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PORTRAIT
«Heidi Geek»

L'art de mêler tradition et modernité

Artiste et designer, la vaudoise Camille Scherrer invite la réalité virtuelle dans le monde onirique des montagnes. Un mélange poétique qui séduit des Etats-Unis au Japon.

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DarRin Vanselow
24 septembre 2018

 L’artiste Camille Scherrer bricole avec ses deux filles, Olivia et Joy, son «meilleur public».

Sur les hauts d’Ollon (VD), Camille Scherrer nous ouvre les portes de sa maison. Une ancienne demeure vigneronne rénovée, où les lignes contemporaines se marient aux vestiges d’une autre époque. A cheval entre tradition et modernité, elle est un fidèle reflet de l’artiste. Car si Camille Scherrer se passionne pour la réalité augmentée qui anime ses œuvres, elle ne se cache pas de jouer du cor des Alpes. Une fois les présentations faites, nous nous attablons avec elle et ses deux filles de 4 et 2 ans. Entre deux découpages au couteau japonais pour Olivia et Joy, son «meilleur public», Camille Scherrer évoque son travail de designer et son univers bien à elle.

Objectif: faire bouger des images

Camille Scherrer a grandi au Pays-d’Enhaut et a baigné tout naturellement dans l’art du papier découpé. «Souvent l’été, j’étais à l’alpage. Je me souviens d’avoir été bercée par les légendes des montagnes. J’ai eu la télé à 10 ans et un ordinateur bien plus tard…» Jusque-là, rien ne prédestinait Camille Scherrer à devenir la «Heidi Geek», telle qu’on la surnomme aujourd’hui. Le déclic s’est opéré plus tard, en réalisant son travail de maturité consistant en une installation faite de sons et d’images créant des illusions. Attirée par le monde de l’animation, elle s’inscrit donc à l’ECAL, section cinéma. «Mais il me manquait le côté interactif, rigolo et léger. C’était trop d’introspection.» Elle bifurque pour la section Media & Interaction Design. Là, c’est le coup de foudre. La jeune femme découvre un nouvel univers dans lequel elle peut donner vie au monde onirique qui l’habite.

Pour réaliser ses idées fantasques, elle n’hésite pas à pousser les portes de l’EPFL pour capter les codes de la réalité augmentée. «Mes professeurs à l’ECAL ne comprenaient pas ce que je voulais faire», se souvient-elle. Mais peu lui importe. Elle passe des jours et des nuits à comprendre les lois barbares des algorithmes.

Le résultat: son travail de bachelor intitulé «Le monde des montagnes» se présente comme un livre traditionnel. Mais une fois éclairées par une lampe de bureau dans laquelle est dissimulée une caméra, des figures pastorales fleurissent des pages sur un écran annexe. Réalisée en 2008, cette création lui a valu le prix Pierre Bergé du meilleur travail de diplôme européen et a propulsé sa carrière sur le plan international. Louis Vuitton ou Petit Bateau ont aussitôt sonné à sa porte pour qu’elle réalise leurs vidéos commerciales.

Du papier à la projection géante

Dix ans plus tard, Camille Scherrer continue d’animer des figures de la montagne grâce à la réalité augmentée. Le tout, dans un rendu toujours simple en apparence, facile d’accès, presque innocent. «L’idée est que la technologie ne se voie pas, qu’on aborde mes installations sans mode d’emploi. D’ailleurs je teste mon travail sur mes filles pour voir si ça fonctionne.» Son élan créatif la pousse à explorer divers supports, du papier au bois en passant par les assiettes de porcelaine de sa grand-mère qui deviennent des tables de mixage.

Décomplexée, Camille Scherrer ose les installations géantes. Invitée par l’ambassade suisse à Séoul, elle a projeté ses renards et sapins du Pays-d’Enhaut sur une façade recouverte de LED de 100 mètres de large. Dernièrement, elle a projeté une création sur le Grand Palais de Paris sur fond de cor des Alpes. «On peut croire que je m’amuse des clichés de la Suisse, mais pas du tout. J’ai réellement une nappe vichy dans mon jardin et je vis à la montagne. Cet univers m’inspire profondément», s’amuse-t-elle.

En ce moment, elle travaille sur des projets pour l’Hôpital de l’enfance et la place de la Riponne à Lausanne, ainsi que sur les projections qu’elle proposera à Lausanne et au château de Gruyères cet automne dans le cadre de la Nuit des Musées. Des commandes qui lui permettent de travailler depuis sa maison. «Durant sept ans, j’ai énormément bougé, mais à la naissance de mes filles, j’ai voulu baisser la cadence. D’ailleurs, l’autre jour j’ai guidé la mise en place de l’une de mes installations au Pérou par Skype…»

A l’écouter, on se dit qu’à 33 ans, elle a trouvé sa place en tant qu’artiste et mère. «Et si un jour ça devait s’arrêter? Je me verrais bien ébéniste ou boulangère. Tant que je travaille avec mes mains…» Simple, décontracté, déconcertant. Camille Scherrer tout craché.

De février à novembre, les recoins insolites de Porrentruy se découvrent de manière ludique à travers les animations son et lumière de Camille Scherrer.

www.juratourisme.ch/fr/decouvertes/les-insolites

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Un jour, un mois, une année

Vendredi: le jour où je vadrouille avec mes filles, smartphone et laptop interdits! 

Mai: pour le jardinage

2004: année où j’ai trouvé ma voie dans Media & Interaction Design


Mini Questionnaire

Votre mot préféré ? Bonnard

Le désir que vous aimeriez réaliser? Descendre la rivière Yukon en canoë avec mes filles

Votre bruit préféré? Celui des cloches des vaches sous ma fenêtre

Votre plat préféré? Le papet, version ravioles farcies à la saucisse aux choux et sauce aux poireaux-wasabi

Le dernier livre que vous avez lu? «Des oiseaux et des voitures» de Béatrice Monnard

Un beau souvenir? A l’aube, aller chercher les vaches à dos de poney à l’alpage

Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? Je suis une machine à idées

Quelle est la chose qui vous irrite le plus? La mauvaise foi