«Je suis anxieux, mais heureux de vivre» | Coopération
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Interview

«Je suis anxieux, mais heureux de vivre»

Gaëtan débarque avec un album de Noël et dans une émission jeunesse à la TV. Avec tendresse et humour, interview du fameux chanteur pour enfants, pas tout à fait sage.

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DARRIN VANSELOW
04 décembre 2020

Après nous avoir mis de bonne humeur avec «Chope la banane», l’homme au ukulélé nous invite au «Noël de Gaëtan». En album, mais aussi sur le programme jeunesse de la RTS, à l’occasion des Fêtes, dès le 21 décembre. A 46 ans et trois enfants, Gaëtan prétend qu’il ne travaille pas en famille. Mais il ne faut pas l’écouter, de son aveu c’est un Zingoingoin.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire cet album?

Ça faisait longtemps que je mijotais l’idée de faire un album de Noël, et le confinement de mars a mis le feu aux poudres, on va dire. J’ai eu envie de faire de la musique, douce, entraînante, gaie, comme une espèce de pied de nez aux circonstances. C’est mon réconfort à moi, la musique, et quoi de mieux qu’un album de Noël, justement! J’ai tergiversé, d’habitude j’ai besoin de laisser mûrir les choses. Ça a été une nouvelle expérience, enrichissante et éprouvante, parce qu’on a avancé très vite, à distance. Mais je préfère de loin faire des albums en studio et rencontrer les musiciens. Il n’y a rien à faire: on est quand même des animaux sociaux.

Quelle est votre relation à Noël?

J’ai eu la chance de grandir dans une famille heureuse, où les Noëls étaient sympas, souvent chez mes grands- parents. On chantait beaucoup, parce que ma grand-mère, qui est toujours en vie, adore les chansons de Noël.

Le Père Noël, il venait comment?

Le matin de Noël, mes parents mettaient les meubles les uns sur les autres, un peu de terre sur le sol, et disaient: «C’est le Père Noël qui est passé et qui a tout chamboulé dans la maison pendant la nuit.» On n’avait pas de cheminée, il fallait bien qu’il passe quelque part!

La musique, c’est une histoire de famille?

Non, pas du tout. Je tiens au courant mes parents et ma grande sœur de ce que je fais, mais il n’y a pas de travail en famille.

Et avec votre épouse?

Plus avec elle, qui est mezzo-soprano (ndlr: Carine Séchaye). C’est mon miroir. Encore plus cette fois, parce que quand on travaille en vase clos, même si on est confiant, on a besoin d’être cautionné. Et elle est musicienne, elle a fait des chœurs sur cet album. Quand on trouve le temps de se voir, avec les gamins!

Quel âge ont-ils?

Deux garçons, de 5 et 3 ans, et une fille de 6 mois. Je n’ai pas trouvé que c’était fois deux, fois trois, le boulot. On dit tout et son contraire sur les enfants. Chacun doit vivre sa propre vie de famille, parce qu’il y a des gens qui vous dépriment, et qui disent: «Tu verras, grands enfants, grands ennuis. Profite maintenant!» Alors que vous avez déjà la tête sous l’eau et vous dites : «Non, c’est pas possible!» Mais on est heureux comme ça, et ça va bien. Il faut qu’on dorme un peu, on ne se couche pas très tard.

Vous faites écouter vos chansons à vos enfants avant tout le monde?

Je n’ai jamais fait ça. J’aurais eu trop peur qu’ils partent en courant pour une raison qui n’est pas l’écoute de la chanson, de le prendre pour tel et de la supprimer de l’album. Les humeurs sont tellement variables, chez les enfants, que je n’ai pas pris ce risque.

Et ça vous arrive de chanter à la maison avec votre femme?

Oui, parfois. On s’amuse, elle au piano, moi au ukulélé. Plus que chanter, on braille des trucs avec les enfants. Et pendant peut-être dix minutes, on rigolent pas mal. Les petits sautent dans tous les sens! Mais ça ne dure jamais très longtemps, parce qu’il y en a qui commencent à taper sur le piano, qui veulent jouer du ukulélé ou qui pleurent.

Et les voisins, ils sont contents?

(Il rit.) On a déjà prévenus les voisins qu’on avait des enfants. Le propriétaire était au courant et nous a dit que ça ne le dérangeait pas. Pour l’instant, on est en assez bons termes. On fait gaffe aussi de ne pas trop les embêter...

Diriez-vous que vous avez la banane?

Ça dépend. La cervelle travaille beaucoup, ça pourrait me jouer des tours. Je suis plutôt un mec anxieux, mais heureux de vivre. Et je suis même assez convaincu qu’il y a des choses positives qui vont sortir de la situation qu’on est en train de vivre, mais qui ne sont pas encore visibles parce qu’on a la tête dans le guidon. De ce point de vue, je suis assez optimiste. Je pense que mes chansons le traduisent. Même s’il y a des titres comme «Grand-père» qui parlent de la mort, du départ d’un proche. On peut le faire de façon un peu légère, pour les enfants.

Dans cet album, il y a aussi une chanson au thème un peu grave.

Oui, c’est «Ma liste au Père Noël». Cette chanson, c’est un concours de circonstances. J’étais à Paris, il y avait un clochard qui vivait sous mon logement, je le voyais quand je rentrais le soir. Et quand je suis revenu de Paris, mon fils m’a dit : «Ce Noël, j’aimerais bien faire une liste où je donne tout aux autres.» Je trouvais que c’était un message positif. Le texte est écrit un peu comme si un enfant écrivait sa liste, dans un français qui ellipse les choses. C’est justement la chanson où j’ai tout fait, elle a pour moi une résonance particulière.

Une autre chanson se passe à Hawaï.

La musique est reprise, j’ai adapté les paroles. Un clin d’œil aux Noëls pas comme chez nous, sous le soleil! La chanson précise «pas froid aux doigts d’pieds», «pas froid aux oreilles». On entend mon deuxième fils qui dit «oreilles», j’ai réussi à choper juste ça. On l’entend aussi ailleurs quand il dit «Non, Papaouël!». Donc oui, c’est quand même un travail en famille!

Vous avez une chanson sur la Castafiore. C’est votre épouse qui vous a inspiré cette chanson?

C’est plutôt le personnage dans «Tintin», qui est truculent. Et les exercices, «Napoli Milano» pour se chauffer la voix. C’est vraiment un clin d’œil. Mais ce n’est pas pour se moquer. D’abord, ça se passerait mal à la maison! Et puis, j’ai appris à aimer l’opéra et les voix grâce à elle. C’est un truc de fou, quand vous arrivez à comprendre la puissance qu’ont ces voix pour passer un orchestre, pour chanter dans des salles de 2000 personnes.

Vous, vous avez été sage cette année?

Globalement oui! C’est bien de ne pas être sage tous les jours. Des petites transgressions gentilles, ça fait du bien au corps et à l’âme.

Vos enfants le savent?

Oui, ils se disent: «Nos parents sont un peu barjos, qu’est-ce qu’on va devenir? Essayons d’être meilleurs qu’eux.» Mais ça ne va pas être trop difficile. J’ai confiance en eux.