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Interview
KEV ADAMS

«Le sport, c'est crevant»

Devenu l’idole des ados il y a presque dix ans avec la série «Soda», Kev Adams sera la tête d’affiche du 30e Montreux Comedy Festival, qui débutera le 28 novembre. Il se raconte pour nous. Détonnant et rebondissant!

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Darrin Vanselow
25 novembre 2019

Dans la suite d’un palace lausannois, une maquilleuse a sorti son attirail, les attachées de presse s’affairent et un membre de l’équipe de Kev Adams, à la carrure de garde de corps, veille au grain. Pas de doute, on rencontre une vedette, qui est cool, au look d’adolescent. Le Français de 28 ans, qui a déjà bien des films et des spectacles à son actif, juré de l’actuelle émission de TF1 «Mask Singer», dévoile qui se cache derrière le personnage public: un garçon portant un regard réaliste et avisé sur la vie et son métier, tout en s’amusant.

La dernière fois que vous avez ri?

Hier soir, devant la télé.

On rira de quoi aux galas que vous animerez les 2 et 3 décembre au Montreux Comedy Festival?

Je serai entouré de plusieurs humoristes (Eric Antoine, Yann Marguet…) qui joueront les invités typiques des anniversaires, puisqu’on fêtera les 30 ans du festival: le mec qui s’est incrusté, celui qui veut jouer de la guitare pour «pécho» des filles ou celui qui n’a pas participé à l’achat du cadeau.

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Vous organiserez aussi une grande fête pour vos 30 ans à vous?

Je pense. Mais je n’ai encore rien prévu, ni pour mes 29 ans. J’espère que d’ici là j’aurai accompli encore des choses dont je serai fier.

Vous avez dix ans de carrière. Vous êtes bien jeune pour ça!

J’ai toujours été trop jeune pour tout: quand j’ai commencé ce métier, quand j’ai fait mon deuxième spectacle, etc. L’âge était davantage un problème à mes débuts. Aujourd’hui, il y a de grands talents très jeunes dans la littérature, le sport ou la musique.

Vous avez souvent dit que vous rêviez de ce métier depuis tout petit. C’est venu d’où?

Quand on veut faire des shows et des films à 7–8 ans, on ne se demande pas pourquoi, mais en grandissant si. C’est très intéressant, presque bouleversant, comme introspection. C’est un mystère auquel on peut donner certaines explications, mais pas toutes.

Vous avez brièvement étudié le droit, vous vouliez vraiment être avocat?

J’ai dit à ma mère que je serais comédien et que je n’irais pas à la fac, mais elle m’a forcé à m’y inscrire. Il y a beaucoup de comédiens en droit parce qu’un avocat a un costume, déclame un texte. J’ai très vite arrêté ces études.

Après combien de temps?

Trois heures.

Pour de vrai?

Pour de vrai! Je suis resté trois heures dans l’amphi!

Adams est un pseudo. Vous vouliez un nom anglo-saxon?

J’ai grandi avec les films américains, c’est une partie importante de ma culture. C’est grâce à ça que j’ai appris l’anglais. C’est dire à quel point j’en ai regardé! J’avais envie d’une anagramme (mon vrai nom, c’est Smadja) pour qu’on n’embête pas mes frères si je devenais célèbre.

Kev Adams au-dessus du lac Léman: «En Suisse, vous défendez des valeurs de vivre ensemble sans avoir besoin de le crier sur les toits.»

Vous n’êtes plus l’ado de «Soda». Vous avez dû repenser votre carrière, vos rôles?

Oui, mais je ne me suis jamais dit que ce serait bien de faire ci ou ça, de convaincre tel public. Je fais des choses variées depuis dix ans. Si j’ai envie de défendre un projet, j’y vais, tant pis si je me trompe. C’est impossible de tout calculer, de réfléchir à tout, ça rendrait dingue. Et le public sent quand on n’est pas naturel, surtout sur scène.

De quels types de rôles rêvez-vous?

