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INTERVIEW
LAURIANE SALLIN

Lauriane Sallin: «Avec ma fille, je vis au présent»

Depuis un peu plus d’un an, Lauriane Sallin, Miss Suisse 2015-2017, est mariée et maman. Egalement dessinatrice, elle consacre l’été aux voyages, à la famille et à l’art. Rencontre dans le jardin de son oncle, à Belfaux (FR), avec une jeune femme libre et heureuse.

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Charly Rappo
15 juillet 2019

Elle revient tout juste de Grèce, pays de son époux, le sculpteur et tailleur de pierre Giorgos Palamaris, pour retrouver pendant quelques jours ses proches à Belfaux, près de Fribourg. Sa fille, Madeleine, née le 13 mai 2018, a fait le déplacement avec elle. Lauriane Sallin (25 ans) nous parle de sa nouvelle vie, dans le jardin d’un de ses oncles, par une belle matinée estivale.

L’été, c’est quoi pour vous?

Ça a toujours été les voyages. Depuis que je suis très jeune, je suis partie assez loin. Maintenant, je voyage de plus en plus, entre la Suisse et la Grèce.

Vous allez en Grèce l’été et le reste du temps vous restez en Suisse?

Ça dépend des opportunités que l’on a, mon mari et moi, on est flexibles. On peut se le permettre parce que Madeleine ne va pas encore à l’école. On a des invitations d’amis, on a la possibilité de voir du pays, c’est une chance à saisir.

Un été avec Lauriane Sallin: l'ex-Miss Suisse fêtera avec son mari et sa fille ses 26 ans le 11 août, et prépare deux expositions en Grèce.

Comment sera la suite de votre été?

Madeleine et moi allons retrouver mon mari en Grèce, à Tinos. On s’occupera d’elle, je dessinerai et je ferai deux expositions. Il y a pas mal de galeries dans les Cyclades. Là-bas, je pars de zéro, je ne dis pas que j’ai été Miss Suisse.

Pourquoi?

Je suis souvent mise dans des cases, il y a des clichés liés aux Miss. Parfois, mon titre vient dans la conversation, j’en parle, ou quelqu’un le fait, mais je ne le mentionne pas tout de suite. Je suis assez discrète, je préfère parler de ma vie quotidienne. Et mon titre peut mettre une distance, être perturbant.

Vous m’avez dit, avant cette interview, qu’en Grèce vous n’avez parfois ni électricité ni Internet. Ce n’est pas trop contraignant?

Je n’utilise pas beaucoup mon téléphone, souvent, je coupe le son. Et un ordinateur peut nous absorber pendant plusieurs heures, alors que l’on pourrait discuter avec quelqu’un ou lire un livre. Etre connecté et à même de répondre au téléphone tout le temps, je vois ça comme une possibilité, pas une obligation. Je n’avais jamais vécu sans électricité, mais c’est très facile, surtout dans un pays chaud. Pour la lumière, on peut utiliser des bougies ou des capteurs solaires.

Cette façon de voir les choses est rare à notre époque!

Notre société nous rend dépendants de beaucoup de choses, vivre comme ça est une grande liberté pour moi. Mais certaines de mes amitiés se sont terminées parce qu’on ne peut pas me téléphoner très souvent.

Lauriane Sallin lors de notre interview en ce début juillet à Belfaux (FR).

En Grèce, vous êtes toujours au même endroit?

On change d’île, en général. On habite dans la maison – sans électricité – du grand-père de Giorgos. Elle est en face de la mer, à 300 mètres au-dessus du niveau de l’eau, on a une superbe vue, c’est très calme, c’est un peu le système D, même s’il y a l’eau et le gaz. Quand mon mari travaille sur une autre île, on vit dans une maison louée avec ses collègues. C’est bien, car Madeleine voit des lieux et des gens différents.

Votre endroit préféré en Grèce?

