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PORTRAIT
COMBAT DES SOURDS

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Stéphane Faustinelli est l’un des acteurs suisses du Réveil des Sourds, dès les années 1980. Un homme de défis qui se bat pour la reconnaissance de la langue des signes.

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Darrin Vanselow
23 octobre 2018

Stéphane Faustinelli signe le mot «combat». Celui pour le droit des sourds est celui de sa vie.

«Sans langue des signes et sans interprète, je ne serais pas en face de vous aujourd’hui», signe Stéphane Faustinelli, qui a l’avantage d’être bilingue et peut donc s’exprimer en langue vocale en plus de la langue des signes. «Je parle bien, mais cela ne veut pas dire que je comprends tout.» La lecture labiale (sur les lèvres de son interlocuteur) lui permet de comprendre 30 à 40% du contenu. Pour faciliter notre échange, Martin Chapuis, interprète, traduit les signes en langue vocale. La surdité de Stéphane Faustinelli a été découverte à 4 ans et provoquée par une méningite à l’âge de 5 mois.

Sa scolarité dans une école pour les enfants sourds achevée au Bouveret, il rejoint dès le secondaire une classe d’entendants à Monthey et comble ses lacunes aux cours d’appui, lui qui a pris du retard en raison du niveau de l’école spécialisée qui n’est pas assez bon. Sans l’aide d’interprètes qui n’existaient pas à l’époque, le Valaisan obtient son diplôme de laborantin et travaille dans la chimie à Bâle, puis à Monthey. «J’étais intégré scolairement, puis professionnellement, mais l’étais-je socialement?», signe-t-il tout en exprimant de la frustration sur son visage. La réflexion de Stéphane Faustinelli sur son intégration le ramène au football qu’il pratique avec les sourds mais aussi avec les entendants. «On me disait: c’est super Stéphane! Mais jamais je ne prenais part aux débats d’après-match, entre les entendants.»

De la télé à la politique

Porté par cette volonté qui l’anime de se battre pour les droits des sourds, il devient en 1982 le premier présentateur de l’émission Ecoutez voir sur la RTS (aujourd’hui Signes), à une époque où le sous-titrage n’existait pas encore pour les personnes sourdes et malentendantes, qui n’avaient donc aucun accès aux programmes de télévision. Le sportif polyvalent s’engage au sein de la Fédération sportive des sourds de Suisse, organisant les Championnats d’Europe des sourds (de ski, d’athlétisme) puis jongle du sport à la politique dans un contexte que l’on a appelé le Réveil des Sourds, marqué par les débuts d’une lente reconnaissance de la langue des signes, qui était jusque-là encore souvent réprimée, voire interdite.

Son combat se précise encore en 1992 lorsqu’il est nommé directeur de la Fédération suisse des sourds, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 2016. Toutes ces années, celui qui se définit volontiers comme un homme de défis accompagne et encourage le combat pour le droit des sourds et obtient de nombreuses satisfactions, comme le lancement d’un Congrès pour sensibiliser à la langue des signes, en 2002. «C’était un gros défi, en six langues, vocales et des signes», se souvient Stéphane Faustinelli, en signant un «d’accord» alémanique puis son équivalent en français, pour montrer la différence significative.

La multiplication des interprètes (ils sont aujourd’hui une centaine en Suisse) et leur professionnalisation est une autre des fiertés obtenues grâce au travail de la Fédération suisse des sourds. «Sans interprètes, les sourds n’avaient qu’un communiqué des décisions prises lors d’un débat, mais aucun moyen d’intervenir. Ils doivent pouvoir prendre position et s’engager!»

Représentation visuelle du monde

Poser des questions plus intimes à Stéphane Faustinelli, c’est aussi se rappeler qu’un interprète est assis à côté. «On doit développer un rapport de confiance avec lui. Certaines situations de la vie quotidienne peuvent être embarrassantes, comme chez le médecin...»

Avec son épouse, elle aussi sourde, Stéphane Faustinelli a eu des jumelles entendantes. A la maison, la famille a développé un univers entre langue orale et langue des signes. Désormais retraité et heureux grand-père de trois petits- enfants, il jongle toujours du sport à la politique. «J’ai envie de m’engager pour la communauté sourde et pour ma commune de Collombey. Les sourds doivent être présents et vus!» Le candidat à la Constituante énumère les nouveaux moyens de communication qui ont «changé la vie», mais regrette toutefois les stéréotypes encore souvent véhiculés comme le terme «sourd-muet». «L’expression est désuète car nous pouvons parler. Nous avons notre propre histoire basée sur une représentation visuelle du monde.» 


Un jour, un mois, une année 

Un jour: le week-end pour les rencontres avec les amis et les moments en famille

Un mois: octobre, car j’aime regarder les forêts et le paysage d’automne.

Une année: 1994, le postulat encourageant la reconnaissance de la langue des signes a été accepté par les Chambres fédérales.

Mini questionnaire

Le désir que vous aimeriez réaliser? La langue des signes pour tous

Votre bruit préféré? Même sourd, j’aime bien mettre des musiques rythmiques pour sentir les vibrations.

Le dernier livre que vous avez lu? J’aime les bandes dessinées. La dernière que j’ai lue est «La Patrouille» de Derib.

Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? La générosité

Quelle est la chose qui vous irrite le plus? La violence

Le don de nature que vous voudriez avoir? Pouvoir terminer mes tâches en claquant les doigts.

Quel est le plus bel endroit en Suisse? Les villages traditionnels des montagnes suisses