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Théo Gmür, une volonté en or

Le sport lui a permis de s’exprimer, de s’affranchir des obstacles qui se sont dressés sur sa route. A 21 ans, le Valaisan Théo Gmür a réalisé un triplé aux Jeux paralympiques et goûté à des émotions extraordinaires. 

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Andrea Soltermann
24 août 2018

«Bravo Théo!» L’immense banderole à l’entrée de Nendaz annonce la couleur. Le village valaisan s’apprête à fêter son héros. Théo Gmür se pointe au rendez-vous en lunettes de soleil, visiblement épuisé. La veille, il est revenu dans la soirée de Corée du Sud: première ovation à l’aéroport de Kloten. Puis jet privé affrété pour le Valais et nouvel accueil triomphal par ses proches, vers 22 h 15 à l’aéroport de Sion. «Allons vers l’antenne, il y a une belle vue pour les photos!», propose le triple champion paralympique de Pyeongchang. Son Valais natal lui a manqué. «Revoir toute ma famille était presque plus beau que les médailles», confie-t-il. Le Valaisan de 21 ans avoue manquer de recul, mais les nombreuses sollicitations médiatiques et les réceptions officielles lui font prendre conscience de ses exploits.

«Bravooooo Théo!», lui crie-t-on depuis un chalet en contrebas de la colline sur laquelle s’érige l’antenne. «Je ne les connais même pas!», avoue-t-il avec une douce euphorie qui illumine son visage. 

Montrer que c’est possible

Ses trois médailles d’or (500 g chacune) pèsent lourd autour de son cou. Il confie avoir peur du fameux trou noir qui accompagne les athlètes après de tels exploits. Conscient que cet engouement est éphémère, il veut profiter de ces moments uniques mais se réjouit surtout de retrouver le calme de son quotidien et ses études en sport à Macolin. «Le sport est toute ma vie», lâche-t-il sans détours, lui qui se verrait bien travailler dans le marketing sportif. «Dès que j’ai commencé à faire du sport, j’ai eu comme objectif de montrer que c’était possible.»

Un matin, âgé de 2 ans, il se réveille paralysé du côté droit de son corps. La faute à un accident vasculaire cérébral qui lui provoque une hémiplégie. Ses parents ont pour philosophie de l’inscrire avec les valides dans ses nombreuses activités sportives. Depuis tout petit, je skie avec les valides, pour ne pas avoir ce sentiment d’exclusion et de mise à l’écart. C’était le bon choix, je me disais toujours que je n’allais pas assez vite, que je devais en faire encore plus. Ça m’a boosté! J’aimerais dire merci à mes parents, même si ce n’est pas suffisant par rapport à ce qu’ils ont fait pour moi.» Sur les pistes, il prend son frère Thomas, qui a opté pour la voie sport-études aux Etats-Unis, comme modèle. Théo et son frère aîné de deux ans traversent une adolescence difficile, marquée par le décès de leur père en 2011 et une relation conflictuelle. «Maintenant, notre relation est forte. Grâce notamment au sport qui nous lie.»

Tout faire comme les valides

Parmi les nombreuses disciplines qu’il a pratiquées, Théo Gmür n’a jamais trouvé d’égal au ski. «J’ai presque plus confiance sur les skis que dans la vraie vie», affirme-t-il timidement. «Il faut avoir une immense confiance en soi pour dévaler les pistes à cette vitesse. Le ski m’a fait grandir en tant que jeune homme. Quand j’ai des moments de blues liés à mon handicap, je me remémore ces moments de bonheur sur les lattes», raconte-t-il les yeux brillants. Le Nendard a montré que c’était possible, avec sa devise bien à lui: tenter de tout faire comme les valides.

A la fin de sa croissance, il y a trois ans, une opération à la cheville et au poignet est nécessaire pour améliorer son quotidien et éviter que ses muscles ne s’atrophient davantage. Ses résultats stagnent, des interrogations entourent son avenir professionnel et le doute l’envahit. Les fortes douleurs et la rééducation auraient pu avoir raison de toute motivation. Pas celle de Théo Gmür. Il veut profiter de ces opérations bénéfiques dans son quotidien pour renforcer sa condition physique et se donner une nouvelle chance, persuadé qu’avant de trouver un «vrai» travail, il peut encore réaliser de belles choses sur les skis. Alors le Valaisan enchaîne les séances chez l’ostéo, le physio et dans les salles de fitness. «La condition physique est peut-être encore plus importante dans notre sport, car on a besoin de trouver cette balance entre les deux côtés de notre corps.»

Un déclic physique et mental

Ces heures de dur labeur renforcent sa jambe gauche et permettent aux muscles de sa jambe droite de travailler eux aussi. Un changement de coach une année après l’opération opère un autre déclic, mental cette fois-ci. «Lui et tout le staff m’ont donné confiance en me montrant qu’ils croyaient en moi.» En deux ans, la métamorphose de l’athlète est impressionnante. De la Coupe d’Europe au premier succès en Coupe du monde, en passant par une médaille mondiale, les succès s’enchaînent et le portent trois fois au sommet de l’Olympe. «Ces trois médailles mettent la lumière sur notre sport, peu médiatisé», se réjouit-il. Humble, Théo Gmür recentre toujours notre discussion sur le sport handicap, ces amateurs qui se professionnalisent sans pouvoir (encore) vivre de leur sport. «La vie ne m’a jamais donné de cadeaux, il a fallu que je me batte pour être heureux. La persévérance est le mot qui me définit le mieux», finit-il par affirmer dans un sourire gêné. «Oui, j’ai un sentiment de revanche... ou plutôt de persévérance avec ces médailles», rajoute-t-il en les regardant fièrement.

Mini-Questionnaire

Votre plat préféré? Les sushis
Quel est votre salaire? Celui d’un étudiant
Le dernier livre que vous avez lu? «Mon rêve d’or et de neige» de Martin Fourcade
Si vous étiez un animal? Un lion
Quel est le plus bel endroit en Suisse? Nendaz, bien sûr