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Vendredi sur Mer: «Une invitation à prendre le large»

Vendredi sur Mer, c’est elle: Charline Mignot. Quatre ans après ses débuts, la chanteuse genevoise, devenue néo-Parisienne, publie un superbe album où l’amour se conte dans ses joies et déboires. Rencontre les pieds dans l’eau, peu avant son concert aux Francomanias. 

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Darrin Vanselow
12 août 2019

En novembre 2017, quand paraissait «Marée Basse», premier EP de Vendredi sur Mer, les médias branchés soudain s’emballaient. Car qui pouvait bien se cacher derrière ce nom poétique et curieux, chantant sur une électro-pop délicieusement rétro ces récits de fragments amoureux? Depuis, consacrée icône mode, Charline Mignot incarne beaucoup du renouveau de la chanson francophone. Personnalité espiègle et mélancolique, la Suissesse désormais installée à Paris publiait au printemps passé un album envoûtant: «Premiers émois». Une merveille douce-amère où les amours sexués ou bien déçus se célèbrent entre sonorités synthétiques vintage et récits adorablement susurrés. Interview sereine avec une Aphrodite 2.0, ex-photographe accomplie en conteuse merveilleuse.

Comment est née Vendredi sur Mer?

Du hasard (rires). Je suivais alors des études d’art à Lyon. La photo était ma passion. J’écrivais déjà, également. Quand j’ai monté ma première expo, je n’ai pas trouvé de musique qui me convienne. J’ai publié un post sur Facebook demandant: «Qui peut me faire une production sur un slam?» Un ami d’Annecy m’a alors envoyé un instrumental sur lequel j’ai enregistré un texte. Ce fut ma première chanson. Elle tournait en boucle dans l’expo.

La chanteuse Vendredi sur Mer (24 ans), au bord du Léman - elle sera en concert aux Francomanias à Bulle (FR) le 31 août.

C’est là que vous avez été découverte par votre label?

Absolument. Mon manager actuel, Paul Andrieux, fondateur du label Profil de Face, l’a entendue et a absolument voulu me signer.

Cela vous a surprise?

Et comment! D’autant qu’il m’a harcelée durant des mois pour me rencontrer. J’ai d’abord cru à un plan drague. Pour m’en débarrasser, je lui ai donné rendez-vous une heure avant le départ de mon train pour Genève où vivent mes parents. Mais la rencontre a été formidable. Le projet Vendredi sur Mer est né peu après.

D’où vient ce nom étrange?

Il s’est imposé de lui-même. J’aimais qu’il sonne comme une invitation à prendre le large.

Vous permettait-il aussi de vous dissimuler?

Clairement. Mes chansons parlent de choses très intimes. Au début, je me protégeais derrière ce nom, me persuadant: «Ce n’est pas Charline qui parle, c’est Vendredi sur Mer!» Surtout lorsque je me retrouvais à chanter mes propres histoires d’amour devant des inconnus.

L’amour a toujours été votre sujet de prédilection?

Dans la vie, c’est ce qui m’inspire le plus. Pour le moment, j’ai du mal à parler d’autre chose.

Votre style «parlé-chanté» s’est imposé dès le début?

Oui, il m’est venu comme une évidence. Toutefois, quand j’écoute mes premières chansons, j’ai l’impression de les avoir interprétées avec un couteau sous la gorge (rires). J’ai dû beaucoup travailler pour maîtriser ce ton à la fois limpide et rythmique. J’appelle ça du «rap délicat».

Le rap vous inspire?

Je m’y suis essayée, mais c’est si difficile. Mais j’adorerais collaborer avec des artistes du hip hop: Eminem, que j’admire, ou Nekfeu dont j’aime tant la poésie.

Quand vous avez commencé ce projet, vous aviez un bagage musical?

A part quelques notions de piano, je ne connaissais rien à la musique. J’avais envie d’instrumentaux qui puissent aussitôt convoquer des images. Mon compositeur, Lewis OfMan, m’a beaucoup aidée.

Comment avez-vous travaillé?