Les Cyclades. J’ai une affection particulière pour l’île de Délos. J’y ai passé plusieurs mois. Rien ne change jamais là-bas. J’y suis allée la première fois juste avant d’être élue Miss Suisse. Après 17 h, il n’y a plus personne, à part les habitants. Pour s’isoler et réfléchir, c’est parfait. Quant à Tinos, elle me fait parfois penser au Valais.

Le village où l’on vit est à pic jusqu’à la mer, les maisons sont construites sur le flanc de la montagne. Ce n’est pas très haut, mais c’est escarpé, on ne peut pas avoir de poussette, je porte Madeleine sous le bras ou avec une écharpe.

Devenir mère a été un gros changement pour vous?

Je suis comme avant, mais avec un bébé. On n’a pas changé, on est très calmes, on essaie de trouver notre liberté, avec un enfant. Maintenant, j’ai tout le temps quelqu’un dans un coin de ma tête. Madeleine est la personne qui a le plus besoin de nous au monde. J’ai toujours pensé qu’il y avait des choses que l’on pouvait changer dans la vie, sur lesquelles on pouvait avoir un impact direct. Maintenant, je suis avant tout responsable de Madeleine. En s’occupant aussi bien que possible de ses enfants, on a un impact.

Comment l’élevez-vous?

J’essaie au maximum de la rendre indépendante, on la laisse faire ce qu’elle veut. Je vis au présent. Si elle va bien, qu’elle est heureuse, le reste m’est un peu égal. On n’a pas de grandes angoisses.

Vous allez reprendre vos études?

J’ai fait la moitié de mon bachelor, en français, histoire et spécialisation archéologie. Je ne voulais pas étudier avec le chronomètre à la main. Je les reprendrai si je peux. Avec mes projets de dessins et Madeleine, c’est compliqué.

Et la cuisine grecque?

Elle est délicieuse, très fraîche, ils ajoutent des herbes partout, mais les recettes sont assez difficiles. Ils utilisent beaucoup les aubergines, que je n’aimais pas avant, mais c’était parce que je ne savais pas les cuisiner.

Vous avez une spécialité?

La cuisine, finalement, ce sont les épices. J’aime associer le laurier au clou de girofle, ma grand-maman le faisait, avec du vin blanc. En Grèce, j’ai préparé des soupes aux lentilles avec ce mélange, ça a été une découverte pour eux!

Etes-vous toujours passionnée d’archéologie?

C’est un intérêt profond, comme une porte pour voir un autre monde. Dans l’Antiquité, des choses extraordinaires ont été construites, sans électricité. A l’heure où l’on doit penser à l’écologie, c’est une source d’inspiration et de réflexion. Cette époque disparue montre que tout est éphémère, mais permet aussi de vivre plus intensément et de se rendre compte des impacts de ce que l’on fait, par exemple, qu’un jour les gens retrouveront du plastique.

Vous qui avez toujours soutenu la cause des femmes, qu’avez-vous pensé de leur récente grève?

C’était bien parce que les garçons ne se rendent pas toujours compte de leur comportement. Par exemple, en été, on trouve normal que les hommes soient peu habillés, mais on pense que les femmes montrent leur corps. Il y a des malentendus, qui donnent lieu à d’autres. Le meilleur moyen de résister, c’est de faire ce que l’on veut. Depuis longtemps, j’ai l’étiquette: «elle est belle». Lié à cette étiquette, il y a: elle est superficielle, c’est une fille facile, elle n’est pas sympa. Des gens ont réduit à néant ce que j’avais fait, en disant, par exemple, que j’avais de bonnes notes parce que j’étais jolie et que le prof était un homme. On n’a pas à subir ça. Quand je vois mes cousines de 15 ans, j’ai l’impression que les choses changent, leurs copains sont plus sensibilisés à cette problématique.

Vous voyagez entre la Suisse et la Grèce en van. Pourquoi ce moyen de transport?

