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INTERVIEW
CôTé CINéMA

Mais alors, qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?

Ary Abittan est de la partie dans la suite de la comédie «Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?» Il nous parle de sa mère, de ses trois filles, de ce qui compte dans une vie, de l’humour, mais aussi du lac Léman et du ski à Leysin. Rencontre à Genève.

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Magali Girardin
28 janvier 2019

 

Dans «Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?» (12 millions d’entrées), Christian Clavier et Chantal Lauby voyaient leurs filles épouser des hommes de confessions diverses à leur grand désespoir. Pour la suite de cette comédie, «Qu’est- ce qu’on a encore fait au Bon Dieu?», qui sort le 30 janvier, les quatre filles de Claude Verneuil veulent quitter la France. Bien entendu, rien ne se passe comme prévu. Rencontre avec Ary Abittan, qui joue David, le gendre juif. Comment ne pas craquer pour l’acteur et l’homme, son jeu physique sur scène, et sa tendresse en parlant de ses trois filles adolescentes et de ses parents?

Ary Abittan, qu’est-ce que vous avez fait au Bon Dieu? Il vous traite plutôt bien, non?

Oui, c’est vrai, vous avez raison. Vous savez, je crois que les artistes sont un peu les chouchous du Bon Dieu. Il faut se réjouir de tout ça, le bonheur de vivre un succès comme «Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?», c’est formidable. C’est évoquer aussi la chance qu’on a d’être là, et de ne pas être seul au monde.

Dans le film, le personnage de Christian Clavier ne veut pas que ses filles quittent la France. Il a raison? Il fait bon vivre en France?

C’est le message du film. Chantal Lauby le dit: «La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer.»

Dans des scènes hilarantes, Claude prend un réfugié innocent pour un terroriste. Dans cette période tendue, partagez-vous sa peur?

Elle appartient au personnage de Christian Clavier. Moi personnellement, je n’ai pas cette inquiétude. N’ayons pas peur de l’autre, apprenons à se connaître. Ce film est là pour démonter ces préjugés, mais à la base, il est là pour distraire et pour faire rire. Pas plus que ça.

Vous jouez souvent avec les langues. Dans «Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu?», votre personnage a de la peine à apprendre l’hébreu avant de partir en Israël, et dans certains sketchs vous faites semblant de parler arabe ou turc.

C’est vrai que j’aime beaucoup les langues, les différentes cultures. J’ai vécu à Sarcelles, en bas d’une tour de la banlieue parisienne, on était très mélangés. Notre sport national, c’était de se vanner, de se charrier, mais toujours avec bienveillance. J’aimais toutes ces odeurs, quand on parcourait les rues et les restaurants. A l’époque, c’était comme ça, on vivait tous ensemble. Quand on m’a proposé de faire ce film, c’était vraiment ma madeleine de Proust, parce que c’est ce que j’ai vécu adolescent. Oui, effectivement, j’aime la musicalité de toutes ces langues que je n’ai pas apprises: j’ai la musique, mais pas les paroles.

Vous bougez beaucoup dans vos spectacles, vous dansez, aussi.

La danse, pour moi, c’est une expression pour faire rire surtout, et c’est ce que je voyais à l’époque de Charlie Chaplin: ce mouvement de corps qu’il avait. J’étais fou d’admiration. C’est ça que j’aime, faire rire en dansant, sans rien dire.

Il répond au téléphone, c’est l’une de ses filles.

Etes-vous une mère juive?

Oui, complètement. Je suis un papa inquiet, soucieux, mais un père déconneur, aussi. J’essaie de ne pas faire comme ma mère.

C’est-à-dire?

J’essaie de les aimer sans les étouffer, d’être un bon père. Mais en même temps, ça veut dire quoi, être un bon père? Je ne sais pas. J’essaie d’être le plus authentique et le plus sincère, voilà. Mes filles sont ma priorité. Toujours leur donner du temps, être avec elles et partager des moments avec elles.

