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INTERVIEW
JAëL MALLI

Jaël Malli: «On est prête à tout pour son enfant»

Après son congé de maternité, Jaël Malli est de retour avec un nouvel album, qui sort le 27 septembre. Entretien avec l’ex-chanteuse du groupe Lunik, sur sa vie de mère, ses voyages, et le tournant des 40 ans.

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Simon Iannelli
02 septembre 2019

La chanteuse Jaël Malli (40 ans), est de retour avec «Nothing to Hide».

Jaël, vous avez conquis la Suisse avec une mélancolie chronique.

Je ne dirais pas que je suis mélancolique. Mais plutôt pensive. J’ai toujours été – même enfant – une personne qui se pose beaucoup de questions, qui étudie et réfléchit.

Vivez-vous actuellement, en tant que mère, la meilleure période de votre vie?

C’est assurément la plus intense. J’étais préparée à beaucoup de choses, mais pas à ce que j’ai vécu après la naissance d’Eliah. C’était un bébé qui pleurait beaucoup, ce qui m’a amenée aux limites de ma résistance, et au-delà.

Parfois, mon fils se réveillait la nuit toutes les demi-heures, jusqu’à quinze fois. J’en suis arrivée à un point que je n’avais encore jamais atteint dans ma vie. Cela m’attristait, car en tant que mère je voulais montrer le meilleur de moi-même. On est prête à tout pour son enfant.

«Il faut être fidèle à ce que l’on est. Intérieurement et extérieurement»

 

Avez-vous un conseil à donner aux mères dans la même situation?

Quand je me suis sentie atteindre mes limites et que j’ai commencé à remettre en question toute mon existence en tant que mère, j’ai téléphoné à une spécialiste qui m’a assuré que je faisais ce qu’il fallait et que cela passerait. Ça m’a aidée.

Jaël a été la chanteuse de Lunik de 1998 à 2013. Elle se produit en solo sur son nouvel album. Elle est mariée et maman d'Eliah, né le 31 décembre 2017.

En tant que routarde, vous avez vu pas mal d’endroits de ce monde. Quel était le plus beau?

Je choisis les Lofoten en Norvège. Elles sont à couper le souffle… Quoique... l’Alaska est magnifique également, par exemple quand vous voyez un phoque sur une plaque de glace flottante. Ou l’Islande. Ou encore le lac de Thoune. Mais quand on a un enfant en bas âge, on se demande s’il faut vraiment voyager à l’autre bout du monde.

Qu’avez-vous appris durant vos voyages?

Qu’en Suisse, nous allons merveilleusement bien.

Votre dernier single est intitulé «Waiting for a Sign» – Attendre un signe. Comment fait-on pour reconnaître ce signe?

On le sent dans son ventre. Il faut alors être prêt à le suivre.

Pour vous, quel a été ce signe?

C’était en 2011. J’étais au musée Tate Modern et je me demandais si je devais m’installer pendant un certain temps à Londres. Aux toilettes, j’ai vu cette phrase gravée: «If you are waiting for a sign, this is it.» (Si vous attendez un signe, le voici.)

J’ai tout de suite compris: je veux me plonger pleinement dans ce monde et cette langue pour un moment, et suivre une formation d’actrice. C’est alors ce que j’ai fait, et je ne l’ai jamais regretté.

Etes-vous retournée là-bas un jour?

Je me suis rendue plusieurs fois au Tate Modern, mais je n’ai plus vu la phrase aux toilettes. Elle avait dû être effacée. De toute façon, elle avait rempli son objectif. (Rires) Elle était là quand j’en ai eu besoin.

Pouvez-vous vivre de la musique?

Oui, ça a été le cas jusqu’à présent. Toutefois, le budget n’est pas terrible en ce moment, car l’argent ne rentre presque pas quand on est occupé à enregistrer. Quelques droits d’auteur tout au plus, ce qui ne représente qu’une partie du budget. Mais je suppose que la situation s’améliorera quand je donnerai des concerts. Jusqu’à maintenant, ça a été le cas pour tous les disques, et cela fait partie de tout métier indépendant: dans les bonnes années, il faut mettre un peu de côté pour les années les plus «maigres».

Dites-nous, qu’est-ce que cela vous fait d’entendre l’une de vos chansons quelque part?

C’est comme si je revoyais une vieille connaissance. Je ne peux m’empêcher de sourire. Même si, parfois, je ne reconnais pas tout de suite la voix – jusqu’à ce que je me rende compte que c’est la mienne. (Rires)

Dans le clip «Done with Fake», vous vous démaquillez pendant plusieurs minutes. Quel message voulez-vous faire passer?

Pour moi, il faut être fidèle à ce que l’on est. Intérieurement et extérieurement.

Faut-il atteindre un certain âge pour en arriver à ce constat?

Oui, je le crois, même si, en prenant de l’âge, on ressent plus de tranquillité et de contentement de soi.

Avez-vous connu des périodes où c’était le contraire et vous avez pensé: ce n’est pas moi?

J’ai eu des périodes – surtout entre 20 et 30 ans – où je me cherchais, même si je me suis toujours efforcée de trouver l’état dans lequel je me sentais bien.

Que se passe-t-il entre 30 et 40 ans?

On pense avoir enfin trouvé ce que l’on cherchait. Il y a davantage de stabilité et moins de slaloms dans la vie.

Qu’arrive-t-il entre 40 et 50 ans?

J’ai envie de me laisser surprendre. Peut-être remarque-t-on que finalement on n’est pas encore arrivé. (Rires)

Et que se passe-t-il entre la première et la dixième année d’une vie?

Alors là, c’est: sois effrontée, turbulente et merveilleuse, tout à fait dans l’esprit d’Astrid Lindgren.

Et entre 10 et 20 ans?

C’est la période où l’on doute beaucoup de soi. Et on se détache de la maison des parents.

Comment était-ce pour vous?

Je me sentais perdue et je n’avais aucun plan. Ou, pour être plus précise, j’en avais un qui n’a pas marché.

Quel était ce plan?

Je voulais être institutrice, mais pendant mes études j’ai pris conscience que la musique était plus qu’une simple passion. Et surtout, je me mettais à transpirer quand je me tenais devant la classe.

Pourtant, vous avez dû ensuite chanter devant un public bien plus nombreux.

Oui, dès lors que j’ai compris qu’en tant que chanteuse je ne devais rien représenter à part moi-même, tout s’est bien passé. Dans le rôle de l’institutrice, je m’étais fixé de très grandes exigences: je voulais trouver la bonne dose d’autorité, ne pas enlever aux enfants le plaisir et la soif d’apprendre, enseigner de manière innovante et plus encore. Après chaque cours, j’avais l’impression d’avoir échoué.

Votre dernier single s’intitule: «Greatest Win». Quelle a été votre plus grande victoire?

Découvrir que je ne suis pas aussi cool que j’aimerais l’être... Et que c’est très bien comme ça! 


Nouvel album

«Nothing to Hide»

Dans son classement des 100 femmes les plus importantes de Suisse, en 2004, la «Schweizer Illustrierte» mentionnait l’ex-chanteuse du groupe Lunik Jaël Malli. Ce qui amuse aujourd’hui la Bernoise: «D’une certaine manière, je ne l’ai pas pris au sérieux.» Le groupe à succès s’est séparé en 2013. Le single de Jaël «Greatest Win» est sorti à la fin août. Il figurera également sur son nouvel album «Nothing to Hide», dans les bacs le 27 septembre.