Cette fois-ci, j’ai pris l’avion, c’était plus simple, mon mari n’étant pas là. En avion, on est transportés rapidement d’un endroit à un autre, tandis qu’en van, on voit le paysage, différents climats et les gens. Autant voyager en y gagnant quelque chose. Cela nous permet aussi d’être plus mobiles.

Cette vie entre deux pays n’est pas trop compliquée?

Etre à moitié nomade, c’est une aventure géniale, très riche. Mais le but est de trouver un jour un endroit où se poser, même si on fera toujours des allers-retours pour les vacances. On veut un lieu où l’on sera bien. On doit se laisser du temps, car Giorgos apprend le français et moi le grec.

Où en êtes-vous de vos progrès?

Maintenant, je comprends le grec, mais parler, c’est autre chose, il faut des années pour être fluide et se sentir à l’aise. Ça va venir avec la pratique.

Et comment s’en sort votre mari avec le français?

Ensemble, on parle anglais, mais en Suisse, tout le monde ne maîtrise pas cette langue, donc il faut qu’il parle français pour pouvoir vraiment s’intégrer. Il se débrouille assez bien. 

Est-ce difficile de vous adapter en Grèce?

C’est très enrichissant d’apprendre une nouvelle langue et une nouvelle culture. Même si je m’y sens de plus en plus chez moi, c’est quand même un pays que je découvre. J’y suis une étrangère. J’ai cet avantage qu’en Grèce, on a un capital sympathie énorme quand on a un bébé. Le plus difficile, c’est de s’intégrer dans l’environnement: c’est très escarpé et assez dangereux, la nature est sèche, le soleil très fort.  

Votre mari s’habitue à la Suisse?

Toute ma famille est à Belfaux, la sienne est dispersée dans le monde entier. C’est spécial pour lui d’avoir autant de monde tout près. C’est génial pour Madeleine, car, en Suisse, il y a toujours quelqu’un pour jouer avec elle. 

Votre fille comprend quelles langues?

Le grec, le français et l’anglais. C’est assez impressionnant! Sa grand-mère paternelle est anglaise, elle lui parle sa langue, qu’elle comprend.

Aimeriez-vous avoir un emploi fixe?

Pour l'instant, je vis à court terme. J'ai toujours eu la fibre pour enseigner, j'ai toujours fait des activités avec des enfants de tous âges. Des métiers m'intéressent, mais je ne sais pas encore ce que je ferai. 

Vous rêvez d'une carrière de dessinatrice?

On verra. Je dessine depuis toujours, j'y passe beaucoup de temps. Je n'ai pas peur de l'échec, si ça ne marche pas, tant pis. Quand j'ai envie de faire quelque chose, et que c'est réalisable, je fonce. 

Que vous apporte cette activité?

Créer est la chose la plus personnelle que l'on puisse faire et on peut la partager. Je me suis présentée à Miss Suisse parce que c'était l'occasion d'avoir un contact direct avec un maximum de personnes. J'ai fait pas mal de dessins lorsque j'étais enceinte, quelque chose devait être créé, extériorisé. J'avais envie d'observer la nature et le monde dans lequel mon enfant allait naître. Regarder les animaux, que j’adore, enrichit ma connaissance de l'univers. 

Il paraît que vous écrivez?

Oui, des poèmes, des nouvelles et je prends des notes relatives à mes idées. Je réfléchis beaucoup, j'adore penser, rêver. J'ai une vie assez hors du commun, ce que j'ai vécu pourrait donner à réfléchir et accompagner des gens si je publiais un livre.

Passer du temps en Grèce, cela a-t-il changé votre regard sur la Suisse?

En raison des similitudes ou des différences, je comprends et vois mon pays, et même l'Europe, autrement. J'étais à Athènes quand les banques ont fermé, j'ai vu la crise au quotidien et des gens qui venaient de tout perdre manifester. Il faut se rendre compte des atouts et des difficultés de chaque endroit. La Grèce doit, notamment, composer avec les aléas de la mer. La Suisse est un îlot au milieu de l'Europe, on ne vit pas les mêmes réalités que les autres pays, on est libres.