Il me demandait quel genre de musique je désirais pour dire mes textes. Je répondais: «Quelque chose d’un peu triste mais pas trop. D’un peu glauque, mais pas trop. D’un peu dansant, mais pas trop!» (rires) Il a développé ce son rétro-futuriste dont je raffole.

Comment votre chanson «La Femme à la peau bleue» s’est-elle retrouvée jouée durant un défilé de la styliste Sonia Rykiel?

Après Lyon, je suis venue étudier la photographie à Paris. Trois mois après mon arrivée en 2017, un collaborateur de Sonia Rykiel m’a repérée. On m’a invitée à ce défilé. Je me demandais ce que je faisais là. Jusqu’à ce que j’entende ma chanson. J’étais très émue et pensais à ma grand-mère décédée peu avant. J’aurais voulu qu’elle sache ce qui m’arrivait.

Le succès dont vous avez été l’objet peu après ne vous a pas effrayée?

Je suis très bien accompagnée. De plus, j’ai pris mon temps. Durant deux ans, j’ai publié seulement un morceau par année, jusqu’à la sortie de mon premier EP, «Marée basse», en 2017.

Comment avez-vous élaboré votre esthétique glamour-kitsch?

Durant mes premiers concerts, je défendais une imagerie sévère rappelant l’ex-RDA: sur scène, on avait ces bureaux supportant de vieux ordinateurs et mes danseurs, comme moi-même, étions vêtus d’uniformes stricts. Puis j’ai voulu concevoir un univers tout en volupté qui joue avec les codes érotiques soft de mes chansons, comme dans «Ecoute chérie».

Jusqu’à parodier la «Naissance de Vénus» de Botticelli sur la pochette de votre album…

En effet! J’étais très «garçonne» quand j’ai débuté. Lorsque je me suis demandé comment incarner au plus juste les histoires que je chante, j’ai opté pour ce personnage de déesse de l’amour.

Qu’incarne-t-il à vos yeux?

Toute la sensualité féminine. A travers lui, je peux vivre une autre part de moi-même dans mes clips ou bien sur scène.

A quoi doit s’attendre le public qui viendra vous applaudir aux Francomanias?

Il trouvera un fauteuil en forme de coquillage où je m’installe pour chanter, un décor fait de rideaux argentés, des projections de films et mes danseurs. Tous les sens seront sollicités.

Cela vous fait quoi de venir jouer en Suisse?

J’éprouve toujours un sentiment bizarre quand je reviens ici. Dès que je vois un bout de montagne, je suis ramenée à mon enfance. Mais il y a indéniablement une jouissance à me produire en Suisse romande. D’abord parce que ma famille peut venir me voir, ensuite parce que j’y retrouve des amis de longue date. Lors d’un concert à Genève, une ex-camarade d’école m’a dit: «J’ai acheté mon billet pour voir Vendredi sur Mer sans savoir que c’était toi!» 

Charline Mignot, dite Vendredi sur Mer, lors de notre interview sur les rives du Léman. En cinq ans et trois albums, la Genevoise installée à Paris est devenue une figure montante de la French Pop.

Quelles sont les artistes actuelles qui vous inspirent en particulier?

J’aime cette nouvelle scène féminine francophone décomplexée, à la croisée de la chanson et de la pop, et qui en renouvelle les codes: Juliette Armanet, par exemple, que je trouve kitsch et drôle à la fois. Ou bien Angèle et son humour géniale. J’admire aussi Clara Luciani, qui se situe dans un registre plus blues et rock, ou encore Aloïse Sauvage pour son honnêteté brute. Chez ces artistes, il n’y a plus vraiment de barrière stylistique. Ce qui prime, c’est avant tout la spontanéité.


Son dernier album: Vendredi sur Mer, Premiers émois (Profil de Face records, 2019)

En concert: 31 août, Francomanias, Bulle (FR)
Les Francomanias, à Bulle, du mercredi 28 au samedi 31 août, avec 32 hanteurs et groupes, programme complet ici: www.francomanias.ch