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Jennifer, la griffe sensible

L’actrice Jennifer Hudson est Grizabella dans l’adaptation cinématographique de la comédie musicale «Cats». Rencontre avec une battante à la voix d’or.

TEXTE
29 décembre 2019

Elle est née à Chicago en septembre 1981. Elle chante et joue la comédie. Dans «Cats», Grizabella, c'est elle, Jennifer Hudson.

Elle s’est fait remarquer dans le télécrochet «American Idol» avant de décrocher un Oscar pour la comédie musicale «Dreamgirls» en 2007 et un Grammy pour son premier album. Jennifer Hudson revient aujourd’hui dans l’adaptation cinématographique de «Cats», réalisée par Tom Hooper. La chanteuse et comédienne américaine de 38 ans y est Grizabella, la chatte dépenaillée et ostracisée par les autres félins qui rêve d’une nouvelle vie. Et interprète bien sûr «Memory», la chanson phare de la comédie musicale. Elle nous parle du film, des défis de son existence, de sa passion des animaux et de son prochain rôle. 

Vous avez dû chanter «Memory» une trentaine de fois sur le tournage de «Cats». Comment avez-vous vécu cette expérience?

Avec beaucoup d’émotion. Une bonne moitié des prises était nécessaire parce que je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. J’ai dû trouver un moyen de pouvoir chanter sans trop me laisser envahir par l’émotion. Se plonger dans cet état émotionnel est épuisant… Je me suis même endormie sur le plateau à un moment donné tellement je n’en pouvais plus!

Pourquoi cette émotion?

J’avais eu exactement ce problème avec «Dreamgirls». Le réalisateur Bill Condon avait dû me dire: «OK, c’est trop d’émotion. Fais-en moins.» 

Il m’avait fallu du temps pour y arriver. Dans ma jeunesse déjà, j’avais de la difficulté à interpréter une chanson parce que j’étais envahie par l’émotion. Ma mère me disait toujours: «Tu n’arrêtes pas de pleurer. Contente-toi de chanter la chanson.» 

J’entends donc cette petite voix dans ma tête et j’essaie de trouver un équilibre entre les deux.

Comment vous êtes-vous identifiée à Grizabella?

Je crois qu’on s’est tous sentis découragés ou rejetés une fois dans la vie. Mais quand j’interprète un personnage, j’aime compatir avec lui et apprendre à le connaître pour raconter son histoire. Je suis quelqu’un qui a un grand cœur et donne beaucoup. Mais les gens peuvent être facilement durs et cruels; cet aspect de l’histoire me parle. 

Comment avez-vous interprété l’histoire de Grizabella?

J’ai imaginé dans ma tête ce qui aurait pu lui arriver. Par exemple, que Macavity et Grizabella formaient jadis un couple et que suite à ça elle avait été rejetée par les autres chats. Comme Grizabella n’apparaît à l’écran que de courts instants, je voulais que son histoire puisse se lire sur son visage, sur sa cicatrice, dans sa façon de marcher lourdement. 

«En 2020, j'ai envie d'être moi-même», déclare l'actrice Jennifer Hudson.

Voyez-vous une nuance religieuse dans le film?

Oui, et je pense que c’est encore un autre facteur qui a suscité en moi cette émotion. Comme je suis quelqu’un de spirituel et religieux, je perçois totalement les choses comme ça. Dans le film, je chante pour aller au paradis! Dans mon église, on dit qu’on va chanter pour chasser les nuages du paradis.

Préférez-vous plutôt les chats ou les chiens?

J’aime les deux et je n’ai pas envie de choisir. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que les chiens sont plus intelligents. Ils ont le même degré d’intelligence et utilisent juste leurs sens différemment. J’ai grandi avec des chats et après avoir tourné «Cats», j’ai acheté deux chatons. Je les ai nommés Macavity et Grizabella. J’ai aussi trois chiens: Oscar, Grammy et Dreamgirl qui sont respectivement papa, maman et fille. J’ai pris une photo de famille en vacances que j’ai postée sur mon Instagram. Je les aime tellement!

«J’ai trois chiens, et après «Cats», j’ai en plus deux chatons»

 

Comment vous êtes-vous glissée dans la peau d’Aretha Franklin pour votre nouveau film «Respect»?

Ce processus a déjà commencé. Je viens littéralement de quitter le tournage pour venir ici. Ma préparation pour les deux films a été semblable mais plus longue pour «Respect». Je pense à Aretha quand je m’endors et dès que je me réveille. Dans ma tête, je vis dans les années 1960 en ce moment. Heureusement que j’ai un styliste sinon je serais probablement arrivée à cette interview avec une perruque d’Aretha sur la tête!

Gériez-vous la pression à l’école?

J’ai toujours été une bosseuse mais la vie te prépare à affronter ton prochain défi. Je repense souvent à l’époque où j’étais au lycée et je devais interpréter un morceau classique intitulé «O Divine Redeemer». Le jour de mon test approchait quand ma grand-mère est morte et sa sœur aussi. Et j’ai quand même dû me préparer et faire mon travail au milieu de tout ça.

Quand je repense à ma vie et aux choses que j’ai dû affronter tout en continuant à faire mon métier, j’ai le sentiment que l’existence m’a préparée à affronter ces difficultés (ndlr: en 2008, sa mère, son frère et son neveu ont été abattus par son beau-frère). Lorsque je chante «Memory», «And I Am Telling You I’m Not Going» ou Aretha Franklin, j’entends ma mère me dire: « Tout ce que tu peux faire, c’est faire de ton mieux.» Et tant que j’y mets tout mon cœur, j’espère que les gens recevront ça avec amour.

Tous les acteurs ont dû suivre un entraînement à «l’école des chats». Qu’y avez-vous appris?

L’école des chats était un peu bizarre au début. Nous nous sommes tous retrouvés là à ramper par terre. Mais ça s’est avéré utile parce qu’on pouvait ainsi observer les danseurs qui sont incroyables et imiter leurs gestes. Ca nous a aidés à trouver notre chat intérieur!

Est-ce que le fait d’avoir gagné un Oscar pour une comédie musicale vous met la pression pour « Cats » ?

J’essaie de séparer les deux choses mais je sens la pression parce que les gens ont des attentes envers moi. Je me dis qu’il s’agit de personnages et de productions complètement différents. Le truc avec « Dreamgirls », c’est que j’étais une débutante. Je me disais : « Je joue avec Beyoncé, Eddie Murphy et Jamie Foxx. Je pourrais faire le poirier à côté d’eux et personne ne me remarquerait. » Je n’avais donc pas de soucis, de pression. Et puis tu gagnes un Oscar et tout le monde attend alors beaucoup de toi.

Mais vous avez l’air d’aimer les défis, comme de chanter « Memory » ou d’incarner Aretha Franklin dans votre prochain film…

Je me pose souvent la question : « Pourquoi continues-tu à te mettre dans ces situations ? » Mais ma mère me disait toujours : « Jenny, tu travailles vraiment bien sous pression. » J’aime les challenges parce que je trouve que c’est comme ça qu’on grandit. Et puis je respecte tellement des chansons comme « Memory » et la grande Aretha. J’ai envie de leur rendre hommage comme je peux.