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Interview
Katherine Choong

«Partager une passion, c'est magnifique!»

La jeune et talentueuse grimpeuse jurassienne Katherine Choong nous ouvre les portes de sa salle d’escalade privée. Elle nous parle de sa passion pour laquelle elle ne cesse de repousser ses limites. Son dernier film sera présenté au Festival International du Film Alpin des Diablerets, le 10 août.

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Darrin Vanselow
22 juillet 2019

La grimpeuse Katherine Choong (27 ans) est médaille d’or en Coupe du monde. Mais a aussi un master en droit.  

Elle est la première femme suisse à avoir gravi une voie de niveau 9a. Dans le monde de l’escalade, ce chiffre et cette lettre traduisent une difficulté extrême. A ce niveau, les prises sont minuscules et les parois très raides souvent même déversantes. S’y entraîner durant des heures, étudier les mouvements un à un jusqu’à enchaîner une ascension sans chute, telle est la passion de Katherine Choong. Pour venir à bout de la voie «Cabane au Canada» au Rawyl (Valais), la Jurassienne de 27 ans n’a pas compté ses heures. Entre deux épreuves de Coupe du monde, elle nous ouvre les portes de sa salle d’entraînement privée, aménagée sous les combles de la maison de ses beaux-parents. 

Bonjour Katherine, c’est donc ici que vous suez en cachette?
Exactement! Au Jura, nous n’avons pas de structure adaptée pour l’élite donc pour m’entraîner je dois aller à Bienne ou à Berne. Pour minimiser les déplacements en semaine, avec mon ami nous avons construit cette petite salle dans le grenier. Nous y venons en moyenne trois fois par semaine. 

Qu’est-ce qui vous pousse à escalader des parois extrêmement difficiles?
L’escalade est ma passion depuis toute petite. Avec Jim, mon copain, nous y avons consacré toute l’année 2018. Durant ce temps, j’ai amélioré mon niveau, enchaînant des parois toujours plus difficiles. Ça me procure énormément de joie d’atteindre un objectif. Mais plus intéressant encore est le processus pour y arriver. Ce sont des heures d’entraînement et beaucoup d’échecs. C’est ce travail en amont de perfectionniste qui me plaît et me fait avancer.

Vous semblez insatiable… 
Oui c’est un peu ça! (rires)

Quelle est votre qualité première pour arriver à un tel niveau?
Il faut un mental fort! Evidemment, le physique est très important. Il y a des heures d’entraînement, beaucoup de discipline. Mais ce qui fait la différence, c’est la tête.

Vous avez peur parfois?
Oui bien sûr. La peur est toujours un peu présente. La peur de tomber, la peur de se blesser, la peur de l’échec, la peur du vide aussi parfois…   

A ce niveau, il n’y a pas beaucoup de femmes. Comment le vivez-vous?
C’est vrai que quand j’arrive dans un secteur, je dois souvent me faufiler entre les grimpeurs pour essayer une voie difficile. Ça peut être impressionnant, mais je suis très souvent bien reçue. Ce n’est pas un milieu de machos.

Vous êtes un petit gabarit, 1 m 58 pour 48 kilos. Devez-vous surveiller votre poids?
J’essaie de tenir un poids de forme car une fois sur la paroi chaque kilo compte! Mais je ne suis pas de régime particulier. Avant, les grimpeuses professionnelles étaient très maigres, mais aujourd’hui comme les voies sont plus courtes et demandent plus de force, il faut surtout être musclée.

De quoi est constituée votre assiette?
De beaucoup de légumes et de viande pour les protéines.

Katherine Choong durant l’interview.

En 2016, vous obtenez un Master en droit. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce domaine?
Honnêtement, j’ai commencé des études de droit car je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Et ça m’a beaucoup plu. C’est essentiel pour moi d’avoir autre chose que l’escalade dans ma vie. Ça ouvre l’esprit. 

Votre plaidoyer pour encourager les jeunes à grimper en trois arguments?
C’est un sport qui permet de se reconnecter à la nature. C’est très complet, ça fait bouger les bras, les jambes et demande de la concentration et de la volonté. Et enfin, ça permet de voyager et de découvrir de nouveaux endroits. 

