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Interview

«Allez, viens on déménage!»

Le groupe anglais Metronomy revient nous faire danser avec son électro pop mélancolique. Rencontre avec son leader francophile, Joseph Mount, alors que sort le sixième opus du groupe, «Metronomy Forever».

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Alamy Stock
23 septembre 2019

En une dizaine d’années, Metronomy s’est fait une place de choix dans le cœur des fans de pop synthétique soignée. Mené par le chanteur, compositeur et multi-instrumentiste Joseph Mount, le groupe anglais est notamment très apprécié du public français. Il revient dans les bacs ces jours avec «Metronomy Forever», un sixième album ludique au goût de glace au caramel salé. Rencontre avec le Britannique francophile de 37 ans dans les bureaux de son label londonien.

Joseph Mount, leader du groupe anglais Metronomy, débarque avec un nouvel opus.

Il y a une touche de Prince dans le single «Salted Caramel Ice Cream», non?

Bon, il y a une touche de plein d’autres choses dans ce titre. On ne peut pas réaliser une chanson comme ça sans penser à d’autres chansons, comme «Cream» de Prince. Donc oui, ce titre n’existerait pas sans Prince, mais Prince n’existerait pas sans de nombreux autres artistes non plus, comme James Brown. Et James Brown n’existerait pas sans d’autres musiciens. C’est fun de me placer dans cette lignée, de plonger dans cet univers… même si on ne veut pas que j’y plonge!

Les disques de Metronomy ont d’habitude un thème. Quel est celui de cet album?

Il s’intéresse au concept de la musique, à la durée de vie de la musique, au temps qu’elle accompagne les gens et à sa pertinence sur les choses. Le disque s’intitule «Metronomy Forever» et il y est question du concept d’éternité, et de réaliser pour la première fois l’importance de la musique. Je ne dis pas qu’elle est essentielle, mais je réfléchis à son importance et pour qui. Et je me demande si l’album – le produit final – est important ou si le processus l’est. En fin de compte, c’est juste un bon disque mais je l’ai créé en réfléchissant à beaucoup de choses profondes!

Metronomy ne devient un groupe que sur scène. Est-ce jouissif de créer la musique seul?

C’est comme tondre sa pelouse. As-tu tondu une pelouse? J’en ai fait l’expérience parce que j’habite maintenant à la campagne. Tondre son gazon est une expérience solitaire, mais à la fin tout le monde va en profiter! Je crois qu’on pourrait trouver plein d’autres analogies. Comme dans un restaurant, où tout tourne en fin de compte autour d’une personne qui dirige et ensuite le job de plusieurs individus est de partager le travail. Il s’agit d’une expérience solitaire mais une expérience que j’apprécie vraiment et que j’ai beaucoup de chance d’aimer. Donc je ne trouve pas ça solitaire dans le sens négatif du terme. Et puis interpréter cette musique et le plaisir que nous cinq partageons sur scène d’être une équipe qui recrée cette musique en live est tout aussi agréable.

A vos agendas! La tournée mondiale du groupe Metronomy passera par les Docks, à Lausanne, le 23 mars 2020.

Ecrire vos textes est une corvée pour vous, je crois. Etes-vous tenté de dénicher votre Bernie Taupin?

J’y ai pensé une fois mais je crois que la relation qu’il entretient avec Elton John est unique. Pouvoir jouir de cet échange est vraiment spécial. Ce n’est pas que je considère ça comme une corvée, c’est juste pour moi le plus difficile à faire. Mais c’est vrai pour beaucoup d’artistes. J’imagine que Bernie écrit des paroles et ensuite c’est le job d’Elton John de réfléchir à la façon dont il va les chanter et ce qu’elles signifient. La musique joue un rôle tellement immense dans la façon dont tu vas chanter ces mots ou la manière dont ils vont sonner que, même pour eux, cela doit être stressant.

