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MON RÊVE DE GOSSE
Trajectoires

Alexandre Jollien

Avant d’étudier Platon ou Kierkegaard, le philosophe valaisan (43 ans) envisageait un tout autre avenir.

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Sedrik Nemeth
11 février 2019

«Je considérais les choses de l'esprit bien trop abstraites.»

«Enfant, je caressais le rêve de devenir chauffeur de poids lourds, métier qu’exerçaient mon papa et mon grand frère. Comme disait Spinoza, l’homme n’est pas un empire dans un empire. Nous sommes le fruit d’une éducation, d’un terrain, d’un terreau. Ainsi, mes rêves d’enfant sont nés au contact de mes proches. Je me voyais sillonner les routes du monde avec un énorme poids lourd, faire de belles rencontres, apporter du bonheur aux gens. Un jour, mon père était passé dans une émission radio où la journaliste l’avait présenté comme un livreur de charme. Cette expression a baigné mon enfance, je me voyais livreur de charme. Je n’avais pas envie d’étudier, je considérais les choses de l’esprit bien trop abstraites. Aujourd’hui, je repense à ce rêve pour y voir déjà une aspiration à une liberté. Celle-ci se situe au-dedans, au fond du fond, et consiste à arracher du cœur toute aliénation, toute dépendance pour vivre dans la joie et l’amour.»

«Mon handicap m’a interdit ce rêve. Les destins ne sont jamais tout tracés, nous avons une marge de manœuvre. La philosophie était un deuxième choix, voire un pis-aller. Aujourd’hui, elle m’épanouit et me comble profondément. Mais, quand je vois un camion, je m’interroge sur le destin qui aurait été le mien si j’avais pu monter dans ces véhicules. C’est fabuleux de voir une vie se dessiner, s’engager dans une voie. Tous les possibles s’ouvrent à nous et s’y rendre disponible est un défi majeur du travail intérieur.»