Faisons-nous l’avocat du diable: c’est dangereux non?
C’est totalement faux. C’est bien moins dangereux que le foot. Personnellement, je ne me suis jamais blessée. Bien sûr, l’escalade demande une formation préalable pour savoir assurer et utiliser la corde correctement, sans quoi on met sa vie en danger! Mais une fois les techniques acquises, ce n’est pas dangereux.  

Escalader en couple, c’est…
C’est magnifique de partager une passion. Et lorsqu’on grimpe, notre vie dépend de notre assureur donc ça renforce la confiance. J’ai beaucoup de chance car il est toujours motivé à m’accompagner dans mes projets fous (rires).  

Il doit être très amoureux! 
Oui je pense…  (rires)

Votre père est singapourien, votre mère italienne. Que tirez-vous de chaque culture?
Je dirais que mon père m’a transmis la rigueur. Pour lui, les études c’est très important et j’ai dû apprendre à négocier pour pouvoir grimper autant que je veux (rires). Ma maman est l’Italienne type, qui profite de la vie. Ça m’aide à prendre les choses à la cool. À me rappeler que l’escalade ce n’est pas tout. C’est avant tout un jeu et un moyen de se faire plaisir. 

Serez-vous une mama italienne?
(Rires) Je ne sais pas… Non, je ne serai jamais autant italienne qu’elle… 

Vous sentez-vous suisse? 
Oui plutôt. Même si je n’ai pas vraiment d’attache à un lieu. Ce sont plutôt des personnes qui me rattachent encore au Jura. 

Comment surmontez-vous la peur quand vous êtes suspendue à plusieurs dizaines de mètres du sol?
Pour commencer, il faut grimper avec une personne de confiance pour ne pas avoir à se préoccuper de l’assurage. Ensuite, on peut s’entraîner à chuter en salle pour apprivoiser cette peur. Mais le mieux est de pratiquer le plus souvent en se concentrant sur chaque mouvement. C’est un exercice mental de chasser ses idées négatives et de revenir dans l’instant en pensant à la pose des mains et des pieds.

Vous faites de la méditation?
Je n’appelle pas vraiment ça de la méditation. En compétition ou en falaise, il m’arrive de visualiser la voie et les mouvements à effectuer pour m’y sentir plus à l’aise en action.  C’est plutôt de la concentration extrême.

C’est important pour vous d’être la première Suissesse à enchaîner un 9a? 
C’était un challenge personnel avant tout. Dans le monde, beaucoup de grimpeuses ont déjà réalisé des 9a et d’autres compétitrices suisses pourraient le faire.

Que pensez-vous des grimpeurs qui, à l’instar d’Alex Honnold, grimpent sans corde?
Ça me procure un sentiment mitigé. Je comprends ce qu’Alex Honnold fait et pourquoi il le fait. Mais ce n’est absolument pas pour moi. Il y a trop de risques, de paramètres que l’on ne peut pas contrôler comme la météo, une prise qui cède ou un pied qui glisse… Je tiens trop à la vie! 

Actuellement, vous vivez de l’escalade et de remplacements dans des écoles…
Oui, je n’ai pas voulu entreprendre le stage d’avocate. C’était trop pour moi de passer deux ans à temps plein dans un bureau. Je fais donc des remplacements et j’avoue que ça me plait énormément de travailler avec des enfants. 

Etes-vous en concurrence parfois? 
Nous ne faisons pas forcément les mêmes voies mais le fait que nous travaillons chacun des projets nous stimule. Le jour où j’ai enchaîné «Cabane au Canada», il venait de boucler un de ses projets. Ca m’a donné le déclic. J’y suis allée et ça a marché.

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Son site web

Rendez-vous avec Katherine Choong au FIFAD

La 50ème édition du Festival international du Film Alpin des Diablerets présentera un film sur Katherine Choong réalisé à Gimmelwald dans l’Oberland bernois, le 10 août. On y verra la grimpeuse en pleine action dans la voie «Jungfrau Marathon» de niveau 9a. En fonction de l’agenda de ses compétitions, l’athlète pourrait être présente pour échanger avec le public.