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«J'ai toujours été proche de l'écologie»

Cécile de France a débarqué à Bienne, mi-septembre, pour le film «Un monde plus grand», plongée dans l’univers du chamanisme. L’actrice belge s’est confiée sur la spiritualité, sa quête de vie simple et ses convictions environnementales.

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Getty Images | Julien Chavaillaz
28 octobre 2019

Cécile de France refuse d'être associée à une marque.

Elle se fond avec une virtuosité folle dans la peau de tous les personnages possibles et imaginables: de l’étudiante homosexuelle de «L’Auberge espagnole» (2002) à la marquise vindicative de«Mademoiselle de Joncquières» (2018), en passant par la coiffeuse attachée à un môme en perdition du «Gamin au vélo» (2011), Cécile de France (44 ans) est une actrice caméléon.

L'actrice belge vient de tourner "Un monde plus grand". 

L’artiste belge, originaire de Namur, a fait un crochet à Bienne (BE), en septembre dernier, pour présenter son dernier long métrage, «Un monde plus grand», dans le cadre du Festival du film français d’Helvétie (FFFH). Cette œuvre évoque le parcours de Corine Sombrun, une musicienne parisienne qui découvre la transe chamanique en Mongolie après le décès de son mari. D’un naturel déconcertant, d’une simplicité touchante et d’une beauté lumineuse, Cécile de France, que nous avons rencontrée dans un hôtel biennois lors du FFFH, dévoile moult facettes de sa personnalité.

Dans «Un monde plus grand», vous interprétez le rôle d’une femme brisée par le deuil. En quoi avez-vous été touchée par le destin de Corine Sombrun?

Elle incarne à la fois un être hors norme et auquel on peut s’identifier. Au départ, cette personne souffre, car elle vient de perdre son époux. Par la suite, son parcours initiatique chez les chamanes mongols l’entraîne dans une expérience exceptionnelle. Celle-ci va lui permettre de trouver sa voie et de propager le bien autour d’elle. Ce cheminement  atypique au cœur du chamanisme métamorphose Corine Sombrun en héroïne, tant elle fait preuve de courage, de liberté, de force, tant elle affronte sans ciller le regard de la société.

Comment s’est déroulé le tournage dans les steppes de Mongolie?

Je le qualifierais de rude. Nous n’avions ni eau, ni électricité, ni réseau Internet, si bien que nous avons dû changer nos habitudes par rapport à un tournage traditionnel. Mais cet aspect s’est révélé, au final, secondaire: ce fut pour moi un immense privilège de vivre cette aventure, de plonger dans l’univers du chamanisme, de comprendre l’itinéraire de Corine Sombrun et, surtout, de côtoyer les Tsaatans, ce peuple nomade éleveur de rennes du nord de la Mongolie.

Vous avez manifestement été séduite par les Tsaatans.

Oui, je suis attirée par leur philosophie, fondée sur l’harmonie, le respect de la nature, l’amour des animaux, et par leur sensibilité au vent, aux minéraux, à tout ce qui forme leur habitat naturel.

A un moment du film, Corine Sombrun demande à un chercheur s’il croit aux mondes invisibles et aux esprits. Que répondez-vous à cette interrogation?

Tout dépend de l’environnement de vie. Dans une société matérialiste comme la nôtre, il est compliqué de croire à l’invisible, aux esprits, d’autant plus que nous avons coupé notre lien avec la nature. En Mongolie, en revanche, dès lors que l’on vit avec les animaux, les soubresauts de la météo, on est en interdépendance avec cette même nature. Dans ce cas,je vous assure que les esprits des végétaux, des animaux, de tout ce qui est vivant, sont omniprésents. Ils imprègnent chaque seconde du quotidien.

Vous sous-entendez que la nature mongole porterait en elle les forces de l’invisible?

Exactement. Dans les steppes mongoles, ces phénomènes constituent une évidence absolue. J’ai d’ailleurs la conviction que tout être humain, une fois immergé dans un univers naturel, sauvage, vierge, développera à nouveau les capacités sensorielles que les sociétés occidentales ont tendance à atrophier.

Vous êtes donc réceptive aux spiritualités.

Je cherche à garder l’esprit ouvert, à maintenir une capacité d’émerveillement. Je suis curieuse d’explorer tous les mystères de la vie. Et puis, je me répète, il y a ces mondes invisibles qui existent, ne fût-ce que dans cette pièce où nous nous entretenons, traversée par des ondes que l’on ne voit pas, des ultrasons que l’on n’entend pas. Ce n’est pas un hasard si les neurosciences et la physique quantique redéfinissent nos évidences, notamment les notions de matière, de temps, de distance. C’est à la fois intéressant et fascinant d’imaginer un univers plus grand qui nous échappe.

Vous cultivez la simplicité en refusant, par exemple, d’être l’ambassadrice d’une marque. Etes-vous une actrice antisystème?

Je me considère en premier lieu comme une artiste, une matière première à partir de laquelle on peut raconter des histoires. Je m’interdis, dès lors, d’être associée à une marque. Je veux rester libre pour garder ma «virginité artistique», mon statut de page blanche qui pourrait servir plein d’autres histoires, plein d’autres réalisateurs. Dans ce contexte, toute opération de représentation publicitaire est exclue.

Vous résidez à la campagne. Pour quelle raison?

Effectivement, j’habite à la campagne quelque part entre Paris et la Belgique. Ce choix est lié à l’amour de la nature et des grands espaces. Quand je me trouve en ville, je suis quasiment en mauvaise santé. Les centres urbains provoquent en moi un déséquilibre, une rupture de l’harmonie personnelle et naturelle.

On vous imagine jardiner, concocter des plats pour votre famille.

Cette description est exacte. Je cultive un jardin potager. Je ne possède pas de Ferrari que je conduirais avec des lunettes de soleil. Et je ne passe pas, c’est vrai, mes soirées dans les manifestations mondaines parisiennes.

Les problèmes environnementaux vous inquiètent-ils?

Bien sûr, cela fait d’ailleurs très longtemps que je suis proche de cette problématique. En Belgique, dès l’enfance, on apprend à trier les déchets. Or, quand j’ai débarqué à Paris au début de ma carrière, j’ai subi un grand choc en constatant que tel n’était pas le cas.

Vous vous reconnaissez donc dans le militantisme écologique?

Je suis très sensible à l’écologie et très heureuse que l’on parle enfin de protection de l’environnement, que cette thématique soit intégrée dans les réflexions politiques et que les gens se mobilisent, quand bien même le contexte est morose. 

Qu’entendez-vous par là?

Certains affirment qu’il est trop tard, qu’on est déjà en train de tomber, même si on changeait notre manière de fonctionner. J’ai toutefois envie de croire à nos enfants. Il faut plusieurs générations pour sortir du confort où l’être humain s’était installé, pour tourner la page de l’époque où il était autocentré. Depuis René Descartes (ndlr: philosophe français du XVIIe siècle), l’espèce humaine s’est, hélas, sentie supérieure à la nature.

Comment sortir de cette spirale?

Nous devons nous plier à un vrai devoir d’humilité. Fort heureusement, les mentalités changent. Mais cette évolution prendra du temps. Entre-temps, il y aura des dégâts, des espèces animales et végétales vont disparaître. C’est évident. Mais quoi qu’il arrive, la nature est plus forte que nous.