Le métier d’acteur est-il compatible avec la paternité?

Oui, bien entendu, il suffit d’aménager les choses. Tout est compatible, à partir du moment où on a envie, où on aime. On a tous des priorités. Ce qui reste, je crois, à la fin, c’est notre vie d’homme. Le plus important, c’est ça.

Dans vos spectacles, vous dites que vous ne souhaitez pas recomposer une famille.

Non, ce n’est pas vrai. J’adorerais partager encore une fois les choses. Je ne m’attends à rien. Je laisse les choses venir. Les gens disent souvent «on refait sa vie». Non, on la continue, au contraire. J’ai la chance d’avoir trois enfants. J’ai connu ma femme à 20 ans, je me suis marié à 24 ans, j’ai fait trois filles extra­ordinaires (ndlr: âgées de 13 à 18 ans), trois princesses, je suis ravi. Je suis divorcé depuis dix ans et je vis ma vie d’homme le plus sincèrement possible. C’est vrai que je ne suis pas très habile peut-être pour le couple. Mais je souhaite retomber amoureux. Peut-être plus tard, peut-être demain. Peut-être ce soir, je ne sais pas!

Ce n’est pas la première fois que vous êtes à Genève.

Je viens régulièrement pour mes spectacles, pour mes films, pour répondre à des interviews. Ça m’apaise, une chambre d’hôtel au bord du lac Léman. Je peux passer des heures à le regarder. Et ça me rappelle Albert Cohen, un peu, ce livre que j’adore, Le livre de ma mère.

Vous avez dit que vous avez fait du théâtre pour faire rire votre mère?

Non, je disais sur scène qu’on fait tous un métier au départ pour rendre fière une personne. Moi je fais ce métier pour faire rire ma mère, je suis monté sur scène parce que j’aime la voir éclater de rire. Même quand le public rigole, j’essaie toujours de percevoir le rire de ma mère au milieu des autres.

Je trouve ça magnifique.

Ça ne m’empêche pas de me moquer d’eux. Je critique mes parents, mais est-ce que je suis un bon père? Je fais de mon mieux. On fait tous de son mieux. Plus tard, mes filles se moqueront de moi, peut-être, sur scène. Enfin quand même pas sur scène, j’espère.

Qu’est-ce que vous leur souhaitez, à vos filles?

Je rêve qu’elles soient heureuses, épanouies, qu’elles fassent ce qu’elles aiment, qu’elles rient, qu’elles chantent, qu’elles dansent, qu’elles s’amusent. Qu’elles aient le sens de l’humour. Et qu’elles soient toujours aux côtés de leur père. Et de leur mère aussi, bien sûr.

Il se passe des choses autour de la table dans cette comédie. Quand vous êtes avec des amis, qu’aimez-­vous manger avec eux?

Je ne suis pas très bon cuisinier. J’aime me retrouver autour d’une table avec des potes. J’essaie même d’instaurer un dîner hebdomadaire avec les copains où on mange beaucoup par petites portions. On boit, on dit des bêtises, on rit, on se raconte nos souvenirs. Une bonne table de copains, la vie!

Vos projets en Suisse?

Mon spectacle, le 20 novembre à Genève, et le 21 à Lausanne.

Quand vous venez en Suisse, c’est pour le travail. Vous n’êtes jamais venu skier?

Si, je suis venu skier à Leysin! Quand j’étais G.O. J’avais 20 ans, c’étaient mes premières expériences avec le public, j’écrivais des sketchs.

Quand Ary Abittan parle de son père 

Vous avez été chauffeur de taxi pour payer vos études de théâtre, non? 

Mon père était chauffeur de taxi. Nous les mecs, on veut tout faire comme notre père, ou rien faire comme notre père. Je n’ai jamais pris les cours, finalement, parce que j’ai écumé tous les cabarets de Paris, où j’apprenais mon métier. J’avais 18 ans, 19 ans. C’était mon moyen de communication, et ça l’est toujours : le rire.