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Mon rêve de gosse

Jean Ziegler

Quelle était l’ambition du Thounois dans ses premières années? D’être l’intellectuel engagé qu’il est devenu.​

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Hadrien Jean Richard, DR​
29 juillet 2018

 «Les livres sont pour moi des objets mystérieux.»​

Le sociologue et vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, qui vient de faire paraître «Le capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin)», aux Editions du Seuil, raconte ce qui l’a poussé à combattre les injustices par l’écrit.

Passé barbare​

«Vers mes 10 ans, j’ai voulu être écrivain après avoir lu l’histoire du chevalier de La Barre. Il a été arrêté en France en 1765 par la police du roi, qui avait trouvé chez lui un exemplaire du «Dictionnaire philosophique», de Voltaire. L’auteur, l’imprimeur ou le lecteur d’un livre interdit étaient passibles de la peine de mort. Le chevalier fut torturé, il eut les os brisés, puis on lui coupa la tête. Il avait 21 ans. Cette histoire m’a marqué pour la vie. J’ai décidé alors de devenir un écrivain qui ferait usage de la liberté d’expression la plus totale. Depuis ce moment, j’ai une fascination pour les livres, qui sont pour moi des objets mystérieux, car ils passent dans les mains de personnes inconnues de leurs auteurs, à qui ils échappent totalement. L’écrivain travaille dans la solitude, il ne vit pas pendant ce temps, il fait ces sacrifices pour la liberté d’autrui, pour le réveiller. Il ne sait pas si son ouvrage a un sens, mais parfois celui-ci bouleverse des lecteurs. Ecrire me coûte beaucoup d’efforts et, à chaque publication, je suis angoissé, je me demande si l’on va me lire. Mais ce travail, c’est le sens de ma vie. Et chacun de mes livres doit venger le chevalier de La Barre.