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L'homme synthé

Le Bâlois Klemens Niklaus Trenkle a collectionné 5000 synthétiseurs et autres instruments électroniques en 35 ans. Son rêve de les mettre à la disposition du public a pris forme à Fribourg.

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Nicolas Brodard
24 décembre 2018

Klemens Niklaus Trenkle (55 ans), au milieu de sa collection de synthétiseurs.

A quoi rêve un collectionneur? Peut-être de se débarrasser de cette manie insensée… «J’ai dû dépenser des centaines de milliers de francs.» Non, Klemens Niklaus Trenkle (55 ans) semble incurable: en plus des synthés, il collectionne les projecteurs de cinéma et autres matériels vidéo vintage. S’amouracher de timbres aurait été plus pratique: ses instruments remplissent à eux seuls 400 m2, l’équivalent de deux terrains de tennis.

Alors à quoi rêvez-vous monsieur le collectionneur? «Je voudrais que ces instruments et ce savoir soient accessibles à tous. La musique n’est pas faite pour une élite.» Le Bâlois, dont la barbe lui permet de jouer au cinéma, dans des pubs et des clips, est donc un homme comblé. Sa collection, – l’une des plus importantes au monde – de Moog, Fender Rhodes, orgue Hammond et autres boîtes à rythmes qui ont forgé le son de la musique moderne, a trouvé sa place à Fribourg. Elle a donné vie au Musée et centre suisse des instruments de musique électroniques (SMEM), «mon musée» comme il l’appelle, où chacun peut essayer les synthés sur réservation (dès le 26 janvier).

Deux terrains de tennis, soit 400m2, sont nécessaires pour entreposer les 5000 instruments de Klemens. En 35 ans, il a créé une des plus importante collection au monde.

Un outil pour les musiciens

Les musiciens professionnels, souvent invités dans les salles voisines Fri-son ou Bad Bonn, ont déjà recours aux instruments du SMEM. Sophie Hunger a utilisé certaines de ses machines sur son dernier album. Les papes de l’électro Dieter Meier et Boris Blank de Yello l’ont visité, les Américains Stephen O’Malley du groupe Sunn O))) ou Tin Man y achèvent une résidence… L’aventure de ce nouvel outil ne fait donc que commencer, perpétuant ainsi le savoir-faire de ce canton, réputé de longue date pour ses chœurs, chanteurs, et aussi ses rockeurs.

Klemens Niklaus Trenkle a débuté sa collection un peu sans le savoir, à 17 ans: «J’étais vendeur dans un magasin de musique à Bâle. Le patron me permettait de faire des reprises sur le matériel dont les clients ne voulaient plus.» Les synthés s’entassent peu à peu dans son appartement, jusqu’à ce qu’il ouvre son propre magasin de deuxième main en 1990. Dans un esprit un peu brouillon, sa collection se mélange aux instruments mis en vente. «C’était un peu le chaos», avoue-t-il.

En 2014, sa petite affaire capote: «L’arrivée d’Ebay a été très difficile.» C’est le début de ses cheveux gris: il a six mois pour débarrasser le plancher avec le trésor accumulé pendant 35 ans. Il contacte le Musée de la musique à Bâle: «Sans succès. Ils ne collectionnaient pas encore les instruments électriques.» Une première solution est trouvée du côté de Langenthal (BE). Seul, il déménage ses tonnes de barda électronique. «J’ai fait 55 voyages en semi-remorque. C’était horrible. J’ai cru que j’allais mourir», explique-t-il en français.

Klemens Niklaus Trenkle a légué sa collection d'instruments électroniques au nouveau musée fribourgeois SMEM. Sur réservation, tout le monde peut les essayer. "La musique n'est pas faite pour les élites."

Le clan des Fribourgeois

C’est alors qu’entrent en scène les Fribourgeois. Le politicien Christoph Allenspach et Bertrand Siffert, producteur des mythiques Young Gods, expertisent sa collection. En 2016, un deuxième déménagement vers le quartier d’innovation blueFactory, sur le site de l’ancienne brasserie Cardinal à Fribourg, commence. «Mon deuxième prénom pourrait être Sisyphe!» Mais cette fois-ci, une vingtaine de bénévoles mettent la main à la pâte.

A le voir se promener entre les étagères remplies de synthétiseurs, on sent que Klemens est serein. Une montagne de travail l’attend pourtant: établir l’inventaire exact de la collection qu’il lègue au musée, vérifier et réparer si nécessaire chaque instrument, et les photographier pour créer en plus un musée virtuel; 10% de cet inventaire est réalisé.

Le collectionneur doit vérifier chacun des instruments, remplir une fiche, et le réparer si nécessaire. 10% de cet inventaire est pour l'heure réalisé.

Qu’est-ce qui dans ces machines l’a intéressé au point d’y consacrer sa vie (il n’a pas d’enfants: «ça n’aurait pas été possible»)? «En collectionnant, on apprend comment ces machines se sont développées et sont liées entre elles. C’est grâce aux synthés que vous pouvez faire de la musique avec vos smartphones. C’est ça le moteur: accumuler des connaissances.» Chaque instrument a une histoire dont Klemens se souvient quand il le voit. «Ça aussi il faudrait que je le mette par écrit», dit-il en passant la main sur une copie d’un clavessin électrique, ancêtre du synthé inventé par un Français en 1759.

Dès le 26 janvier 2019, le SMEM ouvrira tous les samedis sur réservation. Pour plus d’informations, consultez le site: www.smemmusic.ch


Mini questionnaire

Votre mot préféré? Patience

Y a-t-il une vie après la vie? Assurément

A quelle heure vous levez-vous? Entre 2h et 16h, suivant le job

Un beau souvenir? Avoir travaillé en 2017 sur le film «Solo: A Star Wars Story»

Si vous étiez un animal? Un éléphant

Une personnalité que vous auriez aimé être? L’inventeur serbe Nikola Tesla

Un jour? Le dimanche, car j'ai soit beaucoup, soit rien à faire

Un mois? Juillet car tout le monde est en vacances et c'est calme.

Une année? 1759, invention du clavessin électrique


Liens

LE MUSÉE SMEM créé à partir de la collection de synthés du type portraitisé

LE COLLECTIONNEUR

LE PHOTOGRAPHE qui a fait le portrait

LA RÉGION: office du tourisme du canton où est situé le musée

Ville de fribourg, où est situé le musée

Le quartier d’innovation de la ville et du canton de fribourg dans lequel est situé le musée