J’ai lu que votre père était écrivain. Vous a-t-il encouragé à écrire?

Oui, il m’y a probablement fait penser un peu trop. Ma sœur écrit aussi, donc je crois qu’il a dirigé une bonne partie de son énergie sur elle. Il savait qu’elle était intéressée par l’écriture. Moi j’étais branché musique. Et il nous a autant encouragés l’un que l’autre, mais je pense qu’il a pu lui dispenser plus de conseils. Ma mère était aussi très cultivée et incroyablement serviable donc j’ai appris beaucoup des deux mais sans posséder les mêmes connaissances en littérature qu’en musique.

Je crois que vous vivez à Paris depuis environ huit ans…

J’ai vécu là-bas sept ans, mais je suis maintenant de retour en Angleterre.

Vous ne pouviez pas résister à l’idée de rentrer?

On est rentrés parce que nous vivions à Paris avec nos deux garçons qui couraient partout dans un quatre-pièces. Il était évident qu’on devait changer de logement. J’ai dit: «Allez, on déménage. Allons à Montreuil ou juste en dehors de Paris où l’on pourrait trouver une plus grande maison.» Et ma copine a répondu: «Si je quitte Paris, je quitte la France.» Donc on a quitté la France.

C’est radical, Paris ou rien!

Elle est Parisienne… Je crois que seuls les Parisiens pourraient comprendre!

Etes-vous de retour où vous avez grandi, dans le Devon?

Non, nous vivons dans le Kent, dans le sud-est de Londres. Je ne suis donc pas complètement rentré chez moi.

Vous avez dit que vous êtes aujourd’hui qui vous êtes parce que vous avez grandi dans la campagne anglaise…

Je trouve que c’est totalement vrai. J’ai fait preuve de beaucoup de sagesse en disant cela! Je ne connais pas d’autres pays qui ont une identité aussi campagnarde: dans le nord comme dans le sud de l’Angleterre, il existe une identité rurale très forte. Et oui, je pense que tout ce que je suis vient de là.

Les intérêts que j’avais dès le départ, l’idée que les villes sont excitantes et que la musique se passe dans les métropoles, tout ça vient de là. La côte, où j’ai grandi, a joué un rôle immense dans mon développement. Mais je crois que cela est typiquement anglais. Je suppose qu’il faudrait rappeler à beaucoup de gens que même si tu n’es pas patriote, ton pays a fait de toi exactement qui tu es. Cela dit, cette anglicité est très spécifique.

Le groupe est très apprécié en France mais, en tant que Britannique, avez-vous été chahuté là-bas ces deux ou trois dernières années?

Non. Je vivais toujours à Paris après le vote sur le Brexit. J’ai voté par correspondance. Je me souviens que les chauffeurs de taxi me posaient des questions sur ça et disaient «Ah, vous êtes complètement fous!» Et je répondais quelque chose du genre: «Ben, je n’ai pas voté pour sortir de l’Union européenne. Je suis d’accord avec vous, c’est de la folie.» C’est intéressant de constater que maintenant la moitié de la population a fait entendre sa voix avec ce référendum. Et l’autre moitié tout autant dans la mesure où l’Europe comprend que l’Angleterre n’a pas voté à l’unanimité pour sortir de l’Union européenne. Je pense donc que les Européens comprennent que c’est la pagaille ici!

Qu’est-ce cela vous fait de repartir sur les routes maintenant que vous êtes père de famille?

J’ai deux gosses, comme Benga (ndlr: le bassiste du groupe), et c’est vrai qu’à la sortie de notre dernier album, nous avions tous fait une pause et étions restés chez nous. Je me réjouis de cette tournée parce que suffisamment de temps s’est écoulé depuis la dernière. Nos enfants vont pouvoir nous accompagner lors de certains concerts, ce qui devrait être sympa. Mais c’est différent maintenant. Etre séparé de sa famille n’est jamais facile et c’est encore plus dur avec des gosses.