J’aimerais jouer des personnages sombres, car j’ai toujours eu des rôles romantiques.

Dans votre dernier spectacle, «Sois 10 ans», que vous avez déjà présenté en Suisse, vous faites un bilan de la dernière décennie. Comment la résumer?

Je parle de ma première visite aux Etats-Unis, de l’évolution de mon rapport avec ma famille, des nouveautés dans ma vie, comme le permis de conduire, de ce qu’être en couple m’a apporté et fait comprendre (ndlr.: il a été le compagnon de l’ex-Miss France et ex-Miss Univers Iris Mittenaere), de l’avenir.

Dans dix ans, vous vous voyez où?

J’ai des rêves, des objectifs, il ne faut jamais les perdre. Quand j’avais 20 ans, je me disais que si je n’en avais pas atteint certains à 30 ans, j’aurais raté ma vie. Mais si à 40 ans je n’ai pas fait certaines choses, ça ne sera pas grave, j’aurai essayé. Je relativise plus.

Qu’est-ce qui vous motive pour vous lever le matin?

Tout! Mais c’est mieux si c’est à 14 heures!

L’amitié, c’est quoi pour vous?

C’est comme la famille, mais des gens que j’ai choisi.

Et l’amour?

Quelque chose d’encore abstrait.

Vous avez une copine?

Non.

Quels sont vos défauts?

Je suis joufflu, j’ai des cheveux exécrables et un peu de ventre.

Vos qualités?

Sympathique, bon vivant et maniaque.

Vous avez des regrets?

Non. Je crois que les choses se passent comme elles doivent se passer.

Quel est votre rapport avec vos fans?

J’essaie de leur rendre leur amour avec le plus d’humilité et de respect possible. Dans mon éducation, le respect est ce qu’il y a de plus important.

Vous avez déclaré récemment qu’il est de plus en plus difficile de dire ce que l’on veut.

On ne peut plus rire de tout.

Vous avez peur qu’un mot malheureux se retourne contre vous?

Aujourd’hui, il suffit d’un rien pour être surexposé ou viré en 30 secondes. Ces derniers mois, une blague a causé le licenciement d’artistes ou l’annulation de leur tournée, ou, au contraire, les a rendus célèbres. J’ai dû faire un paquet de blagues avant qu’on ne me trouve marrant.

Vous faites attention à ce que vous dites?

Je n’y ai jamais vraiment fait attention, j’évite juste certains sujets.

Que pensez-vous de l’humour suisse?

Je le trouve très efficace et cinglant, souvent juste et dit avec beaucoup de douceur, ce qui fait qu’on a du mal à en vouloir aux humoristes, on sent qu’il n’y a pas de haine ou de hargne, c’est juste des blagues. Je trouve formidable quand cela permet de parler de sujets très graves.

Vous avez récemment ouvert un restaurant de burgers sains à Paris. Pourquoi?

Pour un film, j’ai dû perdre du poids, et j’ai commencé à m’intéresser aux glucides, lipides, sel, acides gras saturés et calories. Au fast-food, notre compteur de sel et de sucre explose, les acides gras saturés s’implantent sur nos organes, gênant la respiration et le fonctionnement du cœur. Cela m’a inquiété parce que j’adorais manger au fast-food. On est tellement habitués à trop de sel, de sucre et de gras qu’on ne s’en rend plus compte. Dans mes burgers, ces taux sont 15 à 20 fois inférieurs à ceux des autres établissements.

Le sport, vous en faites?

Oui, et c’est crevant! J’ai couru 16 kilomètres en deux jours ce week-end. Et il y a les spectacles le soir. C’est dur, mais il faut s’assainir pour aller plus loin.

2020 approche. Que souhaitez-vous pour la nouvelle année?

Que tout continue comme ça, que le public vienne toujours voir mes spectacles et que mes projets se réalisent. J’ai deux longs-métrages à tourner, 2020 va être assez intense. 

Kev Adams, la célébrité a été difficile à vivre, surtout au début?

