Stop Suicide, pourquoi?

J’avais entendu parler d’une annonce par une amie comédienne. Ils cherchaient surtout des garçons pour la journée d’information de l’armée où Stop Suicide passe un film de prévention. J’ai encore des petits frères d’amis qui m’en parlent. Cet été, quand l’association a lancé sa campagne «Un défi qui défoule», ils m’ont demandé d’être leur ambassadeur car ils me connaissaient déjà. J’ai proposé de faire un compliment à un inconnu. Je suis content de pouvoir aider. Le fait d’avoir une passion, d’avoir la scène, ça me raccroche à la vie. Dans un monde idéal, chaque jeune trouverait une passion.

Est-ce que tu fais de la scène pour «pécho»?

Bien sûr, c’est ça mon énergie, c’est essentiellement les filles! (rires) Mais non, non, pas du tout. En tout cas ça ne m’a pas aidé, ou sans que je le sache. Je ne fais pas du tout ça pour avoir une copine. Surtout que maintenant, si j’entrais dans une relation, ce serait compliqué de la concilier avec la scène. J’avais une copine jusqu’à il y a quelques mois, mais avec mon emploi du temps, ce serait difficile.