Il y a des moments où c’est violent et incompréhensible. C’est intrusif quand les gens me photographient sans me demander la permission. Quand j’avais 20 ans, c’était super bizarre de voir des fans pleurer ou m’attendre pour me voir passer. Mais j’ai toujours été très entouré, je ne me suis jamais senti dépassé, j’ai toujours pris du recul par rapport à ça. La célébrité, c’est génial, mais ce n’est pas la vraie vie.

Votre métier est plus concurrentiel qu’avant?

Oui et c’est malheureusement devenu comme dans le rap, il y a des ennemis, alors qu’il y a 10 ou 20 ans, tous les humoristes participaient aux «Petites annonces» d’Elie Semoun, par exemple.

C’est vous qui avez choisi les invités des galas de Montreux?

Oui, en accord et en collaboration avec les organisateurs. C’est important d’être fier des gens que tu reçois. Et il fallait montrer les particularités du festival: des humoristes célèbres, d’autres moins, suisses, français, belges, québécois, qui font différents types d’humour.

Vous connaissez bien la Suisse?

J’ai été me balader dans de nombreuses villes. Je trouve qu’il y a quelque chose d’agréable ici, une douceur de vivre. J’ai l’impression que chacun fait sa vie tranquille, sans empiéter sur personne, et je comprends qu’il y ait une fierté d’être Suisse. Je trouve que vous défendez des valeurs de vivre ensemble, sans avoir besoin de le crier sur les toits.

Votre mère vous a appelé Kevin en hommage à Kevin Kostner. Vous, vous étiez plutôt fan de Leonardo DiCaprio?

C’est lui qui a déclenché mon envie d’être acteur.

Et vous l’avez rencontré!

A deux reprises. La première fois à Los Angeles, après la sortie de mon film «Aladin». On s’est vus à une soirée pendant une vingtaine de minutes, c’était un cadeau du producteur d’«Aladin», et je l’ai revu six mois après à Cannes. Il était super sympa. J’étais assez bouleversé.

Quel humoriste vous a donné envie de faire ce métier?

Gad Elmaleh. Et aussi Elie Kakou.

Par le rire, on peut dire des choses que l’on ne pourrait pas autrement?

Oui, des messages universels, aussi simples soient-ils, passent beaucoup mieux par le rire. Dans «Sois 10 ans», je dis: aimez-vous les uns les autres, aimez votre famille, peu importe comment elle est, et profitez de chaque instant parce que même dans les pires moments il y a des choses à apprendre.

Quand on fait rêver les jeunes, on a une responsabilité? D’être un modèle, par exemple?

Oui, mais je n’y ai jamais pensé, ce qui ne veut pas dire que je fais n’importe quoi. Si je peux juste faire rire les gens, c’est déjà formidable. Mais être un modèle, c’est trop, je ne suis pas un donneur de leçons. Ma seule philosophie, c’est de dire que tout le monde peut vivre son rêve et qu’on est plus heureux en s’entraidant qu’en se tirant dans les pattes.

Vous vous sentez encore l’idole des ados?

Plus tellement. Il faut évoluer, quand on stagne, on meurt un peu. Je suis content de continuer à jouer devant 3000-4000 personnes tous les soirs, ça veut dire quelque chose. Aujourd’hui, beaucoup plus d’adultes, dont des quinquagénaires, que d’enfants et d’ados viennent me voir. C’est assez dingue, et c’est génial, ça évolue.

Votre mère dirige votre société de production, Adams Family. On peut parler de clan?

Oui, même s’il y a aussi d’autres proches. J’aime travailler avec des gens en qui j’ai confiance.

Vos frères vont suivre vos traces?

Celui qui a 23 ans est DJ, et le petit parle d’être comédien, mais il n’a que 13 ans, donc on verra.

L’émission «Mask Singer», c’était pour ajouter une corde à votre arc?

J’aime toujours faire de nouvelles expériences. Je me suis éclaté à faire cette émission.

Vous chantez vous-même?

Un tout petit peu, mais ce n’est pas génial.